Retour en arriere sur tin horse par guy thibault, historien des courses

Autres informations / 21.05.2011

Retour en arriere sur tin horse par guy thibault, historien des courses

Ayant

acheté à Newmarket Never Go Back, la quatrième mère de Tin Horse, le lauréat de

la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), je me permets d’effectuer un retour en

arrière sur les circonstances de cette acquisition.  C’était il y a trente-neuf ans, en 1972, aux

ventes de décembre de Newmarket. Pour mon ami Alain Seutet, j’ai acquis, au

prix de 8.000 guinées, une jument de 5 ans, n’ayant pas couru “owing to an

accident” et pleine du sprinter Silly Season. M’avaient plu, son beau modèle,

son origine maternelle et, surtout, le fait qu’elle était fille de Relic,

source de vitesse, qui avait permis à l’élevage de François Dupré d’atteindre

des sommets. Issue de l’élevage classique (Warren Stud) de J.-J. Astor, Never

Go Back avait pour mère Never Say, lauréate des Park Hill Stakes (2920 mètres,

Gr2), fille de Never Say Die (Derby d’Epsom , Gr1) et petite-fille d’Alycidon

(Ascot Gold Cup, Gr1). Ce faisant, j’escomptais que la vitesse de Relic serait

un atout bienfaisant à l’accumulation de tenue du côté maternel... Unie à Montevideo

II (miler), Never Go Back a produit en 1975 Avallaneda (une victoire à 2 ans),

la mère du vaillant Avaleur (Fabulous Dancer, 2400 mètres) lauréat de onze

courses (trois en plat et huit en obstacles) et vingt-huit fois placé pour 51

courses qui a permis – certains s’en souviennent peut-être – à Freddy Head de

faire connaissance, le 2 décembre 1990, avec les obstacles d’Auteuil sur

lesquels son père et son grand-père avaient connu la gloire en tant que

jockey. Devenue la propriété de Louis Saier, Never Go Back produisit, en

1978,  avec Lightning (Prix d’Ispahan,

intermédiaire, Gr1) Lady Eglantine (placée à 2 ans, victorieuse à 3 ans et 4e

du Prix Pénélope) qui, unie à Crystal Glitters (Prix d’Ispahan deux fois, intermédiaire)

donna naissance en 1987 à Cape of Good Hope victorieuse de quatre courses (1400

à 2000 mètres) entraînée par Michel Laborde sous les couleurs de la marquise de

Moratalla. Devenue poulinière Cape of Good Hope, produisit avec le miler

Kendor, en 1994, Joyeuse Entrée qui, entraînée par Alain de Royer-Dupré,

remporta quatre courses, à 2 ans, dont le Prix d’Aumale (Gr3). Il est

vraisemblable que Kendor est le responsable de la précocité et de la vitesse

montrée par Joyeuse Entrée. Hormis les deux années où elle avait été unie à

Zafonic et à Machiavellian, étalons caractérisés par leur précocité et leur

vitesse, Joyeuse Entrée avait, avant Tin Horse, eut des produits d’étalons

ayant atteint le plus haut niveau sur 2400mètres, Peintre Célèbre (Jockey Club,

Arc, Grs1), Unfuwain (2e King George VI, 4e Arc, Grs1), Galileo (Derby, King

George VI, Grs1), Singspiel (Japan Cup, Coronation Cup, Grs1) et Lomitas

(Europa Preis, Grosser Preis von Baden, Gr1). Ces six produits (deux avec

Lomitas) n’avaient récolté que des “broutilles”, quatre courses, alors qu’avec

Sakhee (“Arc”) – du même calibre –, Joyeuse Entrée a donné naissance à un

vainqueur classique, Tin Horse. Pourquoi ? On objectera que les six produits

ayant fait pâle figure étaient toutes des pouliches, certaines d’entre-elles

possédant peut-être des moyens annihilés par leur sexe. Autre question :

pourquoi Tin Horse fait-il preuve d’une si grande vitesse ? Sans doute il le

doit à son grand-père maternel Kendor (1986), étalon longtemps sous-estimé

alors qu’il a été le seul cheval à réaliser le doublé Grand Critérium/Poule

d’Essai depuis Blushing Groom (né en 1974) et Irish River (né en 1976). Mais,

attribuer à l’influence de Nasrullah et de Lady Josephine, certains des mérites

de Tin Horse, c’est une opinion que je ne partage pas, tout comme je n’insisterai

pas sur la présence du rapide Relic, père de Never Go Back, la quatrième mère

de l’élève de la marquise de Moratalla. Par contre, je ne manque pas de

“méditer” sur les sages préceptes rappelés au chapitre consacré à « L’éleveur »

dans mon nouveau livre « 70 Ans au Galop ». « Dès lors, que conclure ? »

demande en 1920 Saint-Georges. « Tout d’abord, qu’il n’y a rien d’absolu. Trop

de gens érigent des principes en monuments immortels. Chaque jour l’événement

dément la théorie. Lorsqu’un croisement a réussi, il est toujours aisé d’en

trouver la raison dans le pedigree et d’y chercher un ascendant pour confirmer

les dires. La leçon du passé est plus facile à retenir que n’est facile à

établir la garantie de l’avenir. » Et, quatre ans plus tard, le même

Saint-Georges, se révélant fin observateur, poursuit : « L’examen des fruits

sur un même arbre affirme le mystère. Aussi, quand je vois des gens pontifier,

citer des noms avec emphase, établir des règles après coup et expliquer des

raisons de succès, suis-je plus tenté de croire à leur ignorance qu’à leurs

connaissances. La branche à fruits ne sera pas celle qui paraît en pleine

vigueur, et l’arbre robuste est souvent appelé à mourir le premier. » La chance

? : « Je n’accorde aucune part à la chance. Elle se taille elle-même la part du

lion ! » reconnaît trente ans après le baron Guy de Rothschild lors d’une

interview, en 1953.

« 70 Ans

au Galop », Editions du Castelet.

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