La grande interview : mickaël barzalona, une ascension fulgurante

Autres informations / 03.06.2011

La grande interview : mickaël barzalona, une ascension fulgurante

Mickaël

Barzalona est l’étoile montante des jockeys français. À dix-neuf ans, il a

remporté son premier Gr1 à l’occasion du Prix Saint-Alary et il est de plus en

plus sollicité par les plus grandes écuries du monde. Le protégé d’André Fabre

est revenu avec nous sur son parcours et son actualité qui le mène samedi à

Epsom, où il va prendre le départ du Derby avec Pour Moi.

JOUR DE

GALOP. – VOUS ETES ORIGINAIRE DE CORSE OU VOTRE ONCLE ET VOTRE GRAND-PERE

TRAVAILLENT DANS LE MILIEU DES COURSES. CETTE PASSION POUR L’HIPPISME EST-ELLE

VENUE TRES VITE ?

Mickaël

Barzalona. – En fait, ça m’est venu très tardivement. Mon grand-père est

entraîneur à Ghisonaccia et mon oncle, Armand, était jockey. J’habitais dans le

Sud-Est de la France, près de Châteaurenard, dans les Bouches-du-Rhône, et j’ai

connu mon grand-père assez tardivement. Jusqu’à ce que je le rencontre, je ne

m’intéressais pas beaucoup aux courses. J’étais enfant et je ne comprenais pas

trop le fonctionnement des courses. Je ne voyais que les jockeys qui

s’habillaient bizarrement pour monter à cheval, je n’y trouvais pas un grand

intérêt, mais ça, c’était quand j’avais à peine plus de dix ans. À cette

époque, je faisais du horse-ball avec mon cheval camarguais Isatis et j’ai été

deux fois champion de France. Puis j’ai commencé à m’intéresser aux courses

après des voyages en Corse et la rencontre avec mon grand-père. Ç’a été un

déclic et, immédiatement, je suis allé passer les sélections de l’Afasec à

Marseille. Mon oncle m’avait conseillé de partir à Paris, où j’aurais beaucoup

plus de choses à apprendre que dans la région. J’ai alors fait mes bagages pour

Gouvieux, je n’avais que quatorze ans. J’étais dans la promotion de Théo

Bachelot, Alexandre Champenois et Alban Desvaux.

VOUS

AVEZ ALORS FAIT VOTRE APPRENTISSAGE CHEZ ANDRE FABRE…

C’est

une chance exceptionnelle d’avoir été affecté chez André Fabre. Ma vie a

commencé lorsque j’y ai fait mes premiers pas. C’était très impressionnant de

lui parler et de voir à quel point il s’intéresse à ses jockeys. Il nous confie

tout de suite des bons chevaux le matin, nous fait beaucoup travailler, on

monte beaucoup de galops et tout le monde n’a pas cette chance. Aujourd’hui, je

lui doit tout, c’est lui qui m’a appris mon métier, il m’a fait confiance très

tôt, m’a permis d’aller monter à Dubaï l’hiver dernier. Je me répète mais j’ai

beaucoup de chance d’être à ses côtés. Il me connaît mieux que je ne me connais

moi-même. Il connaît tous mes défauts et mes qualités. Il m’a fait débuter en

course. Pourtant, ce n’est pas pour lui que j’ai gagné la première fois ;

c’était pour Jean de Roualle à Fontainebleau. Je m’en souviens comme si c’était

hier, parce que j’avais fini dead-heat, à la lutte avec Yannick Letondeur.

L’ANNEE

SUIVANTE, VOUS AVEZ SIGNE UN CONTRAT [DE DEUXIEME MONTE] AVEC L’ECURIE

WERTHEIMER & FRERE. COMMENT VIT-ON, A 18 ANS, CE GENRE D’EVENEMENT?

Qu’une

écurie aussi prestigieuse que celle-ci s’intéresse à moi, c’était vraiment

incroyable. Quand on m’a contacté, je croyais à une blague. C’était vraiment

très flatteur, surtout que j’avais encore ma décharge. Je venais tout juste de

fêter mes dix-huit ans, je n’en revenais pas. C’est un contrat de deuxième

monte, qui court jusqu’au début du mois de septembre. Ça m’a déjà apporté une

superbe expérience. J’ai pris mon rôle à coeur et j’ai été très fier de voir

gagner Goldikova (Anabaa), après avoir monté son leader. D’une certaine façon,

c’était aussi un peu ma victoire. Ma récompense avec cette casaque, ç’a été de

monter Polytechnicien (Royal Academy) avec qui j’ai gagné une Listed à

Deauville et qu’Olivier a ensuite emmené au niveau Gr3.

CES

DERNIERS MOIS, ON VOUS A VU DE PLUS EN PLUS SOUVENT ASSOCIE A DES CHEVAUX DE

L’ECURIE GODOLPHIN. AVEZ-VOUS CONSCIENCE DE VIVRE UNE RELATION PRIVILEGIEE AVEC

CETTE ECURIE ?

Je n’ai

pas gagné beaucoup de grandes courses mais la plupart ont été pour l’écurie

Godolphin, le Prix Saint-Alary, le Prix La Force, le Derby des Émirats, une

deuxième place dans le “Moulin de Longchamp”… J’ai eu pas mal de réussite pour

Godolphin et ça s’est remarquablement bien passé à Dubaï. Ils m’ont fait

confiance et quant ils m’ont sollicité pour monter Monterosso dans le Dubai

World Cup, je n’en revenais pas. C’était un bonheur absolu.

APRES

VOTRE VICTOIRE DANS L’U.A.E. DERBY, LE CHEIKH MOHAMED AL MAKTOUM VOUS A PRIS

DANS SES BRAS. CELA DEVAIT ETRE UN MOMENT PARTICULIER.

C’était

très surprenant, je ne m’attendais pas à ça. Il devait être particulièrement

heureux de voir cette jument gagner, au moins autant que moi de la monter.

VOUS

FAITES BEAUCOUP DE VOYAGES EN ANGLETERRE, OU VOUS ETES ASSOCIE A DES CHEVAUX DE

L’ECURIE DUBAÏOTE. QU’APPRENEZ-VOUS DE CES VOYAGES ?

C’est

une expérience très enrichissante. Je prends des cours d’anglais pour être plus

à l’aise, mais, chez Godolphin, il y a Diana Cooper qui parle très bien

français, alors on communique assez facilement. J’apprends beaucoup de mes

voyages. Je découvre des nouvelles pistes, des hippodromes extraordinaires et

surtout une nouvelle façon de monter. En Angleterre, on demande tout à nos

chevaux dès le départ, alors qu’en France on peut ne s’occuper de la course que

dans ses derniers mètres. Les deux manières de monter sont très différentes et

c’est une chance de pouvoir découvrir cela si jeune.

ON

COMMENCE A BIEN CONNAITRE LE JOCKEY MICKAËL BARZALONA, MAIS QUI SE CACHE

DERRIERE CE JEUNE HOMME DE DIX-NEUF ANS ?

Quelqu’un

de très simple. J’ai une vie calme, posée et je crois que c’est indispensable

pour réussir dans ce métier. À mon âge, on peut facilement être tenté de faire

n’importe quoi en sortant tous les soirs. Je ne vais jamais en boîte de nuit et

j’ai dû sortir deux fois boire un verre depuis le début de l’année. Je préfère

passer du temps avec mes amis. Je suis toujours “fourré” avec Flavien Prat et

Maxime Guyon, avec qui on préfère passer des bons moments autour d’un barbecue.

Je viens d’acheter une petite maison à Gouvieux et en ce moment, j’ai pas mal

de choses à faire dans mon jardin. Je m’occupe de ma maison et le reste du

temps je suis au travail. Je suis toujours inscrit dans une salle de sport,

mais avec la maison, j’ai un peu moins le temps d’y aller. Le sport rythme ma

vie, j’ai toujours besoin d’être en activité. J’aime beaucoup jouer au squash.

Et le travail du matin, à porter des gros sacs de sable, c’est du sport, mine

de rien !

PARLONS

DE VOTRE ACTUALITE, VOUS VENEZ DE REMPORTER LE PREMIER GR1 DE VOTRE CARRIERE

AVEC WAVERING ET VOUS ALLEZ MONTER LE DERBY D’EPSOM AVEC POUR MOI. COMMENT

VIVEZ-VOUS CETTE PRESENCE DANS LE HAUT NIVEAU ?

Avec

Wavering, je pensais avoir une bonne chance de finir à l’une des trois

premières places, mais de là à gagner, non. Je voulais avant tout la monter

pour elle, sans être obsédé par la victoire. Elle a beaucoup progressé et n’a

probablement pas encore fini de s’améliorer. Je n’ai pas vraiment réalisé ce

qu’il m’arrivait. Comme à chaque fois, on est content de gagner. C’est une

victoire importante pour moi. Je l’attendais, mais elle n’a pas eu l’impact que

j’imaginais sur moi. Finalement, c’est une course et une victoire un peu comme

une autre. Maintenant, je me prépare pour Epsom. Pour Moi est aussi un cheval

qui progresse beaucoup. Il prend de la maturité et m’a laissé une impression

“de folie”. C’est un cheval dont on ne connaît pas encore les limites et

j’espère ne pas les connaître samedi soir.

CELA

FAIT QUELQUES ANNEES QUE VOUS ETES DANS LE CIRCUIT MAINTENANT ET VOUS AVEZ EU

L’OCCASION DE MONTER DE BONS CHEVAUX. LESQUELS VOUS ONT PARTICULIEREMENT MARQUE

?

Simon de

Monfort a beaucoup compté pour moi. C’est avec lui que j’ai remporté ma

première Listed, puis mon premier Gr3. Il m’a aussi fait découvrir le niveau

Gr1. En fait, Simon de Monfort a été là, tout au long de ma progression. Je

garde de lui un excellent souvenir. Celui qui m’a le plus impressionné, c’est

Monterosso. C’est un cheval incroyable, un monument et surtout un champion. Il

a un physique impressionnant et doit toiser près d’1m70. Il sait tout faire, il

est très costaud et il a une action de trois kilomètres. Je n’avais pas

l’impression d’aller vite avec lui quand j’ai gagné la préparatoire au Dubai

World Cup. Le cheval a fait ce qu’il voulait ce jour-là. Pour moi, c’est un

crack !