1997 : mandarino gagne le "gillois" sur tapis  vert

Autres informations / 02.11.2010

1997 : mandarino gagne le "gillois" sur tapis vert

LE MAGAZINE

Jusqu’au Breeders’ Cup et au

week-end international de l’obstacle, nous vous proposons une série sur

quelques-uns des gagnants marquants de ces grandes journées. Après Lashkari

samedi dernier, nous poursuivons avec mandarino, lauréat du Prix Maurice

Gillois (Gr1) sur décision des commissaires. En obstacle, les années 90 ont été

marquées par de grands champions : Katko (Carmarthen), qui a tiré sa révérence

au début de la décennie, laissant sa place aux trois mousquetaires The Fellow

(Italic), Ucello ii (Quart de Vin) et el Triunfo (Île de Bourbon), qui

laissèrent ensuite libre champ à al Capone ii (Italic). C’est vers la fin de

carrière de ce dernier qu’est apparu mandarino (Trempolino), un cheval que rien

ne destinait aux courses d’obstacle.

UN DESTIN ATYPIQUE JUSQU’AUX

GROS OBSTACLES D’AUTEUIL

Né de Trempolino, qui à

l’époque était surtout utilisé par une jumenterie de plat, et hail to reason,

une jument aux origines américaines, Mandarino a été confié à Jean-Claude

Rouget par Marc de Chambure, qui venait de l’acheter aux ventes de yearlings de

Keeneland. Limité, son mentor l’a rapidement tourné vers les courses à réclamer

et Jean-Louis Bouchard, qui voyait en lui un cheval d’obstacle, a mis l’argent

nécessaire pour l’acquérir . Mandarino a alors posé ses valises chez Willy

Kalley pour un séjour de courte durée, car il allait à nouveau être réclamé au

mois d’août de ses trois ans, par quatre amis, Didier Ricard, Nicole Kanoui,

Marcel Rolland et Gilles Barbarin. Ce dernier est revenu avec nous sur la

carrière de Mandarino : « Un jour, Didier Ricard m’appelle en me disant qu’il

allait réclamer un cheval avec Marcel et une amie et me propose d'intégrer

cette association en me précisant que c’est à mon tour d’avoir les couleurs. À

cette époque, on achetait régulièrement des chevaux ensemble, en tournant à tour

de rôle pour les couleurs. Je lui ai répondu que je n’étais pas emballé et

encore moins qu’il coure sous mes couleurs si on l’achetait. Le cheval

finissait troisième à Clairefontaine et j’ai mis un bulletin à 92.008F. C’était

l’unique bulletin sur le cheval. Marcel a alors fait son travail d’entraîneur

et m’a appelé un matin en me disant qu’il avait dressé le cheval sur le steeple

et qu’il avait l’air très doué. Philippe Chevalier était même très

enthousiaste. » Dressé par son cavalier du matin, Jean-Paul Gourdain, qui est

encore à ce jour dans la maison "Rolland", Mandarino a alors montré

de quoi il était capable et a remporté le Prix Congress (Gr2) en fin d’année de

3ans. L’investissement de Clairefontaine est largement  rentabilisé et les quatre amis sont sur un

nuage. « C’était d’ailleurs très surprenant, nous a confié Marcel Rolland,

parce que physiquement, le cheval n’avait rien d’un cheval d’obstacle. Il

n’était déjà pas très démonstratif et était loin d’être une peinture. C’était

même un poulain assez frêle. »

LE SACRE CONTRASTÉ DANS LE

PRIX MAURICE GILLOIS

Meilleur 3ans sur les gros

obstacles, Mandarino était très attendu à 4ans et les challengers devenaient de

plus en plus nombreux, French Kankan (Sharken) et vieux beaufai (Le Nain Jaune)

notamment. Après son sacre à 3ans, l’entourage de Mandarino s’inquiétait, le

cheval devenait compliqué : « À la fin de l’année de 3ans, Marcel m’a informé

que le cheval lui causait du souci, poursuit Gilles Barbarin. Mandarino avait

un tempérament de cheval inquiet, à chaque fois qu’il allait sur le gazon, il

était instantanément "en flotte". On l’a donc amené aux courses

plusieurs fois sans courir. On était assez pessimiste. Puis il nous a rassurés

sur la piste. » Mandarino a été battu au printemps, successivement par French

Kankan et Vieux Beaufai. Ce n’était pas un cheval très athlétique et son

entourage ne souhaitait donc pas lui faire porter trop de poids. C’est

pourquoi, à l’automne, ils ont entamé la saison par une course de plat, à

Chantilly, où il se classa à une anecdotique cinquième place sous la selle de

Thierry Thulliez. Il a ensuite directement fait sa rentrée dans le Prix Orcada

(Gr3) en dominant nettement French Kankan, dans un terrain souple qu’il

affectionnait particulièrement. La confiance était donc de mise pour la suite

de sa carrière et la lutte a fait rage dans le Prix Maurice Gillois,  face 

à  son  meilleur 

ennemi  French  Kankan. « Mandarino adorait finir sur les

autres et Philippe Chevalier s’en servait toujours admirablement », confie  Marcel Rolland. Or, son jockey attitré

s’était blessé à la main quelques jours avant la course, il n’était donc plus

certain qu’il puisse le monter. Mais la volonté des grands jockeys est souvent

plus forte que la douleur. Philippe Chevalier a sellé son champion et lui a

même donné le meilleur des parcours. Mandarino a sauté la dernière haie dans le

sillage de French Kankan et il est venu avec beaucoup de vitesse pour le

dominer sur le plat. C’est justement lorsque Mandarino a porté son attaque, que

French Kankan a penché sur sa gauche, le gênant considérablement. Souvent

handicapé par son petit modèle lors des contacts, Mandarino a fini à une

demi-longueur de French Kankan, alors que l’arrivée aurait sans doute été

différente sans cet incident. « Je me doutais bien que l’arrivée allait être

changée, conclut Gilles Barbarin. C’est toujours décevant de gagner de cette

façon, mais c’est bien le meilleur qui a été récompensé. » Après ce triomphe,

Mandarino a été épargné à 5ans, puis a remporté le Grand-Steeple Chase de Paris

(Gr1) l’année suivante, en dominant le champion Al Capone II de huit longueurs.

Éprouvé depuis cet ultime succès, il a connu des ennuis de santé et n’a plus

jamais gagné. Il coule désormais des jours heureux dans la campagne creusoise,

où il a longtemps alterné entre cheval de selle et "tondeuse à

gazon", sans jamais être stressé par l’herbe verte qui s’offrait à lui.