Thierry de la heronniere : « je travaille pour elever le bon cheval »

Autres informations / 09.08.2010

Thierry de la heronniere : « je travaille pour elever le bon cheval »

Cette année, le Haras d'ellon présente huit yearlings aux ventes arqana de Deauville. l'échéance est importante et tout particulièrement pour l'un de ses numéros. le samedi, une pouliche née de Porlezza (Prix Maurice de Gheest, Gr1) et du regretté anabaa passera sur le ring. c'est la sœur de la récente gagnante du Prix de cabourg-Jockey club de turquie (Gr3), Pontenuovo (Green tune). « Pour moi, c'est une star. c'est une famille que je connais. Je sais de quoi je parle. c'est un vrai régal. elle ressemble beaucoup à sa mère et à sa grand-mère (Pupsi, ndlr), nous dit thierry de la Héronnière. c'est comme une partie de notre histoire que nous vendons… » en parcourant la page du catalogue de cette yearling, on note que la troisième mère, Poitevine, n'a pas couru. thierry de la Héronnière  raconte : « elle était tordue et n'a même pas été débourrée.  Mais M. Hilger l'a achetée parce qu'il aimait vraiment beaucoup Grey dawn ». Face à sea Bird, Grey Dawn a remporté le Grand critérium (Gr1) et il est resté le seul cheval à avoir battu le grand champion. cette yearling par Porlezza est née d'une très grande histoire; de celle qui dure depuis des générations. thierry de la Héronnière nous a conté la naissance du haras, dans la commune d'ellon. tout a commencé avec le grand-père de thierry, rené, receveur d'hypothèques. il était installé à châteaudun, dans l'orne. il était ami avec Paul chedeville et roger Besnouin. ainsi, il s'était rapproché des chevaux. son oncle, Pierre, élevait des chevaux et la passion du père de thierry de la Héronnière date finalement de son adolescence. tombé amoureux des pur sangs, Hervé a créé son élevage, à crépon, après avoir rencontré celle qui deviendra son épouse, Danielle. « Mon père a effectué un stage chez Boussac, à Fresnay-le Buffard, en même temps que claude rouget et que le frère d'antoine Bozo, nous raconte thierry. il a alors vu des tous bons chevaux, des cracks. » ensuite, à crépon, Hervé élevait une dizaine de juments et « le pre- mier cheval qu'il a élevé, saipan, a aussi été le meilleur. c'était un super cheval. » nous sommes alors à l'époque de l'après-guerre. au bout de vingt ans d'activité à crépon, Hervé de la Héronnière décide de venir à ellon. sur les terres qu'il a achetées vivent quelques cochons et quelques poules. le Haras d'ellon est une ferme. le père de thierry a fabriqué son haras et l'élevage a pris une autre dimension. « il a basculé dans ce que l'on appelle un haras commercial. » le premier client d'Hervé de la Héronnière, ce sont les Wildenstein. « Mais mon père a toujours gardé une âme de petit éleveur, il me l'a transmise en quelque sorte et ma mère, Danielle, l'a beaucoup boosté. il a pris des responsabilités au syndicat des éleveurs. » Hervé est devenu ami avec roland de chambure qui a décroché un stage à thierry, à newmarket, alors que ce dernier n'avait alors que 14 ans. Pendant un mois, thierry était à stetchword Park stud et le colonel Douglas Gray lui a laissé un souvenir impérissable. « c'était très dur, mais depuis que je sais parler, je dis que je veux faire de l'élevage. c'était mon rêve, il fallait y arriver. J'ai également fait un stage à Moyglare stud, d'un mois, quand j'avais 17 ans. » Mais lorsqu'Hervé dit à son fils qu'il doit aller gagner sa vie, thierry passe ses diplômes, devient ingénieur des travaux publics et exerce son métier pendant quinze ans, laissant "ses" chevaux trop loin de lui. « là-bas, tout était programmé. c'était un système très cartésien et j'avais besoin de rêver. au bout d'un moment, j'ai commencé à tiquer quand je devais aller regarder un match du Havre le dimanche plutôt que d'aller aux courses ! alors, j'y suis revenu. Je me suis toujours dit que j'y reviendrais. »

LA RECETTE D'ÉLEVAGE AU HARAS D'ELLON

il y a treize ans, thierry de la Héronnière a donc repris le Haras d'ellon aux côtés de son père. À cette époque, il y avait une quinzaine de poulinières au haras appartenant à la famille et quinze autres en pension. « À ce moment-là, l'ensemble des saillies de mon père faisait 100.000 francs. » un haras que thierry a développé et modernisé. aujourd'hui, le Haras d'ellon compte 120 hectares et une soixantaine de juments dont la moitié en pension. « Je vais peut-être diminuer un peu mon effectif car pour moi l'espace c'est primordial. un yearling doit avoir de l'espace. si je pouvais, j'aurais dix hectares par cheval.» un éleveur est toujours très attaché à ses terres. thierry nous a parlé des siennes : « la terre c'est toute notre richesse et tout ce que l'on fait c'est de préserver cette richesse. nous bénéficions des effets de l'iode. nous avons un sol argileux et avec un peu de calcaire. c'est très bon pour l'ossature. » en élevage, il n'y a pas de recette miracle. l'important est de réunir toutes les bonnes conditions, comme un cuisiner achète les meilleurs produits pour gagner ses étoiles Michelin. Peu après s'être installé au Haras d'ellon, thierry a travaillé sur l'alimentation des chevaux pendant deux ans avec le professeur Walter. suite à cela, il a progressivement changé l'alimentation de ses chevaux. « notre terre est excellente, mais il faut qu'on la complémente. nous manquons de cuivre et de zinc. Pour une alimentation idéale, il faut leur en donner. Mais rien n'est figé dans l'élevage. l'alimentation peut changer assez régulièrement, mais toujours très progressivement. » en treize ans, thierry a élevé de très bons chevaux, des chevaux de Groupe. Porlezza, calvados Blues sont des chevaux très chers à son cœur et ils ont été une grande motivation. « Je ne peux pas rivaliser avec les plus gros éleveurs, mais je peux les battre sur un coup, une échéance. c'est mon challenge. Je travaille pour élever de bons chevaux et je cherche l'exception. »

« ARQANA N’EST PAS EN CAUSE   »

« Je crois que nous avons un très bon système d'élevage et de courses que tout le monde nous envie, mais il repose sur un équilibre qu'il faut préserver. notre problème maintenant va être de contrôler les excès qu'il permet. une chose pourrait tout déréguler : que de gros propriétaires-éleveurs étrangers viennent chasser les primes en France. notre système devrait attirer de très bons étalons, mais ce n'est pas le cas. Pourtant, nos poulinières sont bonnes : la meilleure preuve est que les étalons qui viennent faire une sorte de deuxième carrière produisent des gagnants ! et cela, ça n'existe pas à l'étranger. Mais je suis aussi sûr que si nous amenons un étalon correct en France, il sera syndiqué dans la journée, maintenant que les difficultés fiscales sont tombées et que l'irlande est au même niveau que nous.  »