Lope de vega, héros d’un "jockey club" historique

Autres informations / 06.06.2010

Lope de vega, héros d’un "jockey club" historique

OPINION

Par Pierre laperdrix

avant le départ, l’édition 2010 du "Jockey Club"

avait déjà beaucoup fait parler d’elle. « Trop de partants », « On change les

règles en cours de route », « J’ai un numéro à la corde impossible… ». Bref,

avant le verdict du poteau d’arrivée, il y avait logiquement matière à en

parler. Mais, ce que l’histoire retiendra, c’est que ce "Jockey Club"

est mémorable en beaucoup de points. À l’évidence, nous avons assisté à une grande

édition du derby français (qui reste bien le "Jockey Club", et non

pas le Grand Prix de Paris, qui n’est pas un classique) avec un vainqueur qui

est vraiment un cheval d’exception, Lope de vega, sorti en plus de la stalle

20. Comme son père shamardal cinq ans plus tôt, il réalise le doublé Poule

d’essai – "Jockey Club", facilité par le raccourcissement de trois

cents mètres du derby. en cela, la réforme est une réussite. avec autant de

partants, on pensait que la course ne serait pas limpide, voire même qu’il y aurait

des incidents de course. Pourtant, incontestablement, le meilleur a gagné et

l’épreuve a été assez sélective pour que tout le monde ait sa chance et que le

meilleur sorte du lot. De plus, le dauphin de lope de Vega, Planteur, est lui

aussi un excellent cheval, qui aura l’occasion de refaire parler de lui dans la

saison. le derby français a joué son rôle, celui de la sélection des meilleurs de

la génération, aux deux premières places dimanche, tout en révélant un très bon

cheval, le troisième, Pain Perdu.

enfin, on ajoutera que le "Jockey Club" 2010 est

certainement supérieur en termes de rating au Derby d’epsom. le point de

comparaison, Cape blanco, favori dimanche à Chantilly, à seulement terminé

dixième. alors qu’auparavant il avait nettement devancé Workforce, lauréat

samedi du Derby d’epsom en un temps record.

 

La réussite de la réforme

La grande réussite de la réforme du "Jockey",

introduite en 2005, est d’avoir su amener les chevaux de la Poule d’Essai –

donc de vitesse – à venir tenter leur chance à Chantilly. Avec réussite, comme

l’ont prouvé Lope  de  Vega,  Le  Havre  et

Shamardal. De ce côté, la réforme est une réussite et le fait que Lope de Vega

soit un fils de Shamardal en est une autre, encore plus grande. Cela prouve que

les gagnants du "Jockey Club", devenus étalons, transmettent de la

vitesse. Et le fait que Shamardal ait été, à l’époque, considéré par beaucoup

comme un gagnant plutôt moyen – malgré le rating élevé du "Jockey

Club" en fin de saison –, renvoie à la théorie de la sélection et de

l’amélioration de la race grâce aux gagnants classiques. En effet, Lope de Vega

est sans conteste meilleur que son père. Le "Jockey Club" a donc

permis de révéler un étalon améliorateur. Toutefois, pour apporter un bémol sur

la réforme, le programme historique préparant au "Jockey Club" (qui

inclut le "Noailles", le "Hocquart" et le

"Greffulhe") mériterait d’être revu. Le parcours de 2.100m de

Chantilly n’est pas aussi sélectif que celui des 2.400m. Dès lors, les chevaux

ayant montré un certain talent tôt, à 3ans, sur 2.000m et plus, ont trop de

tenue et pas assez de vitesse pour pouvoir jouer un premier rôle dans le

"Jockey Club".

 

Le "Jockey Club" 2005 en toile de fond

Le "Jockey Club" 2005 est totalement en toile de

fond de cette édition 2010. Car il y a cinq ans, Hurricane Run portait la

casaque du Gestüt Ammerland et était entraîné par André Fabre lorsqu’il a couru

le "Jockey Club" et y a terminé deuxième – alors que beaucoup pensent

qu’il aurait dû gagner. Revirement de l’histoire donc avec cette même casaque,

malheureuse il y a cinq ans, qui trouve la consécration avec un fils de celui

qui les avait devancés.

 

Lope de Vega est toujours sorti de l’ordinaire

Lope de Vega a débuté à Deauville et il avait déjà montré du

caractère pour entrer dans sa stalle. Un célèbre entraîneur nous disait

d’ailleurs : « Oula, lui, c’est un compliqué… Comme son grand père, Giant’s

Causeway, qui fait des chevaux compliqués. » Mais ce défaut, Lope de Vega l’a

légèrement atténué avec le temps, tout en restant un peu émotif. Dès sa

deuxième sortie, qui, comme la première, a été victorieuse, Maxime Guyon

l’avait « trouvé beaucoup plus professionnel » et estimait que ce cheval «

allait gagner une bonne course. » Également, on avait pu se rendre compte que

Lope de Vega n’était pas vraiment "droit" et était loin des

"cadres" du yearling parfait. Mais, en course, il donnait déjà

l’impression d’une machine à galoper, qui envoie loin les antérieurs et ne

craque jamais. Sa défaite ensuite dans le Grand Critérium (4e) comportait l’excuse

d’être sa troisième course en six semaines seulement. Plus récente, la suite de

son parcours l’a amené à remporter, déjà avec un numéro à l’extérieur, la Poule

d’Essai, puis ce "Jockey Club", que son entourage avait toujours

envisagé avec lui.

 

 

UNE PREMIÈRE ÉDITION "NO LIMIT" RÉUSSIE

L'atmosphère des jours qui ont précédé la course était

orageuse. La décision d'Édouard de Rothschild de mettre au rencart la

limitation à vingt partants dans les grandes courses françaises sans suivre le

protocole (qui consiste à saisir successivement les instances compétentes de

France Galop) avait ému beaucoup de socioprofessionnels comme JDG l’a rapporté.

Qu'en est-il en ce dimanche soir, après la victoire du crack

Lope de Vega ?

Premier constat : aucun incident notable, dû au grand nombre

de partants, n'est à relever.

Deuxième constat : le vainqueur avait le 20 à la corde et se

trouvait donc à l'extérieur du peloton, ce qui ne l'a en rien empêché de gagner

de loin.

Troisième constat : la course fut extrêmement régulière

puisque le favori Planteur a terminé bon second. Quatrième constat : le grand

nombre de partants a favorisé la régularité de l'épreuve dans la mesure où ce

nombre a directement conduit à un train très soutenu dès la sortie des boîtes.

Les chevaux de l'extérieur, dont Lope de Vega, ont été contraints de se placer

en bonne position pour compenser leur "mauvais" numéro à la corde.

Cinquième constat : ce grand nombre de concurrents et ce train soutenu ont

permis de sacrer un "champion", la victoire devenant nette devant un

peloton dominé par les premiers.

Tous ces constats disent que le "Jockey Club"

2010, à vingt-deux partants, a été un succès. Un vrai spectacle. Et un vrai

sport.