Rencontre hervé d’armaillé sang pour sang aqps

Autres informations / 18.06.2011

Rencontre hervé d’armaillé sang pour sang aqps

Éleveur, propriétaire,

président de l’association des AQPS, membre du comité de France Galop et du

conseil de l’obstacle… Hervé d’Armaillé connaît tous les maillons de la filière

"obstacle". C’était donc l’interlocuteur tout désigné à la veille

d’une réunion majeure à Auteuil.

 

À quand remonte la tradition

d’élevage d’AQPS dans votre famille ?

Mon arrière-grand-père, avant

la guerre, élevait déjà des chevaux de course au Tremblay, à Isenay, dans la

Nièvre. À l’époque, on les appelait des demi-sang. Après la guerre, mon

grand-père, qui était militaire, a continué l’élevage, mais en l’orientant

plutôt vers le concours et la chasse à courre. Il emmenait ses juments aux

étalons pur-sang de la station voisine de Cercy-la-Tour. Mais c’est vraiment

mon père qui a développé l’AQPS au Tremblay, il y a cinquante ans, à partir de

la jument base de l’élevage, Hupé, une jument de chasse à courre. À Cercy, nous

avions la chance d’avoir des étalons comme Verdi, Vieux Château ou Laniste, que

l’on retrouve dans les pedigrees d’un grand nombre d’AQPS du Centre.

Je me souviens que le

directeur du haras de Cluny était presque plus important que le préfet, à

l’époque ! Messieurs Ferrand, Frachon, Charpy ou, plus près de nous, Gorioux,

ont été de très bons conseillers pour les éleveurs du coin. Mon père, comme les

autres, était avant tout exploitant agricole. Il avait des bovins sur la

propriété et quelques chevaux par passion et tradition. Il y avait beaucoup

d’hippodromes près de chez nous : Cercy-la-Tour, Decize, Nevers,

Aubigny-sur-Nère, avec déjà des courses réservées pour les Selles Français.

 

« Je me souviens que le

directeur du haras de Cluny était presque plus important que le préfet, à

l’époque ! »

 

Avez-vous toujours su que vous

reprendriez le flambeau ?

Oui, j’ai toujours été

passionné par les courses. J’allais sur les hippodromes tous les dimanches avec

mes parents. Enfant, le cheval qui m’a le plus marqué s’appelait Pitchounet. Il

a gagné le Grand Steeple de Waregem, ce qui était quelque chose à l’époque, car

nous n’allions pas à Auteuil défier les pur-sang. Et mon arrière-grand-père, du

côté maternel, avait été président de Waregem. Mon père avait échangé ce

Pitchounet à un ami éleveur contre une poulinière. Il ne provenait donc pas de

notre élevage…

 

À partir de quand vous

êtes-vous vraiment impliqué dans l’élevage ?

Pour mes 25 ans, mon père a

eu la bonne idée de m’offrir deux pouliches. Comme je le fais encore

aujourd’hui, je me suis associé avec des copains sur ces deux juments, et la

première à courir sous mes couleurs, Nalia, a gagné d’emblée à Paray-le-Monial.

J’ai donc cru que tout était très facile ! Je l’ai gardée comme poulinière,

bien entendu, et c’est l’arrière-grand-mère de Moulin Riche.

 

Quels sont les chevaux de

l’élevage qui vous ont le plus marqué ?

Il y a eu Ubu III, bien sûr,

mais aussi Corton, qui a gagné deux fois le Grand Steeple d’Enghien, et Gloria

IV, restée invaincue en douze sorties en plat. Je citerais aussi Notre Père,

Osana ou Natal, qui ont tous gagné des Groupes outre-Manche. Parmi ma

production personnelle, il y a eu Moulin Riche, lauréat en plat, haies, et

steeple, en France comme en Grande-Bretagne, ou encore Pommerol.

J’étais à Auteuil quand Ubu

III a gagné son Grand Steeple avant de s’effondrer après le passage du poteau.

Je suis descendu très vite des tribunes, et je n’ai pas compris pourquoi tout

le monde faisait cette tête… Cela m’a beaucoup marqué. Gloria n’a jamais couru

en obstacle. Oui, c’est clair, avec elle, on s’est dégonflé ! On a refusé des

propositions importantes venant de Grande-Bretagne, et on voulait vraiment

retrouver la jument à l’élevage. Nous avons été récompensés avec son produit,

Notre Père. Après être restée vide deux ans, elle doit mettre bas dans les

jours qui viennent de Daramsar. Elle est promise à Fragrant Mix…

 

Comment parvenez-vous à mener

de front votre activité professionnelle et l’élevage…

Je suis gérant d’une société

de distribution de vins que j’ai achetée il y a quatorze ans. Je travaille donc

à Paris, mais j’ai la chance d’avoir deux excellents collaborateurs au Tremblay

pour veiller sur les chevaux, sans compter mon père, qui garde aussi un oeil

sur l’élevage. J’essaie d’y aller le plus souvent possible, disons deux

week-ends sur trois.

 

En cinquante ans, l’AQPS a

considérablement évolué… Nous avons vécu cinquante années extraordinaires. Les

éleveurs ont fait des efforts considérables dans la nutrition, la gestion de l’élevage,

l’exploitation des poulains grâce aux préentraîneurs… La race a donc beaucoup

progressé. Les chevaux sont moins tardifs, même si on les débute plus tard que

les pur-sang. Il sont beaucoup plus manipulés qu’ils ne l’étaient. Je me

souviens que lorsque j’étais enfant, gagner à Paray, c’était la grande fête !

On n’allait pas à Auteuil car les courses réservées aux demi-sang n’existaient

pas encore. À présent, nous avons un vrai programme, et nous n’hésitons pas à

nous frotter aux pur-sang ensuite. L’un des grands déclencheurs de la race a

été le succès de Nupsala, pour François Doumen, en Angleterre, dans le King

George VI Chase, le jour du Boxing Day. C’était en 1987. Le lendemain, c’était

en première page du Figaro ! Les Anglais n’en revenaient pas. Ils ne savaient

pas ce qu’était un AQPS. C’est grâce à cette victoire qu’ils sont ensuite venus

acheter nos chevaux. Le marché des foals s’est développé, car les acheteurs

savaient que s’ils tombaient sur un bon cheval, ils pourraient le vendre aux

Anglais.

 

 

 

 

« Gloria n’a jamais couru en

obstacle. Oui, c’est clair, avec elle, on s’est dégonflé !On a refusé des

propositions importantes venant de Grande-Bretagne, et on voulait

vraiment retrouver la jument

à l’élevage. »

 

La création du stud-book AQPS

en 2005 a marqué une nouvelle ère…

Il faut souligner que la

création du stud-book est l’œuvre de Michel de Gigou. Il a eu fort à faire, et

a été bien épaulé par Audouin Maggiar, Charles de Certaines et François

Gorioux. C’était une formidable idée, et c’était le bon moment pour le faire.

Grâce à la reconnaissance de la race AQPS, nous sommes pris en main par France

Galop et nous sommes reconnus à l’étranger. Peut-être arriverons-nous à

débloquer la situation au Japon ?! Certains ont émis l’idée de la création d’un

stud-book "obstacle". Ce n’était pas une mauvaise idée en soi, mais

nous ne pouvions pas attendre vingt ans… Et puis je ne vois pas comment nous

aurions pu convaincre les éleveurs de pur-sang d’inscrire leurs juments dans un

autre stud-book.

Désormais, nous avons nos

courses de sélection, en plat, réservées aux chevaux inscrits au stud-book. Les

courses d’obstacle, en revanche, resteront ouvertes aux chevaux non inscrits au

stud-book.

 

« La création du stud-book

AQPS, c’était une formidable idée, et le bon moment pour le faire. »

 

Pourquoi avoir accepté la

présidence de l’association des éleveurs d’AQPS, il y a un peu plus d’un an ?

Michel de Gigou avait passé

dix-neuf ans à la tête de l’association, et il avait logiquement envie de

passer la main. Je n’étais pas spécialement demandeur, mais plusieurs personnes

sont venues vers moi. J’ai toujours aimé m’impliquer dans l’Institution, et

c’est donc avec plaisir que j’ai accepté. Je suis arrivé au moment où les

subventions des haras et du ministère ont été considérablement réduites.

 

Quelle parade avez-vous

trouvé pour compenser cette baisse de subventions ?

Comme cela se fait pour

d’autres races, nous avons décidé de mettre en place un droit d’inscription au

stud-book, payable à la naissance du poulain, d’un montant de 50 euros. On

compte près de 1.100 naissances d’AQPS par an, mais notre association ne

regroupe que 450 membres. Il y a donc beaucoup d’éleveurs qui profitent du

système sans rien financer. Ce droit s’appliquera pour les poulains nés en 2012.

Cela nous permettra d’avoir les moyens de nos ambitions, en terme de

communication, promotion, d’aides aux concours de modèles et allures….

 

Ces concours, justement,

c’est une spécificité de la race AQPS ?

Oui, ils sont un héritage des

concours de modèles réservés aux Selles Français. Dans le Centre, et dans

l’Ouest, chaque département organise son concours et la finale a lieu au

Lion-d’Angers et à Decize. C’est un vrai moyen de promotion et de

commercialisation de nos produits. Nous sommes aidés par le F.R.B.C. qui

organise la venue et l’accueil d’entraîneurs et propriétaires étrangers. Nous

avons créé les concours de foals, où seul le poulain est jugé, dans un but

clairement commercial.

 

Pourquoi ne pas créer des

ventes publiques dédiées aux AQPS ?

La tradition veut que les

AQPS se négocient à l’amiable, chez l’éleveur, chez qui l’entraîneur ou le

propriétaire a ses habitudes. Des ventes de ce type ont déjà été organisées, à

Vichy notamment, mais cela n’a pas été très concluant. Nous restons donc très

prudents à ce sujet. Certains AQPS, très sélectionnés, sont présentés en vente

et s’y défendent bien.

 

Le retrait progressif des

Haras nationaux de la monte publique vous inquiète-t-il ?

Je trouve cela très dommage.

C’était en quelque sorte une aide pour les éleveurs qui fonctionnait bien et

qui va disparaître. De tout temps, les éleveurs d’AQPS ont beaucoup utilisé les

étalons nationaux. Cela permettait aussi de garder la génétique en France. Ce

désengagement de l’État est-il un progrès ? J’en doute. C’était sûrement un

système très lourd, avec beaucoup de stations, de centres… À présent, nous

allons être contraints de nous organiser en coopératives, et d’acheter les

étalons en partenariat avec des collectivités territoriales, comme ce fut le

cas avec Shaanmer Nivernais.

 

« Ce désengagement de l’État

est-il un progrès ? J’en doute. »

 

Que pensez-vous du programme

français des courses d’obstacle ?

Il est plutôt bien fait,

surtout pour les AQPS. Depuis dix ans, nous avons des courses réservées aux

femelles. C’est une belle opportunité pour les éleveurs de faire gagner leurs

futures poulinières, un critère devenu indispensable pour bien commercialiser

leurs produits. L’association des AQPS est très impliquée dans les instances de

France Galop pour faire entendre notre voix, et nous travaillons en bonne

intelligence.