L’intervention d’hubert monzat aux 5e rencontres parlementaires sur les jeux

Autres informations / 15.06.2011

L’intervention d’hubert monzat aux 5e rencontres parlementaires sur les jeux

Le 9

juin dernier se sont tenues les cinquièmes rencontres parlementaires sur les

jeux. L’objectif de ce colloque était d’établir un bilan, un an après

l’ouverture des jeux en ligne. Dans le cadre d’une table ronde qui portait sur

les attentes de la clause de revoyure, présidée par François Trucy, Secrétaire

de la commission des Finances et rapporteur sur la loi d’ouverture à la

concurrence et de la régulation du secteur des jeux d’argent et de hasard en

ligne, et Jean-François Lamour, ancien ministre et également rapporteur de

cette même loi, Hubert Monzat, Directeur général de France Galop, s’est

exprimé. Voici son intervention. « Il n’est jamais facile de dire les choses

quand on est assis à une même tribune, mais il faut quand même les dire. Un

point commun avec les casinos qui viennent d’exprimer leurs doléances, c’est

que nous n’avons pas été entendus par la commission de l’Assemblée Nationale

qui vient de faire des propositions récemment publiées et que nous le

regrettons très vivement. Nous le regrettons d’autant plus que dans le rapport

Lamour/Filippetti et dans les contributions qui y sont jointes, il existe un

certain nombre de propositions sur lesquelles nous aurions aimé pouvoir nous

exprimer. Nous ne sommes pas nécessairement hostiles à tout aménagement de

cette loi mais encore faudrait-il qu’on puisse être entendu. Un certain nombre

de personnes, et ce n’est pas la première fois que cela se produit, oublie que

dans ce pays, l’organisation des courses hippiques, comme dirait Dominique de

Bellaigue, est régie par la loi de 1891 qui confie aux sociétés de courses

l’organisation des courses et pas au PMU ! En tant que Directeur général de

France Galop, je tiens à le dire avec beaucoup de vigueur. Est-on en mesure

aujourd’hui de faire un véritable bilan de cette loi et de faire des propositions

utiles dans la perspective de la close de revoyure ? C’est une vraie question

en soi. Il y a à peine un an que cette loi a été votée et a commencé à être

mise en oeuvre. Peut-on développer un marché malgré lui ? Quand on a réfléchi

au texte de cette loi, quand on y a travaillé en discutant avec un certain

nombre d’entre-vous présents dans cette salle, on nous a fait miroiter,  on a fait miroiter au gouvernement, des

chiffres d’un marché astronomique. Ce marché n’est pas au rendez-vous. Alors

peut-être est-ce parce que la loi a été mal ficelée, parce que la fiscalité

d’État est trop élevée mais si elle est à ce niveau, c’est parce que le

législateur, me semble-t-il me souvenir, avait un certain nombre de

préoccupations autres que de simplement développer le marché des paris en

ligne.

Il faut

laisser un peu de temps au temps. Les Français– Christophe Blanchard-Dignac,

qui est présent parmi nous, l’a bien vécu pendant longtemps – sont peu

familiers avec les paris sportifs, ce n’est pas leur culture.  Curieusement, les paris hippiques, on peut

s’en étonner, s’en réjouir quand on travaille pour la filière hippique,

subsistent dans ce pays. Ils font partie de l’histoire du pays et c’est sans

doute une des raisons pour lesquelles ils ont relativement bien résisté. Concernant

les paris sportifs, je ne suis pas aussi pessimiste qu’un certain nombre de

personnes veulent bien le faire croire. Je pense que les paris sportifs vont

faire leur trou progressivement et ils vont progressivement creuser la tombe

des paris hippiques. Donc, Messieurs les législateurs, soyez prudents dans la

revoyure du texte. Ne jetez pas à la fosse ce que vous avez fait il y a tout

juste un an. Laissez le marché se stabiliser. Tout changer au bout d’un an

serait suicidaire, alors même que la clause de revoyure dans le projet de loi

initial prévoyait un délai de 24 mois, que seul le calendrier électoral a

conduit à réduire à l’excès. Quand on dit que les paris hippiques résistent

remarquablement par rapport aux paris sportifs, à quel prix ? Au prix d’une

augmentation de l’offre effrénée : voici 3 chiffres sur 3 ans (2009-2010-2011)

: le nombre de courses P.H.H. courues en France : 3600 en 2009, 4000 en 2010 et

4400 cette année, soit plus de 10 % d’augmentation de l’offre. Pour quoi faire

? Pour arriver tout juste à maintenir le chiffre d’affaires au positif. À côté

de cela, n’oublions pas les courses étrangères qui, elles, ont été multipliées

par 6. On est passé de 165 courses à 400 puis à 950 cette année. Pour arriver à

quel résultat ? À un + 0,4 % du marché des paris hippiques. Donc la résistance

des paris hippiques par rapport aux paris sportifs, c’est du vent ! S’il n’y

avait pas cette augmentation de l’offre, les paris hippiques seraient dans un

déclin tendanciel de plus de 5 % par an avec les suppressions d’emplois à la

clé derrière. Je pense qu’il faut dire de temps en temps quelques vérités et ne

pas se laisser aveugler par un certain nombre de fausses évidences : le modèle

économique de la filière hippique, dont je souligne à chaque fois la fragilité,

est un modèle qui nous est envié par toute l’Europe et ce n’est pas souvent

qu’un Français peut le dire.  Les pays

voisins sont des pays qui sont en ruine de ce point de vue-là. Que ce soit la

Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, la Suisse, l’Espagne, la Grèce ou encore

l’Italie, ces pays sont en complète débandade dans le domaine des paris

hippiques. Tous ces pays, (à part l’Italie), demandent aujourd’hui au Cheval

Français et à France Galop de venir les aider à redresser leur filière hippique

et à développer un système de paris organisé à la française. Messieurs les

législateurs, entendez ce message! Nous avons un modèle d’excellence et il n’y

a que Bruxelles qui s’y oppose, même si nous discutons avec la Commission

Européenne qui entend malgré tout notre discours à la longue, grâce à la

mobilisation notamment des parlementaires et des professionnels français. Nous

avons un modèle d’excellence, alors ne prenons pas un malin plaisir,

franco-français, à le détruire. À le détruire au profit de quoi ? De qui ? Dans

quel but unique ? Maximiser les bénéfices des opérateurs de paris sportifs ? Je

pense, pour conclure, qu’il faut également se rappeler les motivations

premières de ce projet de loi et qu’on n’en dérive pas. Quelles étaient les

motivations initiales de ce projet de loi ?

-

développer le jeu responsable et lutter contre l’addiction,

- lutter

contre le marché illégal, (l’Arjel a fait du travail, un bon travail et il y a

encore beaucoup de choses à faire). Bertrand Bélinguier a parlé d’une nécessaire

transparence renforcée. Nous en avons parlé avec l’Arjel, il y a tout un tas de

progrès à faire mais on est sur la bonne voie.

-

répondre à une certaine demande du public dans le domaine des paris sportifs et

du poker. Sans vouloir jeter la pierre à nos amis des casinos, ne pas faire

pour autant de notre pays une société de casinos où il y aurait des problèmes

d’addiction comme en ont connu des pays qui se sont ouverts sans aucune

précaution, je pense à l’Australie notamment.

-

assurer un financement complémentaire au monde du sport. Je crois que ce projet

de loi a comporté une innovation très forte, sur laquelle vous êtes revenu,

Monsieur le Ministre : le droit au pari. Ce droit au pari est un élément

extrêmement important, un élément extrêmement positif.

Par

contre, son retour financier pour le monde sportif est dérisoire et il n’est

pas dérisoire parce que le marché français est resté limité. Il est dérisoire

parce que le modèle du sport professionnel aujourd’hui n’a pas besoin des

revenus des paris sportifs. J’étais l’autre jour à un déjeuner avec les

présidents des grandes fédérations sportives et les présidents de ligues. Un

grand nombre d’entre eux n’est pas intéressé par les revenus des paris

sportifs. Leurs modèles économiques, c’est la vente de leurs images, le

sponsoring, un modèle économique totalement différent de celui de la filière

hippique, qui, depuis sa création il y a plus de cent ans, dépend entièrement

du retour sur les paris hippiques. Faisons donc attention en voulant tout

mettre dans le même panier, à ne pas casser tous les oeufs. Étendre le droit au

pari aux paris hippiques, si l’objectif est d’abaisser le taux de retour à la

filière de 8 % à 1 %, comme pour les paris sportifs, la réponse est non ! Je

crois qu’il est important de se préoccuper de l’attractivité de l’offre mais

qu’il ne faut pas le faire aux dépens des équilibres fondamentaux d’une filière

hippique qui est en grande difficulté économique. Notre demande pour nous,

filière hippique, c’est d’abord d’appliquer la loi. Elle ne l’a pas été dès les

premiers instants. Je ne demanderai pas à tel opérateur sportif ce qu’il pense

d’un autre, notamment de la manière dont les fichiers clients ont été basculés,

contrairement aux dispositions de la loi. Appliquons la loi mais ne rompons pas

les équilibres d’une filière qui est au bord de la rupture, comme je l’ai

souvent dit. Je pense qu’on peut développer le marché du jeu et l’attractivité

de l’offre, mais le message que j’adresse aux législateurs, c’est de faire

attention à ne pas se laisser aveugler par des lobbies dont l’intérêt

particulier ne saurait en aucun cas correspondre à l’intérêt général. Merci. »