Télécharger l'édition du jour
Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Khalid abdullah

Autres informations / 08.10.2010

Khalid abdullah

PAR GUY THIBAULT,

HISTORIEN DES COURSES

Le golfe persique sépare les pays du Moyen-Orient où

sont nés leurs ancêtres. La Perse (Iran actuel) pour S.A. Aga Khan, l’Arabie

Saoudite pour Khalid Abdullah. Celui-ci, né en 1937, est de quelques mois le

cadet de Karim Aga Khan, né en décembre 1936. Par chevaux interposés, tous deux

se livrent en France à un face à face depuis une dizaine d’années. Quatre

titres de champion des propriétaires (2005, 2007, 2008, 2009) pour l’aîné, trois

(2002, 2003, 2006) déjà acquis par le cadet, en passe d’en obtenir un quatrième

en 2010, devançant de peu son rival (3 950 

380  €/3  812 710 €) au soir de "l’Arc de

Triomphe". Au cours de ces deux derniers mois, le duel à fleuret moucheté

va devenir une lutte sans merci activée par les entraîneurs de ces deux

princes. À la fois cousin et beau-frère du précédent roi Fahd d’Arabie Saoudite

décédé en 2005, le prince Khalid Abdullah est un homme très aimable, mais

réservé et discret, qui a tenu à ne pas évoquer cette parenté quand il est

entré dans l’univers des courses en 1976. À la différence de Karim Aga Khan,

projeté brusquement sur le turf à la suite du décès accidentel    en mai 1960 de son père le prince Aly Khan

dont il hérita l’écurie et l’élevage, Khalid Abdullah attendit vingt ans avant

de réaliser une promesse de faire courir qu’il s’était faite en 1956 lors d’un

séjour parisien qui l’avait amené à découvrir Longchamp. Bien que son père ait

possédé des chevaux - mais pas de courses -, Khalid Abdullah fut présenté par

des amis à Humphrey Cottrill, entraîneur de renom récemment retraité, qu’il

chargea de lui acheter quatre yearlings. Confiés à Jeremy Tree, trois coururent

mais  aucun ne gagna. Peut-être déçu,

Khalid Abdullah persiste. En 1978, 

à  Newmarket,  chez 

Tattersalls,  il  acquiert pour 264.000 Guinées - prix record

des ventes de yearlings outre-Manche - un fils de Grundy, Sand Hawk, et pour

186.000 Guinées, un fils d’Habitat qu’il nomme Enchantment. De plus, il a

tourné son regard vers l’Amérique où, à Keeneland, ses représentants lui

achètent quelques sujets, dont pour $ 225.000 un fils d’In

Reality. nommé Known Fact,

pour $ 50.000 la pouliche Abeer (Dewan) et pour $ 43.000 un fils de Princely

Native nommé Charming Native. Alors que les achats de Newmarket se révèlent

décevants - Sand Hawk ne gagnera qu’une petite course et Enchantment se montre

seulement utile -, les importés d’Amérique vont récompenser la persévérance de

leur acheteur.  Charming Native donne le

14 mai 1979 à Windsor leur première victoire aux couleurs vert, blanc et rose

de Khalid Abdullah, - simple- ment celles des rideaux de son salon - qui lui

furent suggérées par Lord Weinstock lors d’une visite effectuée avant qu’il ne

se décide à créer une écurie. Un mois plus tard au Royal Ascot, ces couleurs

remportent leur première course de Groupe avec Abeer, victorieuse dans les

Queen Mary Stakes. Et en octobre à Newmarket, une première course de Gr1, les

Middle Park Stakes,  est  conquise 

par  Known   Fact. Celui-ci fera encore mieux à 3ans en

1980, en offrant à Khalid Abdullah son premier "classic", les 2.000

Guineas à Newmarket, tout en bénéficiant de la disqualification par les

commissaires du malheureux Nureyev. Ce faisant, il devient le premier

propriétaire du Moyen-Orient à enlever un "classic", devançant le Cheikh

Maktoum Al Maktoum qui ne réalisera 

une  telle  performance 

qu’en  1982  avec Touching Wood, lauréat du St Leger.

C’est ainsi qu’il y a trente ans, Khalid Abdullah entra dans la cour des très

grands propriétaires, et peu après dans celle des éleveurs au niveau de

"l’excellence". Cette nouvelle aventure commencée en 1982 par

l’acquisition de Cayton Park Stud à Gerald Leigh, s’étendit rapidement sous la

bannière de Juddmonte Farm groupant quatre haras en Angleterre, deux en Irlande

et un au Kentucky. Ainsi, dès 1984, Khalid Abdullah connut le plaisir de voir

un de ses élèves remporter une première course de Groupe, gagnée en

l’occurrence au Royal Ascot dans les Ribblesdale Stakes par la pouliche

Ballinderry issue de deux parents français, Irish River et Miss Manon (Bon

Mot). Cependant, avant de rassembler en l’an 2000 quelque 250 poulinières dans

ses haras, Khalid Abdullah continue d’envoyer ses collaborateurs (Humphrey

Cottril rejoint par George Blackwell et James Delahooke) à la recherche de

yearlings   de   qualité.  

Échec   avec   Convention payé 1.400.000 Guinées en 1983,

mais succès en Amérique aux Fasig Tipton Ky. Summer sales avec Rainbow Quest,

acheté 950.000$ en 1982, et avec Dancing Brave, payé 200.000$ en 1984. Succès

capital, car tous les deux vont procurer non seulement les deux premières

victoires de Khalid Abdullah dans l’"Arc de Triomphe" (l’un à 4 ans

en 1985, l’autre à 3 ans en 1986), mais aussi lui offrir ses deux premiers

triomphes dans le Derby d’Epsom : en 1990, avec Quest for Fame, fils de Rainbow

Quest et de la française Aryenne (1977), acquise à l’issue d’une carrière de

course brillante (Critérium des Pouliches et Poule d’Essai) ; et en 1993, avec

Commander in Chief, fils de Dancing Brave et de l’Irlandaise Slightly Dangerous

(1979), acquise à 2ans avant de se classer deuxième des Oaks. À noter que trois

jours avant le succès de Quest for Fame à Epsom, son compagnon d’écurie

Sanglamore avait remporté le Prix du Jockey Club à Chantilly, un tel doublé ne

comptant que trois précédents, ceux de Marcel Boussac en 1950, de N.-B. Hunt en

1976 et de Robert Sangster en 1982. Depuis lors, la récolte des plus grandes

courses se poursuit des deux côtés de l’Atlantique (voir palmarès). Sommet de

ces dix dernières années, le premier rang des propriétaires atteint en 2003

simultanément en Angleterre et en France, exploit rarissime accompli seulement

en 1865 par le comte Frédéric de Lagrange grâce à Gladiateur, en 1950 et 1951

par Marcel Boussac et en 1981 par le prince Karim Aga Khan. En 2006, un

troisième "Arc de Triomphe" remporté par Rail Link, issu de parents

(Dansili et Docklands) élèves de Juddmonte. Et en 2010, un troisième Derby

d’Epsom et un quatrième "Arc de Triomphe" gagnés par le même poulain,

élève de Juddmonte, Workforce, doublé seulement réalisé par des champions ayant

pour noms Sea Bird (1965), Mill Reef (1971), Lammtarra (1995), Sinndar (2000)

et Sea the Stars (2009). Et peut-être à la fin de cette année 2010, comme en

2003, le premier rang des propriétaires simultanément des deux côtés de la

Manche puisqu’à ce jour, avec des gains s’élevant à 3.386.989£, il devance

largement Godolphin (2.449.999£). Ainsi se trouve pleinement justifiée cette

remarque faite en 2001 par Khalid Abdullah : « Quand un cheval que j’ai élevé

gagne une course, il me donne beaucoup plus de plaisir qu’un cheval que j’ai

acheté. Maintenant, j’élève tous mes chevaux. »