L’inevitable croisement sadler’s wells x darshaan

Autres informations / 08.06.2011

L’inevitable croisement sadler’s wells x darshaan

par

Thierry Grandsir

Pour Moi

a planté le drapeau français sur le Derby après trente-cinq ans de disette… Une

juste récompense pour son mentor, une joie intense (et partagée par tous) pour

son jockey, et une nouvelle occasion de reparler du croisement Sadler’s Wells x

Darshaan...

LA

SAISON DE MONTJEU…

Chaque

année depuis 2005, dès que les distances à s’allonger dans le programme

classique européen,

 le nom de Montjeu revient au premier plan. Il

nous avait déjà gratifié d’une pluie de gagnants de Stakes le mois dernier (sept

victoires de Groupes et de Listeds), et le meeting d’Epsom aura ajouté un

troisième gagnant de Derby anglais à son crédit après Motivator et Authorized,

en sus de la victoire de St Nicholas Abbey dans le Coronation Cup (Gr1)… Les

années se suivent et se ressemblent pour cet étalon d’exception, digne fils de

Sadler’s Wells, qui transmet clairement la classe immense qui nous avait tant

enthousiasmés sur la piste. Pour Moi, qui émane de sa septième saison de monte,

est tout simplement son vingt-deuxième gagnant de Gr1, le quinzième dans notre

Hémisphère…L’analyse de la production de Montjeu suggère deux constats. Tout

d’abord, la transmission de sa tenue classique, entendons par là sa capacité à

placer une pointe de vitesse incisive en fin de parcours sur la distance de

2.400 m : onze de ses quinze gagnants de Gr1 européens se sont imposés sur

cette distance, ou sur plus long. D’ailleurs, les dosages du pedigree de Pour

Moi sont assez éloquents : 4 - 0 - 13 - 5 - 2 (24), mettant en évidence

beaucoup de classicisme et une tenue largement prédominante sans pour autant

manquer de brillance. Second constat : quatorze de ses quinze gagnants de Gr1

sont des mâles, la bonne Montare (Prix Royal-Oak) faisant exception à la règle.

Les filles de Montjeu ne sont pas pour autant inférieures à ses fils en termes

de potentiel, mais elles se montrent souvent plus maniérées et délicates, ce

qui les prive parfois du palmarès qu’elles mériteraient.  Montjeu, dans les pas de Top Ville ? Nous n’avons

certes rien découvert en la matière, car ces deux constats sont aujourd’hui

bien connus des professionnels et amateurs éclairés. Il est toutefois assez

intéressant de souligner que la production de Montjeu présente des

caractéristiques assez comparables à celles de la production de Top Ville, son

père de mère : six des sept gagnants de Gr1 produits par ce dernier ont

triomphé sur une distance égale ou supérieure à 2.400 m, et cinq d’entre eux

étaient des mâles. Ses pouliches étaient souvent très élégantes, avec beaucoup

de présence et des rayons, mais aussi un excès d’influx et de susceptibilité

qui réclamaient beaucoup de patience à leurs entraîneurs et à leurs jockeys...

Ceci étant dit, elles ont produit onze gagnants de Gr1 dont Ameerat, Caerlina,

Dar Re Mi, Egyptband ou encore Yeats. De quoi attirer l’attention sur les

jeunes produits des poulinières issues de Montjeu…Par contre, les fils de Top

Ville ont beaucoup moins convaincu au haras, à l’exception de Saint Estèphe –

qui a produit les gagnants de Gr1 Gravières (Santa Ana Hp) et Pigeon Voyageur

(Gran Premio d’Italia) – et de Pistolet Bleu, qui a trouvé sa voie dans la

production de sauteurs de qualité. La lignée mâle de Montjeu semble

heureusement appelée à une plus grande réussite: dix-huit de ses fils ont déjà

trouvé place au haras, dont cinq chez nous (Davidoff, Honolulu, Montmartre,

Noble Sang et Walk in the Park), et la présence d’un fils de Hurricane Run

(Montjeu) à la quatrième place du Derby de Pour Moi est encourageante.  D’ailleurs, ce Memphis Tennessee, qui a

longtemps animé l’épreuve, est un petit-fils de la gagnante du Prix Saint-Alary

(Gr1) Cerulean Sky, une fille de … Darshaan !

MONTJEU

X DARSHAAN, COMME SADLER’S WELLS X DARSHAAN ?

Ajoutons

à cela le fait que le deuxième de ce même Derby, Treasure Beach, est par

Galileo (Sadler’s Wells) et une fille de Mark of Esteem (un fils de Darshaan).

Il n’est pas si courant de constater une telle similitude de croisement entre

trois des quatre premiers d’un Derby ! Le croisement entre Montjeu et les

filles de Darshaan est donc une variante logique du fameux nick Sadler’s Wells

x Darshaan, déjà évoqué dans nos colonnes à l’occasion de la victoire de

Wavering dans le Prix Saint-Alary (Gr1), mais c’est aussi une prolongation du

croisement à l’origine de la gagnante du Prix Vermeille (Gr1) Darara, une sœur

utérine de Darshaan issue de Top Ville. Notons également que Montjeu a produit

les classiques Fame and Glory et Montare avec des filles de Shirley Heights

(père de Darshaan), et que le gagnant du Canadian International (Gr1) Joshua Tree

est par Montjeu et une petite-fille de Shirley Heights. Pourtant, ce croisement

n’est pas, en termes de statistiques, aussi évident qu’il y paraît : on

dénombre 228 produits de Montjeu issus de descendantes de Darshaan âgés de 3ans

ou plus. Sur ces 228, 192 ont couru mais seuls 58 ont gagné, soit un bien

modeste 25 %... Ceci dit, 36 d’entre eux ont quand même pris du caractère gras

! Les statistiques des croisements entre Montjeu et Mr Prospector sont

supérieures (19% de black type), à l’image du gagnant de Derby Motivator (mère

par Gone West) ou du lauréat de l’Irish Derby (Gr1) Frozen Fire  (mère par Woodman). La présence de

Conquistador Cielo (Mr Prospector) comme père de la deuxième mère de Pour Moi

accrédite cette affinité, et complète de façon intéressante la compatibilité

d’ensemble du pedigree !

UNE

SOUCHE ULTRA-CLASSIQUE…

Intéressons-nous

maintenant à la souche maternelle de Pour Moi (famille 22-b), dont le

classicisme n’est plus à démontrer : on ne dénombre en effet pas moins de

quinze gagnants de Gr1 sous la troisième mère de Pour Moi, la vénérable Royal

Statute (Northern Dancer) !!! Citons parmi eux les gagnants classiques Bosra

Sham, Hector Protector, Shanghai, Lammtarra (gagnant du Derby en 1995), ou

encore l’excellent Act One, père de Silver Pond, vainqueur ce dimanche du Grand

Prix de Chantilly (Gr2). Mais comme pour la gagnante des Oaks Dancing Rain, il

n’est pas nécessaire de remonter les générations pour trouver du classicisme

dans la famille : Pour Moi est tout simplement un trois quarts frère de la

belle Gagnoa  (Sadler’s Wells), laquelle

s’intercala entre Zarkava et Goldikova dans un Prix de Diane (Gr1) d’anthologie

! L’analyse du pedigree de notre gagnant de Derby aurait certes pu se résumer à

l’évocation de cette simple performance…L’inédite Gwynn avait donc prévenu. Notons

que Pour Moi est son quatrième foal après trois produits de Sadler’s Wells, suivi

par une 2ans répondant au doux nom de Kissed et par une pouliche yearling, deux

filles de Galileo (Sadler’s Wells) que l’on a hâte de voir en piste ! Seule

légère ombre au tableau, les étalons issus de cette souche maternelle ont

généralement été porteurs d’espoirs déçus. Souhaitons que Pour Moi fasse

exception, même s’il est encore trop tôt pour étudier la question.

DE

BELLES SIMILITUDES…

En

conclusion, et même si la gagnante des Oaks et le lauréat du Derby 2011

présentent des pedigrees assez différents, on relèvera quelques similitudes

intéressantes : la lignée mâle de Northern Dancer (mais cela devient une évidence),

un inbreeding sur ce dernier via un mâle et une femelle, des souches

maternelles exceptionnelles, et deux mères inédites en course…Mais la

similitude qui nous intéressera le plus concerne les pedigrees des gagnants des

Derby anglais et français 2011, pour la simple et bonne raison qu’ils partagent

les deux mêmes grands-pères, à savoir Sadler’s Wells et Darshaan !!!