Nouveau longchamp, des souhaits pour un projet adapte

Autres informations / 23.07.2011

Nouveau longchamp, des souhaits pour un projet adapte

PAR

HUBERT TASSIN, PRESIDENT DE L’ASSOCIATION PP, ADMINISTRATEUR DE FRANCE GALOP

Le

Président du “Comité de pilotage du Nouveau Longchamp” s’est exprimé, ce qui

constitue une avancée très positive dans un débat qui a tardé à s’ouvrir.

L’importance des sommes en jeu d’une part et, d’autre part, les besoins

particuliers du site, à la fois une des vitrines pour notre élevage et le lieu

d’organisation de la journée de l’Arc de Triomphe, méritent en effet mieux que

la caricature. L’état des lieux qui a été dressé est un constat sans appel :

des travaux importants sont indispensables, pour réhabiliter les tribunes de

Longchamp ou pour les raser et en construire d’autres. Les questions tournent

autour de l’enveloppe financière et du projet lui-même : rénovation ou

construction d’un nouvel hippodrome. Le débat n’a pas été tranché au fond à ce

jour. Le Conseil d’Administration de France Galop, décisionnaire en la matière,

s’est contenté en effet de « valider le principe de l’engagement de la

procédure d’instruction administrative du projet de modernisation et de

reconstruction de l’hippodrome de Longchamp » (séance du 22 octobre 2010), puis

il a (séance du 14 mars 2011) lancé la procédure pouvant conduire à la

désignation d’un maître d’oeuvre, une nouvelle phase, s’engageant ensuite « si

le Conseil d’administration valide cette option. » Alors seulement « et sur la

base d’un avant-projet sommaire (..) le montant total des travaux pourra être

défini avec précision et (sera) prise la décision définitive d’aller de l’avant

sur tout ou partie du projet. » Les questions financières fixent le cadre de la

réflexion. Chacun aura bien compris que les retours sur investissement à

attendre sont pratiquement inexistants. Il n’y aura pas plus de spectateurs

qu’aujourd’hui dans un Longchamp rénové les jours de semaine, les dimanches, et

les jours des réunions de gala. Augmenter significativement le nombre de

réunions sur le site ne profiterait aux finances du Galop qu’à la condition de

fermer des hippodromes à Paris et en Province, ce qui n’est pas à l’ordre du

jour du projet.  Enfin, il est illusoire

de tabler sur des recettes significatives d’activités de diversification : à un

stade ou à un autre, le propriétaire des lieux (la Mairie de Paris) en récupérera

l’essentiel, puisque le bail est consenti à France Galop pour l’organisation de

courses hippiques. Par ailleurs, la destruction de tribunes et la

reconstruction de structures mobiles chaque année pour l’Arc de Triomphe

auraient un surcoût direct et récurrent élevé, pour un confort dégradé pour les

spectateurs. Pour ce qui concerne les sommes en jeu, il faut simplement

rappeler que les recettes que France Galop perçoit des organismes de paris sont

de l’ordre de 370 millions d’euros par an, pour financer des allocations (hors

sponsors et dotation par les propriétaires) de 230 millions d’euros, obstacle

et plat confondus. Les capitaux propres de France Galop se montent à un montant

équivalent : 370 millions d’euros (1,6 année d’allocations) mais sont grevés

d’engagements de retraite des salariés de l’Institution (comptabilisés hors

bilan). Enfin, la part des fonds propres de France Galop consacrée aux

investissements ne peut être mobilisée à plein pour Longchamp : les autres

hippodromes d’obstacle et de plat, en Province et à Paris, ne doivent pas être

laissés de côté. De plus des investissements productifs sont à prévoir pour

assurer le développement de nos GIE et filiales (PMU pour l’essentiel),

notamment à l’étranger. Sans réelle perspective de retour sur investissement et

face à une situation financière qui n’est pas opulente, le projet Longchamp

sera obligatoirement limité dans son ampleur si on le compare aux autres grands

projets d’hippodromes modernes à travers le monde. On ne peut que rappeler que

l’objet social des sociétés-mères doit conduire avant tout à une gestion de

long terme assurant le développement de la filière, en particulier en

préservant la croissance des allocations versées. Longchamp est pour

l’essentiel une question d’image. C’est à partir de là que le débat devra se

dérouler. Un choix entre une rénovation du magnifique site qu’est aujourd’hui

l’hippodrome du Bois de Boulogne – chiffré par hypothèse autour de 65 millions

d’euros - et une rénovation complète– fixée à 110 millions - devra d’abord être

validé sur le plan des coûts. Sans être un spécialiste du sujet, j’ai le

sentiment que la deuxième option conduira vers une dépense réelle nettement

supérieure aux sommes avancées. Sur le plan de l’image elle-même, je suis de

ceux qui craignent que la création d’un nouveau site à budget limité,  après destruction, ne nous amène à présenter

un Longchamp neuf, mais dévalorisé. Le nouvel Ascot a coûté 350 millions

d’euros et, sur une base minimale assez probable sur le plan technique de 150

millions d’euros de coût final pour Longchamp, nous n’aurions investi que 40 %

des sommes misées sur le projet phare anglais (par ailleurs raté). La phase de

débat qui va s’ouvrir avec le concours d’architectes s’annonce déterminante.

Mes souhaits dans ce cadre :

• Que

l’enveloppe soit fixée de façon à préserver l‘avenir du Galop, via ses

allocations et sa capacité résiduelle d’investissement ;

• Que

les devis présentés soient précis et non révisables : les finances du Galop ne

pourront encaisser des majorations qui mettraient en péril la filière elle-même

;

• Que

les solutions “rénovation et destruction/reconduction” puissent être mises face

à face à l’issue de la présentation par l’un ou l’autre des compétiteurs au

concours, de façon à éviter la création d’un hippodrome dégradé, en particulier

le jour l’Arc de Triomphe. Les instances de France Galop sont soumises à

élection dans quelques mois. Il n’est pas envisageable qu’une équipe “sortante”

prenne maintenant un engagement aussi structurant. C’est le Conseil d’Administration

issu du nouveau Comité, qui sera mis en place en décembre prochain, qui aura la

tâche de trancher, car les sommes en cause et les enjeux d’image ne peuvent

relever d’une décision prise par une instance en extrême fin de “législature

hippique”. Que la campagne électorale soit l’occasion du débat objectif basé

sur les données pertinentes que souhaite le président du comité de pilotage du

nouveau Longchamp est le dernier souhait que je formule. Ainsi, le projet

retenu pourra être finalement consensuel et mobilisateur.