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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

philippe bouchara : « les sociopros doivent devenir majoritaires au sein du comite de france galop »

Autres informations / 10.09.2010

philippe bouchara : « les sociopros doivent devenir majoritaires au sein du comite de france galop »

LA GRANDE INTERVIEW

 

Au printemps, le Président du Syndicat des Propriétaires avait lancé le débat sur la place des sociopros au sein de France Galop, et sur l’évolution de la gouvernance au sein de l’Institution. Depuis, il ne s’était plus exprimé sur ce sujet qui a suscité plusieurs interventions de la part des responsables associatifs.

 

Jour de Galop. – Deauville est une période propice aux prises de parole publiques. Pourquoi êtes-vous resté silencieux cet été ?

Deauville au mois d'août est comme un bouillon de culture. Les opinions et réactions fusent dans tous les sens et surtout, en fin de compte, les propos des uns et des autres se retrouvent déformés par le contexte lui-même. Cette agitation est un peu stérile. J'ai préféré multiplier les contacts personnels, et profiter de ce rythme pour renforcer et structurer le corps des idées et des réformes que je vais porter, avec l'équipe du Syndicat des propriétaires.

 

Cela fait longtemps que vous demandez à ce que les sociopros soient mieux représentés à France Galop. Maintenant que Bernard Ferrand et Hubert tassin ont pris la parole, quelle synthèse proposez-vous ? À vrai dire, je ne me retrouve pas, ou peu, dans les propos de ces deux responsables politiques. J'ai été le premier à aborder ce thème, il y a maintenant un an. Et je crois avoir été très clair : les socioprofessionnels du Galop ne se sentent pas représentés dans les instances de l'Institution, ils se sentent impuissants et pas écoutés. Leur position n'est pas éloignée de celle des citoyens dans notre société actuelle : comment donner la parole aux gens ? Voilà quel était le début de ma réflexion.

 

Mais vous êtes vous-même leur représentant à France Galop ?

Précisément. À plusieurs reprises, j'ai pensé démissionner du Conseil d'Administration de France Galop, tant je m'y sentais peu entendu. Pire, j'avais l'impression de servir d'alibi, de participer à une mise en scène convenue de collégialité, alors que tout est décidé en amont. C'est à partir de cette expérience de « dirigeant-alibi » que j'ai proposé le seul remède possible aujourd'hui : les sociopros doivent devenir majoritaires au sein du Comité de France Galop, ils doivent occuper des postes éminents de responsabilité dans la Société mère. Cette société est la leur ! France Galop appartient à la filière professionnelle, elle ne doit pas être confisquée par des gens non élus qui n’acceptent aucun partage du pouvoir. Le fonctionnement de France Galop est crucial pour les propriétaires, pour les éleveurs, pour les entraîneurs et les jockeys, c'est leur vie professionnelle qui est en jeu ! Ce qui n'est pas le cas d’un certain nombre de membres associés. Les élus sont bien plus investis et concernés par la politique de l'Institution : qu'on leur donne réellement la possibilité d'y participer !

 

Le discours de Bernard Ferrand allait-il dans cette direction ?

Oui, et j'en suis satisfait, venant du Président du Syndicat ami des éleveurs. Cependant, je dois me différencier nettement des modalités de la réforme qu'il a ébauchée dans son dernier discours. Il est inutile de vouloir une révolution, et il est inutile de quitter le mode associatif. Ce serait excessif et précipité. Je proposerai en temps utile les modalités qui nous permettront de donner la majorité aux élus tout en conservant nos statuts en place et nos structures actuelles. Aux effets oratoires, je préfère les initiatives pratiques qui transforment ce qu'il faut impérativement changer. Et pour revenir à la synthèse que vous souhaitiez, je suis certain que le Syndicat des Eleveurs et son Président iront dans cette voie qui correspond à ce qu'ils veulent. En revanche, je doute du soutien d'Hubert Tassin qui a bien du mal à concilier les capacités d'analyse qu’on lui connaît avec son conservatisme culturel.

 

« Il est inutile de vouloir une révolution, et il est inutile de quitter le mode associatif. »

 

 « Les socioprofessionnels du Galop ne se sentent pas représentés dans les instances de l'Institution, ils se sentent impuissants et pas écoutés. »

 

 

Ne craignez-vous pas l'effet paralysant des rivalités entre sociopros ?

Au contraire, cette crainte est une légende soigneusement entretenue par certains cercles pour confiner les socioprofessionnels à des rôles subalternes. Le débat entre nous est sain, et les bonnes décisions sont celles qui naissent d'un consensus entre les intérêts en présence, lesquels sont rarement contradictoires. Croyez-moi, descendez des tours parisiennes, venez sur le terrain où nous finissons toujours par nous mettre d'accord, et c'est cette pratique que j'ai commencé à instaurer avec succès à Vichy.

En ce sens, la présence minoritaire de cooptés est très utile : ils ont du temps, de l'expérience et de la sagesse. Leurs avis sont souvent de bon sens. En fait, je suis le défenseur d'un système mixte qui œuvre pour la filière professionnelle, et où les cooptés conserveront un rôle essentiel d'arbitres et de dépositaires d'une tradition à laquelle nous sommes tous très attachés.                    

 

Le propriétaire doit-il être le « patron » des sociopros ?

Je ne raisonne pas en terme de hiérarchie, nous sommes tous dans le même bateau. Il faut reconnaître que le propriétaire est la clef de voûte économique et psychique de la compétition hippique. Il est indispensable. Il est le client des éleveurs et des entraîneurs. Disons donc qu'il est au centre de la configuration et qu'à ce titre, il est légitime pour impulser toute la dynamique professionnelle.  Mais  ce positionnement  n'est pas déterminant en regard de la nécessaire solidarité avec toutes les composantes professionnelles. Nous gagnerons ensemble, et ce constat est la réalité forte du mouvement qui se cristallise de jour en jour.

 

Vous dites « ensemble ». Incluez-vous les trotteurs dans cet « ensemble » ? Et pensez-vous qu’un jour, une fusion entre le Cheval Français et France Galop verra le jour ?

La question de la fusion n’est pas à l’ordre du jour. En revanche, je peux vous dire que j’ai beaucoup apprécié la motion qui vient d’être votée à l’unanimité par le Cheval Français, pour rappeler le profond attachement de la SECF à la forme et la nature associative qui répondent à sa mission de service public. Nos amis trotteurs ont raison ! L’associatif et le bénévolat sont une force essentielle de notre milieu. Et je serai toujours du côté des bénévoles en régions, comme je le prouve chaque jour dans le cadre de la présidence de Vichy – qui, je vous le rappelle, est un hippodrome où l’on court avec bonheur au trot comme au galop. Parce que n’oubliez jamais qu’il n’y a pas d’un côté le trot et de l’autre le galop. Il y a les courses… et seulement les courses ! C’est elles que nous aimons. Et c’est elles qui font que, chaque jour, des bénévoles comme moi s’investissent avec passion sans compter leurs efforts.

 

« La présence minoritaire de cooptés est très utile : ils ont du temps, de l'expérience et de la sagesse. Leurs avis sont souvent de bon sens. En fait, je suis le défenseur d'un système mixte qui œuvre pour la filière professionnelle. »

 

Les courses ont-elles un avenir en France ? En Europe ?

Je crois sincèrement au concept de courses européennes articulées autour d'un pari mutuel lui aussi de dimension européenne. Une ligue européenne qui polariserait l'attention de tous les turfistes européens, des télévisions européennes, voire mondiales. C'est pourquoi je suis convaincu que l'avenir nous appartient, et que la compétition hippique franco-européenne peut se hisser à un niveau que la morosité économique actuelle ne nous permet pas d'envisager. Vous savez quelle est la caractéristique d'un propriétaire : être animé par un optimisme inébranlable !

 

« Nos amis trotteurs ont raison ! L’associatif et le bénévolat sont une force essentielle de notre milieu. Et je serai toujours du côté des bénévoles en régions, comme je le prouve chaque jour dans le cadre de la présidence de vichy. »