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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Jean-pierre de gasté : « la filière arabe apporte beaucoup à france galop au travers des sponsorings »

Autres informations / 09.06.2010

Jean-pierre de gasté : « la filière arabe apporte beaucoup à france galop au travers des sponsorings »

La grande interview  

Le président de l’afac – association française des arabes de

course – se réjouit du renouvellement du sponsoring du qatar prix de l’arc de

triomphe. Mais selon lui, bien des choses doivent encore être améliorées pour

faire entrer france galop dans le xxie siècle.

 

Jour de galop. – comme l’a rappelé hubert monzat lors de la

conférence de presse du week-end de l’"arc" le 13 septembre 2009,

vous êtes, avec jean pierre deroubaix, l’initiateur et l’un des principaux

artisans du sponsoring du week-end de l’"arc de triomphe" par le

qatar. Vous devez éprouver une certaine satisfaction avec la signature de son

renouvellement ?

Jean-pierre de gasté. – en effet, ce renouvellement du

contrat de sponsoring du qatar prix de l’arc de triomphe est une formidable

nouvelle pour l’ensemble des courses françaises.

Ce sponsoring est le résultat d’un travail de très longue

haleine, commencé il y a près de vingt ans, par toute la filière des courses et

de l’élevage des pur-sang arabes en france, pour étendre et promouvoir la réussite

de l’élevage français partout dans le monde, et essentiellement au moyenorient.

La présence du qatar à longchamp est indéniablement liée à l’intérêt de ses

dirigeants pour les courses d'arabes, et au positionnement de la filière des

courses d'arabes françaises sur la scène hippique internationale. La motivation

du qatar a été autant déterminée par le prestige de l’"arc de

triomphe" que par l’intégration de la qatar arabian world cup le jour de

l’"arc". Cette notion est désormais bien comprise.

 

La qualité des relations entre l’institution et ses mandants

est primordiale et doit être l’objectif 

de tous, administrateurs et administrés.

 

À l’occasion du renouvellement du partenariat, le samedi de

l’"arc" va également accueillir une course pour chevaux de pur sang

arabe... Effectivement, il s’agit du breeders’ challenge pour pouliches de

4ans, qui avait lieu jusqu’à maintenant le vendredi à saint cloud, et dont

l’allocation passe de 100.000€ à 200.000€.

 

C’est une belle reconnaissance !

Le potentiel économique que représente la filière arabe

n’est pourtant pas mieux pris en compte par france galop si l’on en juge par le

budget octroyé à cette discipline pour le financement de ses allocations,

budget qui porte là bien son nom d’encouragement. En effet, cette dotation se

limite à une enveloppe annuelle de 700.000€. La majeure partie du budget global

des allocations des courses d'arabes, 61%, est assurée par la filière

elle-même, provenant soit du sponsoring, soit même de l’autofinancement.

On parle d’une augmentation

Conséquente du budget octroyé par france galop aux courses

d'arabes… mais cette augmentation, qui n’a été concédée qu’il y a trois ans, a

été obtenue aux forceps. Et elle se monte généreusement à 10% annuels, soit

60.000€ en 2010. Cela semble dérisoire par rapport à ce que la filière des

courses d'arabes a apporté à celle des pur-sang au cours de ces trois années.

Un tel traitement n’est pas acceptable dans un contexte de relations qui se

voudraient constructives.

 

Que voulez-vous dire ?

La filière arabe fait largement bénéficier les courses de

pursang de son potentiel de sponsoring. Hormis le contrat avec le qatar pour

l’"arc de triomphe", la discipline des arabes avait déjà apporté le

sponsoring du prix du jockey club en 1994, pendant 7 ans jusqu’en 2000. Et,

plus récemment, les sponsorings du prix jean prat en 2008 et 2009 à chantilly,

et du prix de malleret à saint-cloud à partir de cette année 2010, apportent

une contribution non négligeable aux pur-sang avec un budget global de

sponsoring de 130.000 € dont 50.000 € seulement reviennent à la dotation de

l’épreuve de gr1 pour arabes se courant ce jour-là.

 

Quels sont vos commentaires par rapport aux différentes

interventions qui ont ponctué les événements des deux dernières semaines ?

D’abord, il me paraît essentiel, lorsqu’on traverse un

orage, de rester solidaire du pilote, et de tendre vers le même objectif. Mais

le problème doit être analysé de plus haut, et, pour que la filière toute

entière se mobilise derrière l’institution vers un même objectif, il est

indispensable que france galop repense complètement son approche des rapports avec

les socioprofessionnels. La qualité des relations entre l’institution et ses

mandants est primordiale et doit être l’objectif de tous, administrateurs et

administrés. Mais, comme l’a souligné le président rothschild lors d’une

intervention au comité du syndicat des éleveurs en 2009, l’état d’esprit de

france galop doit absolument évoluer et intégrer la notion de service aux

personnes. Certes, france galop n’est pas une société commerciale, mais cette

notion de service à une clientèle doit devenir une priorité incontournable –

notamment au quotidien, dans les relations avec les socioprofessionnels.                   

 

Cela nous éloigne du sponsoring...

Pas vraiment, car les rapports avec les sponsors doivent

également évoluer vers une plus grande considération. Une implication

formidable des équipes sur le terrain côtoie parfois des réactions

incompréhensibles quant à une approche commerciale en amont. Bien sûr, dans le

cas de celui de l’"arc de triomphe", tout est mis en œuvre une fois

les sponsors présentés. Mais, par ailleurs, il ne semble pas que france galop

ait pris la mesure de la globalité de l’action qui doit préparer le sillon sur

le long terme pour arriver à des résultats probants. Je vous le précisais plus

haut, le sponsoring de l’"arc de triomphe" par le qatar est le fruit

d’une démarche d’une vingtaine d’années de toute la filière arabe, accompagnée

par le travail de prospection et d’approche déterminant de jean-pierre

deroubaix et de moimême au qatar pendant autant d’années, sinon plus (ma

première visite au qatar date de 1976, pour y rencontrer alors le ministre du

pétrole et des finances, également président de l’opep). C’est bien sûr

également la considération des dirigeants de france galop, à l’époque, accompagnant

cette action, qui a engendré ce formidable résultat.

 

Cela étant, vous ne contestez pas que la tradition du

pur-sang est plus fortement ancrée que la tradition arabe sur le sol français ?

Évidemment, la filière des courses d'arabes vit à côté de la

filière principale, mais elle s’est révélée parfaitement complémentaire, et sa

réussite démontre qu’aucune niche ne doit être négligée. À l’époque du

sponsoring du prix du jockey club par les émirats arabes unis, souvenez-vous,

en 1994, il fallait vraiment oser, car les courses d'arabes étaient loin

d’avoir gagné leur respectabilité d’aujourd’hui ! Désormais, aucun hippodrome à

l’étranger n’éprouve de frilosité ni d’état d’âme quant à l’accueil de sponsors

avec une course pour purs arabes lors de leurs grandes journées. Les

"guineas" irlandaises ont été sponsorisées par l’emirates equestrian

federation avec bien sûr l’adjonction d’une course d'arabes ; ascot accueille

également une épreuve d'arabes le jour de sa plus grande réunion, lors des king

georges vi and queen elisabeth stakes. Et désormais, un des grands hippodromes

des u.s.a. a également fait le pas : keeneland accueillera en octobre également

une course de gr1 réservée aux chevaux de pur sang arabe.

 

Ira-t-on plus loin encore ?

Le potentiel de sponsors du moyen-orient est loin d’être

tari, et beaucoup d’autres opportunités sont à portée de main. Encore faut-il

se donner les moyens de les attirer !

 

Vous êtes également sur le devant de la scène, avec

l’élection du cheval de l’année 2010 en obstacle en angleterre, big buck’s, qui

a été élevé au haras de gouffern et de rabodanges. Pouvez-vous nous parler de

cette facette de votre activité ? 

Effectivement, j’ai élevé, pour le compte d’henri poulat, big buck’s,

comme d’ailleurs son propre frère, buck’s boum, qui est arrêté depuis un an à

cause de problème de jambes, mais qui a également beaucoup de qualité.

L’élevage est ma passion, et avoir élevé un tel crack est une satisfaction

indéniable.

 

Depuis quand êtes-vous installé sur ces terres ? Après avoir

repris le haras de rabodanges en 1996, j’ai eu la chance de pouvoir acquérir,

en 1998, le haras de gouffern, exharas de la vente, appartenant au propriétaire

américain lawrence gelb, qui avait connu une belle réussite avec son élevage.

Je crois beaucoup à la complémentarité des changements de sols dans l’élevage,

et élever sur les deux terroirs des haras de gouffern et de rabodanges ne peut

qu’avoir été bénéfique pour les produits.

 

L’élevage est ma passion, et avoir élevé un crack comme big

buck's est une satisfaction indéniable.

 

... Qui brillent aujourd’hui à l’étranger. Faut-il regretter

que nos meilleurs sauteurs soient exportés ?

L’obstacle est une filière où la france domine dans le

monde, tant par son élevage que par ses courses. Seuls trois pays ont développé

cette filière, la france, l’angleterre et l’irlande. Mais le niveau des

allocations françaises est de loin le plus élevé, avec une moyenne d’allocation

par partant de 15.168€ en 2008, contre 5.204€ à l’irlande et 4.604€ à

l’angleterre. Malgré cette suprématie, nous assistons à un très fort courant

d’échange de nos très bons chevaux, heureusement plutôt les mâles et hongres,

vers l’angleterre.

 

Quelle est votre vision de l’avenir pour le sport hippique ?

Les courses françaises sont un modèle pour le monde entier.

Il est acquis que nous devons tendre vers un objectif et un seul : assurer la

pérennité de ce modèle français. Nous y sommes parvenus pour les courses, aussi

bien pour la filière du plat que celle de l’obstacle. Nous en sommes encore

très loin pour l’élevage, surtout quant à la filière du plat. Et nous avons là

un combat à mener, car nous ne devons pas nous résigner à cette soi-disant

fatalité du déclin de l’élevage français parmi les élites. C'est certain,

l’institution fait beaucoup pour l’élevage. Mais quand une mobilisation est

évoquée pour la filière toute entière, j’en viens à rêver que cette

mobilisation concerne réellement l’élevage aussi.