1984 : une première historique pour lashkari

Autres informations / 29.10.2010

1984 : une première historique pour lashkari

LE MAGAZINE

Jusqu’au Breeders’ Cup et au week-end international de

l’obstacle, nous vous proposons une série sur des gagnants marquants au cours

de ces grandes journées de courses. Après Shirocco hier, nous poursuivons avec Lashkari, lauréat du premier Breeders’

Cup Turf (Gr1) de l’histoire en 1984. En 1984, le Breeders’ Cup est inauguré à

Los Angeles, sur l’hippodrome d’Hollywood Park, le fief de la championne Zenyatta (Street Cry). Et, dès cette

première, deux Français vont se mettre en évidence : Lashkari (Mill Reef), qui va devancer la championne All Along (Targowice). Cheval tardif,

vainqueur dès ses débuts au mois d’avril de ses 3ans, Lashkari a remporté le

Prix du Conseil de Paris (Gr2) juste avant de partir pour les États-Unis. Alors

que le cheval a été engagé dans le "Breeders’ Cup", son entraîneur,

Alain de Royer Dupré, décide de le courir après un galop concluant effectué

corde à gauche avec des chevaux "vite". Le cheval part le mercredi et

voyage très bien. Son entourage s’en rend compte une fois sur place et Lashkari

fait un dernier canter léger le matin de la course. Très détendu lors du défilé

devant une foule de 80.000 personnes, le cheval de Son Altesse Aga Khan est dans

un grand jour. Une nouvelle fois, son jockey, Yves Saint-Martin, va monter une

course d’anthologie. Bien parti, il patiente en septième position le long de la

corde jusqu’au dernier passage en face. Le jockey aux quinze Cravaches d’or

décide alors de le décaler du rail pour venir en dehors, dans le sillage d’All

Along qui entame son effort. C’est la bonne roue. Il la suit jusqu’au début de

la ligne droite et passe à l’attaque. Sûrement, Lashkari prend le meilleur sur

All Along et offre un jumelé à la France. Ironie du sort, Yves Saint-Martin

avait été retenu au départ pour monter All Along, mais c’est finalement Angel

Cordero qui s’était mis en selle sur la jument de l’Écurie Wildenstein.

L'avantage de Lashkari, c'est qu’il s’est parfaitement adapté au tracé serré

d’Hollywood Park ainsi qu’à la piste légère et qu’il n’a jamais cessé de

progresser jusqu’à cette victoire de Gr1. De plus, après les forfaits du

champion américain John Henry et

de Seattle Song, la voie était

dégagée pour le fils de Mill Reef et il en a profité pour entrer dans

l’histoire.

LE TÉMOIGNAGE D’YVES

SAINT-MARTIN DANS AU GALOP

Dans son ouvrage Au Galop, le crack jockey développe

avec beaucoup de précision sa victoire aux États-Unis avec Lashkari. Il raconte

: « J’avais déjà monté à Los Angeles sur l’hippodrome de Santa Anita, mais

jamais encore à Hollywood Park. La piste de gazon fait 1.400m de tour. Une

petite piste. Le vendredi, aux courses, j’ai suivi aux jumelles les jockeys

contre lesquels j’allais  monter.  Le 

samedi matin, Lashkari a fait un petit canter. Il était très souple.[…]

Je suis sur son dos depuis deux minutes et déjà, je sens Lashkari se calmer et

prendre confiance. J’ai le numéro 2 à la corde et Lashkari rentre sans faire

d’histoire. "And they’re off !" Les portes des boîtes ont claqué

comme une salve en s’ouvrant. Mon voisin a marqué un temps d’arrêt. Moi, au

contraire, je suis le mieux parti. Le premier tournant est là. Ouf ! Il l’a

négocié à merveille. J’ai l’impression qu’il comprend parfaitement ce que je

lui demande de faire. Il me fait une confiance totale, aveugle. J’ai rarement

ressenti cela à cheval. Lashkari m’étonne de plus en plus : il se couche

complètement sur la lice pour mieux négocier son tournant, pour ne pas perdre

un pouce de terrain. Ma parole, il a du génie ! Je dois absolument négocier

l’approche du tournant final à l’extérieur, car la ligne droite est très

courte, trois cents mètres. Ca vient vite à droite, très vite, c’est All Along

! Je saute dans sa roue : c’est une bonne roue. À mi-tournant, je sens qu’il en

veut, qu’il est plein de ressources. "C’est pas possible, je vais gagner

!" J’ai la pointure sur All Along, je le sens, je le sais, j’en suis sûr.

Entrée de la ligne droite. Je ne sais plus où sont les autres, pour moi, ils

n’existent plus. Cent cinquante mètre du poteau. Ça y est, nous avons

l’avantage, une demi-lon- gueur. Cordero est déchaîné et je connais le courage

d’All Along. Ils reviennent à une encolure. J’empoigne Lashkari pour qu’il

donne tout ce qu’il a. Nous allons gagner. Le poteau est là. »