Le printemps classique français

Autres informations / 19.07.2011

Le printemps classique français

L’hippodrome

de Longchamp a fermé ses portes jeudi et a scellé une première partie de saison

de courses plates. C’est le moment que nous avons choisi pour en dresser le

bilan, par une rétrospective des grands rendez-vous hippiques. Voici tout

d’abord le chapitre des classiques pour 3ans, avec quelques ajouts comme les

Juddmonte Grand Prix de Paris, Prix Jean Prat et "Saint-Alary"

 

15 MAI

2011 - POULE D’ESSAI DES POULAINS : TIN HORSE MEILLEUR 2ANS

FRANÇAIS…MEILLEUR  3ANS SUR LE MILE

Avant le

départ de la Poule d’Essai des Poulains (Gr1), la course semblait très ouverte

et personne n’aurait pu dire que Tin Horse (Sakhee) triompherait avec deux

longueurs d’avance. La génération des 2ans français n’était pas très

séduisante– aucune victoire au niveau Gr1 –et les nouveaux venus tardaient à

s’imposer. Mais la "musique" de Tin Horse était beaucoup plus révélatrice

qu’elle n’y paraissait. Dans les grands rendez-vous, Tin Horse a toujours

répondu présent et en est sorti comme le meilleur français. Ce qui se traduit

par une deuxième place dans le Darley Prix Morny (Gr1) et le même accessit dans

le Prix Jean-Luc Lagardère (Gr1). À chaque fois, il a été battu par des

concurrents britanniques, respectivement par Dream Ahead (Diktat) et Wootton

Bassett (Iffraaj). Tin Horse était donc bien le meilleur 2ans français et l’est

resté à 3ans sur la distance du mile. Il fallait simplement se rappeler que

lorsqu’il avait été battu dans le Prix de Fontainebleau (Gr3), la préparatoire

à la Poule d’Essai, il avait été excessivement malheureux pour finir. Pourtant,

il terminait tout de même troisième, battu seulement d’une demi-longueur. Le 15

mai, son parcours a été plus limpide et il a pu s’exprimer normalement, ne

rencontrant pas d’opposition pour finir. Élu meilleur miler français, il a

tenté sa chance dans le Prix du Jockey Club (Gr1) qui réussit si bien aux

chevaux de 1.600m depuis sa réforme. Il y a fini au cinquième rang, à un nez du

podium.

 

15 MAI

2011 - POULE D’ESSAI DES POULICHES : GOLDEN LILAC PREND DE L’ENVERGURE

Golden

Lilac (Galileo) a été annoncée comme phénoménale bien avant qu’elle ne prenne

le départ de la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1). Contrairement à la

génération des poulains qui se cherchait un leader, Golden Lilac était très

attendue. Elle est une véritable championne fabriquée par ses propriétaires et

éleveurs du Gestu¨t Ammerland. Golden Lilac est née du meilleur étalon

européen, Galileo, avec l’une des meilleures juments de course du haras

allemand, Grey Lilas, dont elle est le deuxième produit. Entraînée par André

Fabre, Grey Lilas avait remporté le Prix de la Grotte (Gr3) 2004 avant de se

classer deuxième de la Poule d’Essai des Pouliches et troisième du Prix de

Diane (Grs1). Golden Lilac a fait mieux et même beaucoup mieux. Elle s’est

présentée dans la "Poule" invaincue en trois courses, avant d’y

triompher et demeure toujours invaincue à l’heure actuelle. Golden Lilac avait

déjà fait couler de l’encre à 2ans, sans même avoir couru à cet âge au niveau

Groupe. Elle a découvert cette catégorie de course directement à 3ans, en

effectuant sa rentrée dans le Prix de la Grotte (Gr3), dont elle était la co-favorite.

Ce jour-là, elle a conquis tout le public de Longchamp et, déjà, se dessinait

la silhouette d'une pouliche classique. Ensuite, il ne lui restait plus qu’à

écrire l’histoire que tout le monde avait déjà pressentie, c'est-à-dire

triompher avec classe dans la Poule d’Essai des Pouliches.

 

5 JUIN

2011 - PRIX DU JOCKEY CLUB : RELIABLE MAN AU NOM DU PERE

N'ayant

pourtant couru qu’à deux reprises et découvrant le haut niveau, Reliable Man

(Dalakhani) était l’un des principaux favoris du Prix du Jockey Club (Gr1) avec

Baraan (Dalakhani) et le vainqueur de Gr1 Roderic O’Connor (Galileo). Un

"Reliable Man", c’est un homme de confiance et en qui peut-on avoir

le plus confiance pour entraîner un fils de Dalakhani ? Évidemment en le mentor

de ce dernier, Alain de Royer Dupré. Le professionnel cantilien a vu défiler

plusieurs produits du champion princier et Reliable Man incarne parfaitement

cette génération de poulains annonçant la maturité de l’étalon Dalakhani. Cette

génération ressemble au père, mais en beaucoup plus solide, comme peuvent

l’être Reliable Man ou encore Sano di Pietro. Reliable Man a les principales

qualités de son père, de la vitesse, traduite par une double accélération, et

aussi de la tenue. Il a été soigneusement attendu, mais, s’il n’a débuté qu’à

3ans, il aurait dû commencer sa carrière à 2ans. Malheureusement, il a toussé

avant ses premiers pas, puis son engagement suivant a été transféré sur P.S.F.

en raison du gel. C’est donc à 3ans qu’il a débuté, sur la piste de

Saint-Cloud, et en faisant sensation. L’impression visuelle était saisissante,

mais que savait-on de l’opposition pour juger ? Bien peu de choses. Il fallait

donc attendre une journée cantilienne, durant laquelle avait lieu le Prix de

Guiche (Gr3), préparatoire au Prix du Jockey Club, mais aussi le Prix du Mont

Pagnotte, une course B où Reliable Man devait obtenir en toute discrétion son

ticket pour le Derby. Ce jour-là, il n’a finalement fait que confirmer ce qui

avait été vu à Saint-Cloud. Fabien Lefebvre, jockey d’Absolutely Yes (Country

Reel), vainqueur du Prix de Guiche, avait d’ailleurs déclaré après son succès

que pour gagner le Derby français, il faudrait certainement arriver à battre le

poulain ayant remporté la course précédente. Cette course en question, c’était

celle de Reliable Man. Le représentant du Pride Racing Club a gagné sans

forcer, en étant l’un des seuls chevaux de la réunion à revenir de

l’arrière-garde. Quelques semaines plus tard, sur ce même tracé cantilien,

Reliable Man a fait aussi bien que son père, Dalakhani, en remportant le Prix

du Jockey Club, et il est le premier de ses produits à y parvenir. Un autre

fils de Dalakhani prenait le départ ce jour-là, Baraan. Malgré un départ

catastrophique où il a perdu dix longueurs sur le peloton, il est revenu

prendre la troisième place. Dalakhani est désormais tête de liste des étalons

en France.

 

12 JUIN

2011 - PRIX DE DIANE-LONGINES : GOLDEN LILAC IMITE LOPE DE VEGA

Comme

Lope de Vega (Shamardal) l’année dernière, Golden Lilac représente l’élevage et

arbore les couleurs du Gestu¨t Ammerland. Comme Lope de Vega, elle est

entraînée par André Fabre, montée par Maxime Guyon – sauf dans la Poule d’Essai

– et, comme le fils de Shamardal, elle a réussi un doublé exceptionnel ;

remporter la Poule d’Essai puis le "Diane" ("Guinées" et

"Jockey Club" pour les mâles). Pourtant, si Golden Lilac était très

attendue avant la Poule d’Essai des Pouliches, elle ne l’était pas beaucoup

plus dans le "Diane". Ce qui était attendu, c’était un duel avec

Galikova (Galileo), celle dont tout le programme printanier était orienté vers

ce Prix de Diane. Les deux pouliches défendaient inconsciemment une noble

cause, une cause familiale. Golden Lilac tentait de venger sa mère Grey Lilas, battue

dans la Poule d’Essai et le Prix de Diane, tandis que Galikova voulait rendre

un peu de classicisme à sa championne de sœur Goldikova (Anabaa), également

dominée dans ces deux épreuves. La lutte a bien eu lieu et la pouliche d’André

Fabre a eu gain de cause, avec une longueur d’avance. On entendra alors parler

d’une Galikova dans un jour sans, sous l’influence de sa nature féminine… Mais

toujours est-il que Golden Lilac est restée la seule pouliche classique de la

saison, sacrant par ailleurs son père Galileo, qui a réussi l’exploit de voir

ses produits de 3ans triompher au plus haut niveau, avec des ambassadeurs comme

Frankel, Misty for Me, Roderic O’Connor, Treasure Beach, Together, Seville… et

bien entendu, Golden Lilac et Galikova.

 

22 MAI

2011 - MONTJEU COOLMORE PRIX SAINT-ALARY : WAVERING ET LA NAISSANCE DE MICKAËL

BARZALONA

Il

existe des courses dans lesquelles on retient plus la victoire d’un homme que

celle du cheval ; c’est d'ailleurs ce qui fait que les jockeys ont rapidement

été "starifiés". Ceci ne veut pas dire que Mickaël Barzalona a

réalisé un exploit particulier en s’imposant avec Wavering (Refuse to Bend)

dans le Montjeu Coolmore Prix Saint-Alary (Gr1). Wavering avait les moyens de

le faire et elle l’a fait. Mais ce succès est venu couronner une période où le

nom de Mickaël Barzalona était chuchoté de toute part. Le jeune homme revenait

de Dubaï comme la coqueluche du Cheikh Mohamed al Maktoum et il multipliait les

voyages gagnants à Newmarket pour s’associer avec des chevaux de l’écurie Godolphin.

Le jockey d’André Fabre est devenu une star outre-Manche sans gagner de course

majeure, ce qu’il a accompli rapidement avec Wavering et pour les couleurs

Godolphin. Wavering est l’exemple type du pensionnaire d’André Fabre qui monte

en progression sur ses courses. Elle a effectué des débuts corrects à 3ans, a

gagné son maiden dans la foulée en étant encore très perfectible, s’est

attaquée rapidement aux meilleures, sans forcer les choses, et a finalement

coiffé tout le monde le jour "J". Wavering a rempli ses objectifs un

à un, validé ses billets à chaque étape et obtenu son sacre, offrant alors un

peu plus de prestige à son jockey Mickaël Barzalona. Moins de deux semaines

plus tard, ce même jockey à remporté le Derby d’Epsom avec Pour Moi  (Montjeu), un représentant de Coolmore, par

Montjeu, qui est, pour l’anecdote, le sponsor officiel du Prix Saint-Alary.

 

3

JUILLET 2011 – PRIX JEAN PRAT : MUTUAL TRUST L’INVAINCU

On l’a

dit plus haut, la génération des poulains de 3ans français sur le mile est une

génération contrastée, sans authentiques champions à sa tête. Si l’on attendait

une relève des meilleurs 2ans, elle s’est réalisée très tardivement avec Mutual

Trust (Cacique), un poulain qui a effectué des débuts tardifs et à qui son entraîneur,

André Fabre, a donné une préparation millimétrée, sans brûler les étapes.

Mutual Trust a débuté le 2 mai, soit deux semaines avant la Poule d’Essai des Poulains.

C’était en réalité son deuxième galop puisqu’il s’était auparavant imposé au canter

dans une course école. Impressionnant lauréat, il l’a été tout autant à

Saint-Cloud en gagnant sa "B", au prix d’une remarquable

accélération. Il a ensuite reproduit cette performance dans le Prix Paul de Moussac

(Gr3), en dominant des chevaux bien en vue dans la Poule d’Essai. Ce jour-là,

le 12 juin, c’était le jour du Prix de Diane, il y avait quatre courses de

Groupe au programme et André Fabre les a toutes remportées, s’offrant même la

cinquième course dans laquelle il avait un partant engagé. Mutual Trust est un

poulain doué, c’est un fait, mais il a aussi la chance d’évoluer entre les

mains du plus grand entraîneur en activité. Dans le Prix Jean Prat, il était confronté

à quelques-uns des meilleurs 3ans anglo-saxons, l’irlandais Zoffany (Dansili), qui

venait de donner très chaud au crack Frankel dans les St James’s Palace Stakes

(Gr1) et Strong Suit (Rahy), le meilleur 3ans du spécialiste du mile, Richard

Hannon. Le vrai test a été réussi avec brio, Mutual Trust a devancé ces deux

poulains sur le fil. Il ne lui reste plus qu’à battre Tin Horse pour s’affirmer

définitivement comme le meilleur français sur la distance et Frankel pour être

le meilleur tout simplement.

 

14

JUILLET 2011 – JUDDMONTE GRAND PRIX DE PARIS : DU GRAND ANDRE FABRE !

Dernier

Gr1 pour les 3ans de cette première partie de saison, le Juddmonte Grand Prix

de Paris (Gr1) s’annonçait comme un match très fermé. Deux gagnants de Derby en

prenaient le départ, Reliable Man et Treasure Beach, leur dauphins respectifs,

Seville et Bubble Chic (Chichicastenango), un énième représentant d’Aidan O’Brien,

et deux poulains d’André Fabre aux parcours sinueux, Kreem (Hurricane Rune) et

Méandre (Slickly). Ces deux-là se présentaient au départ, fiers de leurs récents

succès dans les Prix du Lys (Gr3) et de l’Avre (L), mais on ne peut pas dire

que leur candidature inspirait une certaine confiance. De la méfiance, oui,

mais de la confiance, non. Méandre porte bien son nom et aurait bien pu se

perdre dans les méandres du programme des courses avant d’arriver au 14

juillet. Ce représentant de la famille Rothschild a attendu son septième

parcours pour parvenir à s’imposer. Assez compliqué en début de carrière, il a

fallu attendre longtemps avant qu’il ne s’assagisse et comprenne son métier.

C’est entre 2 et 3ans que Méandre a changé. Il a effectué sa rentrée

modestement dans une course E à Saint-Cloud, se classant deuxième, mais avec un

sérieux qu’il n’avait jusqu’ici pas encore montré. Méandre a ensuite été essayé

aussitôt dans une course B, où il s’est classé très bon deuxième du prospect

classique des Wertheimer & Frère, Inoubliable (Singspiel). Il a ensuite

remporté sa B, puis sa Listed, le Prix de l’Avre, où il a réellement montré

quelque chose de hors du commun. Toujours en dernière position à quatre cents

mètres du but, il a été contraint de sortir de la corde pour faire le tour de tous

ses adversaires qu’il a ensuite coiffés sur le poteau. Ce qu’il a réalisé ce

jour-là a poussé son entourage à payer l’engagement supplémentaire pour le

Grand Prix de Paris. La course est encore assez fraîche dans nos mémoires : ce qu’il

a fait à Longchamp est digne de grands champions. Tant pour le cheval, que

l’entraîneur et le jockey. Méandre a bluffé tout le monde et honore son père,

Slickly, vainqueur en son temps du Grand Prix de Paris, mais aussi son entraîneur

à qui il offre son onzième titre dans cette épreuve.