2010 : l’evolution, 2011 : la revolution – par mayeul caire

Autres informations / 21.01.2011

2010 : l’evolution, 2011 : la revolution – par mayeul caire

Mercredi,

le PMU a officiellement acheté au fonds d’investissement Serendipity (Bouygues,

Pinault) les 50% qui lui manquaient dans Gény. Le PMU détient désormais 100% de

Gény. Pour mémoire, le PMU et Serendipity s’en étaient rendus acquéreurs auprès

de Prosodie le 7 mai 2008 pour une somme avoisinant les 7 millions d’euros.

Pour parodier une formule célèbre, on pourrait dire : « Un petit pas pour le

PMU ; un bond de géant pour le monde hippique ». Car, en devenant le seul

propriétaire de Gény, le PMU officialise une évolution majeure dans le paysage

des courses françaises. J’ai remis la main, dans nos archives électroniques,

sur ce que j’avais écrit le 8 mai 2008 dans JDG : « Cet achat montre que le

PMU, loin d’être à la traîne, anticipe les mutations de son secteur. Il est

aujourd’hui le leader des paris en Europe et entend le rester. Pour cela, il

sait qu’il doit être un opérateur global, capable de traiter et de vendre ses

paris (ce qu’il fait déjà), mais aussi de les mettre en scène (l’équipe de Gény

est spécialisée dans les pronostics et les "tuyaux" d’entraînement).

Il sait aussi qu’il doit continuer à renforcer les positions dans les nouveaux

médias où il est déjà puissant : téléphone, Internet, télévision. L’achat de

Gény fera date, puisqu’elle est la première opération de croissance externe du

PMU. Et ce n’est sans doute pas la dernière. » Presque trois ans plus tard, je

persiste. Oui, plus que jamais, le PMU a vocation à être un opérateur global

–offrant un système intégré et autarcique. Les sociétés-mères, propriétaires du

PMU, réglementent et organisent les courses ; le PMU perçoit l’immense majorité

des paris ; il édite différents médias (télévision et web aujourd’hui ; presse

écrite demain ?) pour inciter les parieurs à jouer. Et, disons-le tout net,

c’est déjà le cas aujourd’hui. Car, c’est certain, qui est aujourd’hui le

premier média hippique français ? Ni Paris-Turf ni Gény, mais Equidia ! Cette

position assez dominante ne date pas d’aujourd’hui, mais le rachat de Gény (et

les opportunités de développement qu’il offre au PMU) la maximise. Il va

falloir gérer l’abondance ! La question est maintenant de savoir ce que le PMU

va faire de Gény. Comment va-t-il, ou non, l’intégrer à ses structures déjà

existantes ? La logique est de constituer un pool médias autour d’Equidia, dont

le développement a été géré avec un grand succès depuis plusieurs années. Le

PMU demandera-t-il à Gény de développer de nouveaux produits ? C’est probable.

Si bien que, désormais, le paysage des médias hippiques ressemble à une lutte

entre deux géants : le PMU et le Groupe Turf Éditions. Leur guerre, si elle a

lieu, va être terrible et laissera des morts sur le champ de bataille. Je me

suis amusé à faire un petit tableau pour faciliter votre vision des forces

désormais en présence [lire ci-dessous]. Vous le voyez, les deux ensembles sont

déjà concurrents sur tous les secteurs, sauf deux : la presse écrite et la

télévision. Côté télévision, Paris-Turf n’a semble-t-il aucune intention de

développement pour affronter Equidia (qui, elle, va se renforcer encore avec un

second canal). En revanche, côté presse écrite, le PMU pourrait vouloir être

présent dans ce domaine. Créera-t-il un nouveau quotidien hippique, comme Gény l’avait

imaginé un temps? Rachètera-t-il un titre existant ? Le seul journal qui

pourrait l’intéresser est Paris-Turf (ses ventes se sont tassées, notamment

suite à son augmentation de prix, mais il est toujours rentable). Notons que sa

vocation est d’être revendu un jour ou l’autre, car il appartient à un fonds

d’investissement. Mais le rachat de Paris-Turf ne correspond pas aux

informations qui circulent. Le risque d’affrontement semble donc possible sur

le marché de la presse écrite, entre Paris-Turf et un futur quotidien

estampillé PMU. D’autant que le PMU n’a pas été ravi que Paris-Turf devienne

opérateur de paris. Il reste toutefois une dernière hypothèse : que le PMU

n’aille pas en kiosque, pour ne pas déstabiliser Paris-Turf, qui reste un

vecteur intéressant pour vendre du pari hippique.

                                                           PMU

                                     Groupe

Paris-turf

Opérateur

de paris                             PMU,

pmu.fr, genybet.fr       leturf.fr

Médias

"papier"                                

                                          Paris-Turf,

Week-end,                                                                                                          Tiercé

Magazine, Bilto, etc.

Médias

Web                                       pmu.fr,

geny.com, equidia.fr paris-turf.com,

tierce-                                                                                                           magazine.com,

bilto.fr…

Médias

TV                                         Equidia

                                 

Fourniture

d’informations hippiques

ou de

pages clés en mains à d’autres AIP (Gény), Infocentre (PMU) Agence TIP

(Paris-Turf),                                                                                                  Éditions

en Direct

médias

ou opérateurs de paris

 

Sur le

marché des sites web et sur celui des opérateurs de paris, la concurrence est

évidente. Mais la concurrence n’en est pas vraiment une, tant le PMU écrase les

autres sites web et les autres opérateurs en termes de trafic et de chiffre d’affaires.

Sur la fourniture d’informations aux médias et opérateurs, qui est un excellent

business, Gény a gagné de nombreux clients au cours de ces dernières années –

par exemple dans la presse quotidienne régionale. Mais c’est un marché qui

évolue vite et dans tous les sens. Un jour, on gagne un client ; le lendemain,

on en perd un autre…Cela étant, en intégrant totalement Gény, le PMU va lui

donner les moyens de se développer sur ce secteur de la base de données et des

pages clés en mains. Or ce secteur va devenir particulièrement stratégique à

l’heure du développement international du PMU. Il sera en effet utile, en cas

de signature avec un nouveau pays, de pouvoir lui proposer des pages clés en

mains à livrer à la presse locale – un peu dans l’esprit de la livraison des

images des courses françaises par Equidia. Aujourd’hui, chaque camp avance dans

sa réflexion jour après jour ; les stratégies évoluent; les inimitiés d’hier

peuvent devenir les amitiés de demain, et vice versa ; une dose d’anticipation +

une dose de pragmatisme forment le cocktail du moment.

DERNIERE

MINUTE : LE PMU DANS LE COLLIMATEUR DE L’AUTORITE DE LA CONCURRENCE

Selon

l’Agence France Presse, « l'Autorité de la concurrence a recommandé jeudi des

mesures pour éviter "toute distorsion" dans la concurrence des paris

en ligne, particulièrement hippiques, et incite le PMU à la "séparation

juridique et fonctionnelle" de ses activités en points de vente et sur

internet. (…) Dans un avis de 57 pages, cette autorité indépendante, relève que

"si une réelle concurrence semble émerger entre les opérateurs de paris

sportifs et de jeux de cercle en ligne", la situation "soulève

davantage de préoccupations s'agissant des paris hippiques". (…) Elle

recommande la "séparation juridique et fonctionnelle des activités

exercées en monopoles et des activités exercées sur le marché

concurrentiel", une remarque qui vise particulièrement le PMU puisque la

Française des Jeux a déjà séparé ses activités de paris sportifs dans ses

points de vente et en ligne sous deux marques différentes. Enfin, l'Autorité de

la concurrence relève "un risque de distorsion de la concurrence" lié

à l'avantage concurrentiel détenu par le PMU du fait de l'importance de la

masse des enjeux qu'il collecte, notamment dans ses 11.000 points de vente.

Cette masse lui permet en effet de "distribuer aux gagnants de paris

complexes (type Quinté dans l'ordre), une rémunération plus élevée que celle

qui peut être proposée" par les autres opérateurs. (…) D'autre part,

l'Autorité de la concurrence préconise une "régulation a priori" du

prix du droit au pari que les opérateurs de paris sportifs en ligne doivent

acquitter auprès des organisateurs de compétitions servant de base à ces paris.

Pour l'Autorité, "un prix du droit au pari trop élevé est susceptible de

peser sur la viabilité économique des opérateurs de paris sportifs en ligne et,

dès lors, de constituer une barrière trop importante à leur entrée sur le

marché". Elle estime qu'il conviendrait que ce prix fasse "l'objet

d'une régulation a priori, ou d'un mécanisme de règlement des différends"

confié à l'Autorité de régulation des jeux en ligne (ARJEL). » Il est troublant

que cette information soit publiée le jour où le PMU rachète Gény.