élevage mondial : une dérive des continents en faveur de… l'europe

Autres informations / 10.08.2010

élevage mondial : une dérive des continents en faveur de… l'europe

LE MAGAZINE

LA NOUVELLE TENDANCE POLITIQUE COPIE L'HIPPIQUE

L'Amérique de Barack Obama s'éloigne visiblement du

continent européen en ce début de XXIe siècle. On sait que le président

américain n'a pas une familiarité culturelle avec lui. Et, depuis le début de

l'année, il a manifesté à plusieurs reprises des signes de distanciation à son

égard : en février, il déclinait une invitation à un sommet avec l'U.E. à

Madrid ; à Copenhague, il a été avec la Chine le principal responsable de

l'échec de la conférence climatique soutenue par l'Europe, comme lors du

dernier G20 à Toronto. L'Europe n'est plus pour les Américains un interlocuteur

majeur dans le monde, et elle donne de surcroît le spectacle, du fait de la

confusion de ses institutions, d'une politique extérieure illisible, voire

inexistante. En un mot, l'Amérique regarde ailleurs et s'éloigne, avec un

mépris à peine voilé, de l'Europe, et son secteur hippique avait inauguré cette

tendance culturalo-politique.

LE TOURNANT DES ANNÉES 1990

La

dérive des continents est donc en marche alors qu'une certaine idéologie de la

mondialisation incite vainement à penser le contraire. Or, pour le monde

globalisé de l'éle- vage, cette réalité décrite est évidente "sur le

terrain" depuis de nombreuses années. Il est significatif de constater le

mouvement de séparation qui s'opère sur le plan des étalons depuis la décennie

90 sous l'égide des haras   lea

ders du Kentucky (Lane's End, Three Chimneys, Taylor

Made, etc.) qui ont enterré

le souvenir et l'influence des Hancock et autres Gaines, proches d'une Europe

qu'ils respectaient et au sein de

laquelle ils se sont approvisionnés pour régénérer la race américaine. En même

temps, les grandes casaques américaines comme celles des Phipps, Mellon (Mill

Reef), Engelhard (Nijinsky), Hunt, Paulson n'ont pas eu des remplaçants

véritables, à la timide exception de

George Strawbridge.

 

DES EUROPEENS AVISES

Le repli

américain sur ses bases propres

ne menace en rien

la force européenne, et les yearlings américains, beaucoup moins nombreux, n'ont plus le relief d'antan. Bien au

contraire, les courses et l'élevage made in USA, victimes d'une surmédication de l'activité, n'ont

plus rempli le rôle de sélection et d'amélioration qui est dévoué

aux courses principales. La race américaine, en

manque de santé, végète, alors que l'Europe progresse en collectionnant au

haras les continuateurs de

l'extraordinaire Northern Dancer (Galileo, Montjeu, Pivotal, Cape Cross,

Dansili, Danehill Dancer, Oasis

Dream) qui a laissé peu de traces sur son continent d'origine, en comparaison

avec son influence hégémonique sur l'Europe,

grâce aux pionniers

qu'étaient Vincent O'Brien et Alec Head qui surent, avec leurs amis influents, importer les bons sujets des États-Unis.

NORTHERN DANCER SURCLASSE MR PROSPECTOR

Il est instructif de comparer aujourd'hui les

opérations européennes et américaines des étalonniers leaders mondiaux que sont

Darley et Coolmore. Darley Europe offre 14 descendants de Northern Dancer

contre 5 de     Mr Prospector, et

Coolmore Europe présente 19 étalons de la lignée Northern Dancer via Sadler's

Wells et Danzig/Danehill. En revanche, au Kentucky, les mêmes acteurs inversent

les proportions : pour Darley, 8 Mr Prospector contre 4 Northern Dancer, et

pour Coolmore-Ashford, 8 Mr Prospector contre 3 Storm Cat/Northern Dancer. Or,

en terme de "chef de race", il n'y a pas de match entre Mr Prospector

et Northern Dancer, et l'Europe a su choisir le meilleur, constatant au fil des

ans que les Mr Prospector (à l'exception de Kingmambo qui ne ressemblait guère

à son père mais beaucoup à Nureyev-Northern Dancer, le père de sa mère)

n'étaient pas aussi à l'aise sur les champs de course européens.

L'OUVERTURE PLUTÔT QUE LE REPLI

La

morale de l'histoire, ces deux énormes étalons étant américains au départ, est

que le mélange et les influences croisées sont déterminants pour l'amélioration

des races. L'Europe a tiré la leçon et elle la perpétue, alors que les USA l'a

oubliée. Le repli sur soi, les mentalités autarciques, pour ne pas dire

protectionnistes, pénalisent ceux qui les décident et s'y abandonnent, se

croyant à l'abri. Comment les Américains, ne réalisent-ils pas que leurs deux

meilleurs étalons  actuels,  Street 

Cry  (Machiavellian)  et 

Medaglia d'Oro (El Prado) sont liés à l'Europe,

Machiavellian étant un "Niarchos" européen

qui a fait la monte

à Newmarket, et El

Prado étant un fils de Sadler's Wells.

ARQANA DEAUVILLE OUVERT SUR L'EUROPE

C'est

pourquoi l'on ne peut que se féliciter du parti pris adopté par Arqana

Deauville, ainsi que par le Syndicat des éleveurs, celui de l'ouverture

européenne en matière d'étalons. Par sa politique, parfois critiquée par ceux

qui manquent de mémoire, Arqana

incite les éleveurs français de toute taille et d'ambition différente à utiliser les étalons stationnés en Irlande, en

Grande-Bretagne, en Allemagne et bien sûr en France. Arqana façonne le marché de Deauville

à l'image européenne, celle qui gagne, la seule qui soit porteuse aujourd'hui. Le marché de

Deauville permet ainsi à l'élevage français de rester compétitif, même si nos étalons

n'ont pas, pour l'instant, une grande dimension internationale, à l'instar de

celle de nos sires leaders récemment disparus, Linamix et Anabaa. L'avenir français est européen, et

notre marché doit le rester à tout prix, même si la part des sires français est

hélas réduite au mois d'août, compte tenu du leadership anglo-saxon sur les étalons.

Toutefois, la situation n'est

pas inscrite dans le marbre, et parmi les nombreux étalons prometteurs

qui sont rentrés récemment dans les haras français, il serait bien étonnant que

n'y figurent pas les nouveaux Anabaa, Linamix, ou plus lointains Lyphard et Nureyev.