Le dimanche fou de sylvain dehez

Autres informations / 01.06.2011

Le dimanche fou de sylvain dehez

Un coup

de trois, avec deux succès dans les Grs1, et une centième victoire : Sylvain

Dehez, 29 ans, a réalisé dimanche une journée hors du commun. Pour JDG, il

revient sur cet exploit…

JDG. –

COMMENT AVEZ-VOUS VECU CETTE JOURNEE DU "GRAND STEEPLE" ?

Sylvain

Dehez. – C’était énorme ! J’étais sur un nuage, c’est assez difficile à

décrire. J’avais du mal à réaliser, et aujourd’hui [lundi, ndlr] j’ai encore du

mal à réaliser. Je pensais bien pouvoir faire une bonne journée, mais de là à

gagner les deux Grs1…Il n’y a pas eu de fausse note, même si je m’attendais

peut-être à une meilleure performance avec Formosa Joana Has, qui a cependant

bien couru.

C’ETAIT

VOTRE PREMIER "GRAND STEEPLE", COMMENT L’AVEZ-VOUS PREPARE ?

Avec

Hervé Barjot et Christophe Aubert, nous avions visionné les courses de nos

adversaires, et aussi le premier succès de Mid Dancer dans le "Grand

Steeple".

VOUS

N’AVIEZ JAMAIS MONTE GRAND CHARLY, AVEC QUI VOUS AVEZ GAGNE LE "FERDINAND

DUFAURE". COMMENT VOUS ETES-VOUS RETROUVE ASSOCIE A LUI ?

Thierry

Civel m’a appelé la veille de la déclaration des partants, pour savoir si

j’étais libre. Je n’avais en effet jamais monté son cheval, ni en course, ni à

l’entraînement. Mais je me souvenais de ses courses au printemps à Enghien : je

l’avais d’ailleurs battu avec Katkovana (Westerner). Et Alexis Acker, qui l’a

déjà monté, m’a donné quelques tuyaux. Il m’a dit que c’était un cheval dur,

qui ne lâche jamais le morceau.

ET

L’APRES COURSE ?

On a un

peu arrosé les victoires… Lundi matin, je suis allé travailler des chevaux chez

Jean-Paul Gallorini, mais l’après-midi, une fois la pression retombée, je me

suis littéralement effondré ! J’ai dormi toute la journée !

L’ANNEE

DERNIERE, A LA MEME PERIODE, VOTRE CARRIERE A PRIS UN NOUVEAU TOURNANT…

En

effet, je travaillais pour Yannick Fouin depuis quatre ou cinq ans. Je suis

arrivé chez lui alors que j’avais encore ma décharge, et nous avons gagné

beaucoup de courses ensemble, dont deux Grs1, avec Lina Drop et Royal Honor. Il

y a eu aussi beaucoup d’autres bons chevaux, comme Loulia ou Avenue Marceau… En

2009, je me suis blessé et les jeunes comme Morgan Regairaz et Jérémy Da Silva

ont récupéré les chevaux, et les ont assez logiquement gardés quand je suis

revenu. Pendant un an, je travaillais donc des chevaux le matin que je ne

montais pas forcément en course… C’est frustrant. Comme dans un couple, quand

cela na va plus, mieux vaut se séparer. Il fallait prendre une décision, et

j’ai décidé de me lancer en free-lance. Comme j’étais très étiqueté

"Fouin", mon téléphone ne sonnait pas beaucoup ! Il a fallu que je me

fasse une clientèle. Mickaël Seror, qui venait de s’installer comme entraîneur,

m’a appelé pour sauter ses chevaux le matin et m’a fait un peu monter en

course. J’ai aussi commencé à travailler pour Richard Chotard en mai-juin, et

lui aussi a fait appel à moi lors du meeting de Clairefontaine. J’ai gagné

quelques courses et j’ai eu le droit à un petit article dans le

"Turf". Jean-Paul Gallorini m’a appelé car il avait besoin de

quelqu’un le matin. Un mois après mon arrivée, Bastien Benard s’est accidenté,

et je me suis donc retrouvé quasiment seul pour monter en course. Si quelqu’un

peut relancer la carrière d’un jockey, c’est bien Jean-Paul Gallorini. Il peut

faire gagner qui il veut !

COMMENT

A DEBUTE VOTRE COLLABORATION AVEC CHRISTOPHE AUBERT ?

Cela a

commencé dans le Prix Renaud du Vivier, avec Cristal Bonus, en novembre

dernier. Cyrille Gombeau était à pied, David Cottin devait monter un

pensionnaire de Guy Cherel, et il cherchait donc un jockey. Il m’a appelé et

c’est comme cela que tout a débuté. Ensuite, il y a eu Or Noir de Somoza dans

le "Georges Courtois" puis dans le Grand Prix de Pau… À présent, je

vais travailler ses chevaux une à deux fois par semaine.

COMMENT

ETES-VOUS ENTRE DANS LE METIER ?

Mon père

a été jockey d’obstacle, puis premier garçon chez Xavier Guigand. Quand son

activité a commencé à ralentir, nous sommes partis à Dax. Mon père ne nous a

jamais forcés, mon frère Fabien et moi, mais le virus était pris et nous

voulions devenir des jockeys. Mon frère est passé par les rangs des amateurs,

et moi j’ai fait l’Afasec à Mont-de-Marsan. J’ai débuté chez Jean-Pierre

Totain. J’ai dû monter une vingtaine de fois en plat, mais j’étais déjà un peu

lourd, et de toute façon, c’est l’obstacle qui m’intéressait.

VOUS

AVEZ ENSUITE REJOINT LA REGION PARISIENNE…

Oui,

j’avais envie de voir autre chose. Je suis retourné à Maisons-Laffitte, où j’ai

travaillé pour Jehan Bertran de Balanda pendant un an. Mais je n’ai dû monter qu’une

fois en course, alors je suis parti chez Guy Cherel, où je suis resté pendant

quatre ans. Là, j’ai beaucoup monté en province, et j’ai appris à m’occuper

vraiment des chevaux. Il donne beaucoup de responsabilités à ses employés. À

l’époque, j’étais encore assez impatient, et je trouvais que je ne montais pas

assez à Paris. J’ai décidé de partir chez Yannick Fouin…

QUI VOUS

A LE PLUS APPRIS ?

Chez

chacun de mes patrons, j’ai appris beaucoup. Chez Jean-Pierre Totain, je

travaillais avec Denis Desoutter qui m’a fait partager son expérience. Avec Guy

Cherel, j’ai découvert tout le côté "soin" et aussi le dressage des

chevaux. Enfin, Yannick Fouin, grâce à son expérience de jockey, m’a beaucoup

appris sur la monte en course.

ETRE

FREE-LANCE CORRESPOND BIEN A VOTRE CARACTERE ?

Oui, je

pense avoir trouvé un équilibre. Quand on travaille tous les matins pour le

même patron, on peut vite se brouiller. Cela arrive beaucoup moins quand on ne

travaille qu’une fois ou deux par semaine. PENSEZ-VOUS QUE VOS SUCCES DE

DIMANCHE VONT VOUS APPORTER DE NOUVEAUX CLIENTS ?

C’est

encore trop tôt pour le dire. Mais il ne faut pas monter des chevaux pour faire

plaisir. Il faut choisir ses montes, pour ne pas risquer de se blesser

"bêtement". Il suffit d’être un mois sur la touche pour tout perdre…