Special duty : la classe… et un brin de réussite

Autres informations / 16.05.2010

Special duty : la classe… et un brin de réussite

loNgcHaMp, Dimanche

Poule d’Essai des Pouliches (Gr1)

Oui, Special Duty (Hennessy) est une championne qui a réussi

l’exploit de faire le doublé 1.000 Guinées Poule d’Essai. Autant commencer par

cela, même si la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1) laissera un goût mifigue

mi-raisin dans beaucoup de mémoires. D’un côté,

on ne peut que           

se réjouir de la victoire de Special Duty, une véritable crack qui a encore

"fait un truc" sortant de l’ordinaire dimanche et qui restera dans

l’histoire la gagnante de ce classique. Mais de l’autre côté, on imagine le

désarroi dans le clan de liliside (American Post), gagnante sur la piste et

distancée après enquête. Une enquête qui a été bien longue et dont le résultat

n’a seulement été donné qu’une heure après que la sirène a retenti. « Je n’ai

jamais vu une enquête aussi longue de toute ma vie ! », criait "l’aboyeur"

Sydney aux abords du rond. Après que son jockey, Jean-Bernard Eyquem, a joué aux

auto-tamponneuses dans la ligne droite, il était clair pour tout           le monde que  Liliside serait rétrogradée.

Restait à savoir à quelle place. Mais était-ce la peine

d’attendre si longtemps ? Sans doute reste-t-il encore des progrès à faire de

ce côté-là, car il est assez terrible de laisser aussi longtemps dans

l’incertitude les entourages concernés. Toutefois, on notera un point très

positif dans cette affaire : les explications données par Henri Pouret,

Directeur du Code à France Galop, sur les écrans de télévisions de l’hippodrome

et d’Equidia pour expliquer le raisonnement des commissaires de FranceGalop.

Une nouveauté exigée par Édouard de Rothschild, qui était dimanche à Longchamp,

dans une volonté de transparence.

 

 

Dans les coulisses de la victoire de Special Duty

Comme toujours, Special Duty arrive dans le rond de présentation

tenue en main par le "Capitaine", un des hommes de confiance de

Criquette Head-Maarek, et par sa cavalière Adeline. La couverture des 1.000

Guinées que Special Duty a obtenue suite à sa victoire à Newmarket est absente.

« Je n’ai pas eu le droit de la mettre », nous explique le

"Capitaine". "Duty" est très calme, ne montre aucun signe

de nervosité. La voilà qui part en piste, où, pour la première fois en

compétition, elle se présente sur un parcours avec tournant.

En course, lorsqu’elle se trouve à la distance, Special Duty

offre une impression saisissante. Encore très loin à ce moment-là, elle vole

pour revenir vers les premières. Finalement, une tête la sépare de Liliside au

passe du poteau. « Dommage ! On est battus, mais elle fait quand même un drôle

de truc encore. C’est vraiment une championne », dit le "Capitaine",

qui court vers le bord de la piste. Là, plusieurs lads s’exclament : « Qui a

jeté tout le monde       ?

 

C’est la gagnante ! Il va y avoir enquête ! Moi j’ai été

coupé en deux ! Elle va être distancée, c’est sûr ! » Tout le monde parle de

l’incident. Chacun a sa version et se met à espérer. Stéphane Pasquier et

Special Duty reviennent : « Elle a eu peur dans le tournant, raconte le jockey.

Mais elle a "fait un bout" terrible, car j’étais encore "à deux

cents mètres" à l’entrée de la ligne droite. » La sirène retentit. La

tension monte. L’espoir revient alors que Special Duty regagne le rond. « Pas deux

fois ! » entend-t-on.

« Décidément », s’exclame Christiane Head-Maarek, qui

s’occupe de Special Duty avant de regarder le film de la course, diffusé sur le

grand écran. « Oh là là… » L’incident est flagrant et reste à savoir ce que

vont faire les commissaires. En attendant, Christiane Head-Maarek nous raconte

: « Elle a un cœur incroyable. Car repartir comme elle l’a fait dans ligne

droite… En plus, elle s’est cognée contre la lice dans la descente. C’est une

vraie battante et je pense qu’avec un meilleur parcours, il n’y aurait pas eu

de souci pour gagner. Mais avec son numéro dix dans les stalles, il n’était pas

possible de faire autrement que d’attendre. »

  

L’enquête s’éternise. Les chevaux du quinté arrivent. Le

départ de la quatrième course est donné ; on ne connaît toujours pas le

résultat de l’enquête. Chacun repart de son côté et c’est déjà l’heure de la

Poule d’Essai des Poulains. Entretemps, la sirène a de nouveau sonné : enquête dans

le Quinté +.       

 

Ce n’est qu’une fois les poulains de la "Poule" en

piste que l’annonce retentit : Liliside est rétrogradée de la première à la sixième

place. De retour à la sortie des chevaux avec aldovrandi (Cape Cross), Stéphane

Pasquier apprend enfin qu’il a gagné la Poule d’Essai des Pouliches. Il s’en

étonne presque. « Comme si tu ne t’y attendais pas ! » lui lance un jockey.

L’entourage de Special Duty se retrouve dans le rond et Christiane Head-Maarek

commente : « Ces incidents gâchent la fête et c'est vraiment terrible pour tout

l'entourage de Liliside. Mais c'est la vie des courses et c'est un réel bonheur

d'avoir une pouliche comme Special Duty. Elle a gagné deux Grs1 sur tapis vert.

Il y a des chevaux comme ça, qui marquent la carrière d'un entraîneur, c'est le

cas de Special Duty. Elle a une étoile au-dessus de la tête : aujourd'hui, si

Liliside ne s'était pas décalée comme elle l'a fait, la mienne n'aurait pas pu

sortir aussi tôt car elle était dans son sillage et c'est Liliside qui l'a

emmenée. Mais pour moi, la décision des commissaires sur le premier incident

ayant gêné Rosanara est juste. »

Soulagé aussi, le "Capitaine" aura le mot de la

fin : « Je respire ! C’était long ! Pendant une heure, mon cœur ne s’arrêtait

pas ! »

Une authentique championne

Dimanche, Special Duty a produit une incroyable fin de

course. Sur une piste rapide, où il est difficile de revenir, elle était encore

dernière à l’entrée de la ligne droite pendant que, cinq longueurs devant,

Joanna (High Chaparral) tentait de s’échapper. Revenir comme elle l’a fait,

pour échouer d’une tête seulement sur Liliside, est le signe incontestable

d’une pouliche de très grande classe. Avec un meilleur parcours et un meilleur

numéro dans les stalles, elle aurait sans doute gagné. On ne peut rien

reprocher à Special Duty qui a engrangé trois Grs1. Deux sur tapis vert,

certes. Mais dans les deux cas, elle avait été la meilleure en piste. Ceux qui

doutaient de Special Duty après sa victoire dans les 1.000 Guinées à demi

controversée, car le peloton des "battues" comportait les meilleures

chances théoriques, ont eu la réponse dimanche : c’est bien la meilleure de sa

génération puisqu’elle a gagné les deux plus grands classiques pour pouliches

sur le mile.                       

 

Un doublé chez les commissaires

Special Duty est la seule pouliche à avoir gagné deux

classiques chez les commissaires. Il existe un antécédent assez récent dans les

Gr1, en 2001 : Vahorimix (Linamix). Suite au déclassement de Noverre (Rahy) –

contrôlé positif –, il a remporté la Poule d’Essai des Poulains (Gr1). Et suite

au distancement de proudwings (Dashing Blade), il a gagné le Prix Jacques Le

Marois (Gr1). Mais la différence est que le Prix Jacques Le Marois n’est pas un

classique au sens strict du terme ("Guinées-Poules",

"Derby-Jockey Club", "Oaks-Diane", "St

Leger-Eclipse").

 

La suite du programme de Special Duty

En attendant le résultat de l’enquête, Christiane HeadMaarek

évoquait la suite du programme de Special Duty : « Elle n’ira pas à Ascot

courir les Coronation Stakes. Cela fait un peu rapproché. Elle va prendre un

peu de vacances, maintenant. Mais elle ira sûrement à Deauville pour courir le

Prix Rothschild [ex-Prix d’Astarté, ndlr]. C’est mon idée à l’heure actuelle. »

 

Un rare doublé

Gagner à 2ans les Cheveley Park Stakes et à 3ans les 1.000

Guinées de Newmarket est un exploit. Remporter consécutivement les 1.000

Guinées et la Poule d’Essai en est aussi un. Alors, gagner ces trois

épreuves…Depuis Ravinella et Miesque, respectivement en 1988 et en 1987, aucune

pouliche n’avait gagné les "Guinées" puis la "Poule".

Hatoof avait tenté en 1992 mais s’était classée sixième à Longchamp et Finsceal

beo avait été battue d’une tête à Longchamp par Darjina en 1997. En remontant

plus loin, il y a également une autre championne qui a réalisé le doublé

"Guinées-Poule", comme l’historien Guy Thibault nous l’a expliqué :

imprudence en 1947. Celle-ci avait gagné les "Guinées", puis la

"Poule", avant d’enchaîner par une victoire dans les Oaks d’Epsom, et

de finir la belle saison en terminant deuxième du Prix Jacques Le Marois.

 

Sixième poule d’essai des pouliches pour christiane

Head-Maarek

C’est la sixième fois que Christiane Head-Maarek remporte

cette course. Souvent d’ailleurs, c’était avec des juments d’exceptions qu’elle

a gagné. Sa première victoire a été obtenue avec three troikas (1979) et a été

suivie de celle de Silvermine (1985), baiser Volé (1986), Ravinella (1988),

Matiara (1995) et always loyal (1997).

 

Liliside la guerrière

Liliside étant très fine, il est facile d’écrire qu’elle a

un cœur plus gros qu’elle. C’est pourtant le cas, car de toute sa carrière,

elle n’a cessé de répondre présente et a fait vivre une formidable aventure à

son entourage, notamment son propriétaire, Anthony Forde, qui investit beaucoup

dans les courses en France. C’est pour cela que c’est un peu triste de la voir

rétrogradée à la sixième place, malgré le règlement. Avec baine (Country Reel),

d’abord troisième puis deuxième suite à l’enquête, François Rohaut avait

réalisé une drôle de performance dans cette Poule d’Essai. La victoire lui a

été retirée chez les commissaires et lui faisait dire : « Je comprends la

décision des commissaires sur le premier incident. Car c'est vrai, ma pouliche

en a gêné d'autres quand elle a été déboîtée et elle a surtout gêné Rosanara

qui a bien fini son parcours. Mais ce que je ne comprends pas, c'est que ma

pouliche ait été rétrogradée à la sixième place, derrière Lady of the Desert.

Car ce n'est pas Liliside qui l'a gênée dans les derniers mètres. Ma pouliche

allait droit à ce moment-là. » Perdre un classique comme cela est vraiment

terrible, mais il était évident au vu des images que Liliside ne pouvait être

laissée en tête. Car sur le premier incident, Rosanara (Sinndar) aurait aussi

bien pu tomber. La question était de savoir sur quel incident allaient

s’appuyer les commissaires. D’ailleurs, on entendait dans les travées de

Longchamp durant l’enquête : « Elle va être déclassée, oui, mais à quelle place

? » Finalement, les commissaires ont tranché pour un incident qui n’est pas le

plus flagrant.                  

 

l’histoire s’inverse

En 2006, dans la Poule d’Essai des Pouliches déjà, la

lauréate, price tag, avait été rétrogradée à la troisième place, faisait ainsi

passer tie black sur la plus haute marche du podium. Price Tag portait la

casaque de Khalid Abdullah (et était entraînée par Pascal Bary), tandis que Tie

Black était chez François Rohaut. Par un curieux hasard de l’histoire, le

scénario a donc été strictement inversé dimanche.

 

Rosanara, la plus gênée

Lorsque Liliside a été déboîtée par Jean-Bernard Eyquem,

cela a créé une vague. En bout de chaîne, Rosanara a été la plus gênée. Arrivée

cinquième, battue seulement d’une encolure et d’une tête pour la troisième

place, il est évident, vu son finish, qu’elle aurait eu un meilleur classement.

Dimanche, elle aurait mérité mieux. Plutôt amer après la course, Alain de Royer

Dupré nous confiait : « C'est vraiment malheureux qu'un incident comme celuici

survienne dans une telle course, surtout qu'apparemment, il a été causé

volontairement par un jockey. »

 

coup d’œil sur le pedigree américain de Special Duty

Special Duty est issue d’une famille américaine. Sa mère,

Quest to peak, était entraînée par Bobby Frankel. Elle a fait partie de la

liste des 357 nominés pour la Triple couronne en 2005. Quest to Peak est la

propre sœur d’une multiple gagnante de Gr1, Sightseek.

La deuxième mère de Special Duty, Viviana (Nureyev), est

bien connue en France puisqu’elle s’y est octroyé deux Listeds, les Prix

Mélisande et des Tuileries, et s’est classée deuxième du "Psyché"

(Gr3). C’est aussi la famille de Miss carmie, qui a produit la championne

américaine chris evert – ainsi baptisée en hommage à la championne de tennis –,

lauréate de la Triple couronne américaine des pouliches et élue meilleure 3ans

américaine en 1974       .