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Jour de Galop

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Les etats-unis repartent a l’assaut du monde

Autres informations / 15.09.2010

Les etats-unis repartent a l’assaut du monde

L’EDITORIAL


PAR MAYEUL

CAIRE


Comme

nous avons eu plusieurs fois l’occasion de l’écrire, un long et lent mouvement

a insidieusement creusé un fossé entre les Etats-Unis et l’Europe. A cause

d’une différence de piste et d’attitude face au dopage, l’Amérique a à la fois

abîmé son processus de sélection et orienté ses pur sang dans une forme

d’impasse. Quel point commun y a-t-il, en effet, entre un cheval européen qui

gagne sans dopage sur 1600m turf avec une ligne droite de 600m et un cheval

américain qui s’impose sur 1600m dirt avec une ligne droite de 200m, qui plus

est bourré de Bute voire (même si c’est aujourd’hui interdit) de stéroïdes anabolisants

? Réponse : rien. C’est pourquoi, au haras, les pur sang européens et

américains ont eu progressivement de moins en moins de points communs. Et les

grands éleveurs européens ont eu de moins en moins envie d’investir dans du

sang US pour le croiser avec le leur. Cela s’est retrouvé aussi aux ventes de

yearlings, que certains Français boudent désormais – car rares sont les

yearlings américains à durablement réussir sur notre sol. Comme nous l’avait un

jour confié un entraîneur qui a beaucoup acheté là-bas : « La première fois,

ils débutent comme des très bons chevaux. Et puis ensuite, ils progressent

beaucoup moins qu’on ne le pensait. » Bref, pour nous résumer, l’Amérique s’est

un peu coupée de l’Europe… Or le pur sang est un animal mondial qui, pour être

parfaitement valorisé, a besoin de rester mondial. Tout pays qui s’isole –

fût-ce un pays-continent – est condamné à une lente déchéance. Evidemment, les

Américains ne sont pas plus bêtes que les autres. Ils ont compris qu’il leur

fallait renouer avec les « standards » internationaux. Ils ont donc d’abord

fait un peu de ménage dans la pharmacie, en interdisant les stéroïdes

anabolisants. Puis ils sont revenus un petit peu sur le « tout dirt »

(notamment suite au  problem « interne »

qu’a été la mort d’Eight Belles), développant des pistes en Polytrack ci et là.

Hier, lundi soir, c’est un nouveau pas que l’Amérique a fait vers le reste du

monde en annonçant un changement de la règle de qualification des foals pour

les épreuves du Breeders’Cup. Jusqu’ à maintenant, les éleveurs devaient payer

pour inscrire leur produit et éviter au futur propriétaire du cheval les

douloureux 180.000$ de supplémentation. Du coup, seuls 2% des pur sang naissant

en dehors des Etats-Unis étaient            affiliés

Breeders’Cup. A partir de la saison 2011, le prix de l’inscription des foals

nés en dehors des USA ne sera plus supporté par les éleveurs mais par les

étalonniers. Le propriétaire d’un étalon européen versera au fonds Breeders’Cup

50% du prix officiel de la saillie de son étalon, et tous les produits de son

étalon seront automatiquement qualifiés pour le Breeders’Cup. Coolmore et  Darley 

ont immédiatement adhéré à cette proposition, eux qui ont chaque année

plusieurs partants issus de leurs étalons européens (les étalons US n’étant pas

concernés par cette nouvelle règle). On pouvait se poser la question de la

réaction des étalonniers français, sachant que rares sont les partants de

Breeders issus de nos étalons (une exception tout de même : Goldikova par

Anabaa). Eh bien ceux que nous avons joints par téléphone mardi après-midi ont

tous eu une réaction très positive. Marc de Chambure (Etreham), Aliette Forien

(Reboursière et Montaigu) et Christiane Head-Maarek (Quesnay) sont d’accord

pour dire que, certes, c’est un effort financier à faire mais, dans le même

temps, c’est un vrai service, un vrai « plus » offert à leurs clients éleveurs.

Et c’est vrai : avec cette nouvelle règle, il est probable que nous aurons plus

de partants issus d’étalons français dans le Breeders’Cup. Ce qui leur offrira

une bonne pub, une vraie reconnaissance internationale en cas de victoire… et

permettra sans doute aux Etats-Unis, puisque c’est le but de la manœuvre, de

retrouver un peu de leur leadership mondial en redevenant, le temps d’une

soirée de Breeders, le centre du monde.