La grande interview : eric hoyeau, le passionne

Autres informations / 15.08.2011

La grande interview : eric hoyeau, le passionne

Il

aurait préféré ne parler que de ses collaborateurs, la "force vive"

d’Arqana. Mais, pour Jour de Galop, à quelques jours du lancement des ventes

d’août, Éric Hoyeau a accepté de se raconter. De son enfance dans l’Ouest à son

apprentissage chez Goffs France, en passant par son goût pour le management ou

sa carrière de gentleman-rider. Tout en passion.

ENFANT

SUR LES HIPPODROMES DE L’OUEST

« Mon

père avait une entreprise de négoce en produits du sol dans l’Ouest, la région

où il y a le plus de courses… Il a toujours eu un sens de l’animal assez

développé, associé à un goût pour le sport et l’athlétisme, plus

particulièrement. La convergence vers les courses s’est donc faite assez

naturellement.  Comme beaucoup de fils

aînés, je lui ai emboîté le pas et me suis rendu de manière très régulière sur

les hippodromes. À ce sujet, France Galop a raison d’inciter les parents à

emmener leurs enfants sur l’hippodrome mais on devrait surtout veiller à ce que

ces enfants soient initiés au sport hippique et à l’aspect ludique du jeu. Le

goût des courses chez les propriétaires, surtout parmi les plus récents, s’est

développé parce que les courses pouvaient être l’objet d’un rite dominical et

initiatique familial qui laisse un excellent souvenir. J’ai commencé à monter à

cheval. Je me souviens que lorsque j’ai vu Craon et Saumur-Verrie, et plus

particulièrement les gros fences, je me suis dit qu’un jour, je gagnerai ici.

Dans cette région, nous étions bercés par l’obstacle. Mes souvenirs d’enfant,

ce sont les écuries de Wladimir Hall, Roger Chaignon et Jean Couétil pour

l’obstacle, et celle du duc de Blacas, entraînée par le père d’Alex Pantall

pour le plat, une discipline dont je me sentais plus éloigné à l’époque.

C’étaient mes premiers points de repères. »

DES

COURSES DE PONEYS AUX GROS FENCES DE CRAON

« Un ami

viticulteur de mon père avait des poneys, que j’entraînais dans les rangs de

vignes. J’ai commencé à monter les courses de poneys qui étaient très

développées dans l’Ouest et qui ont fabriqué de futurs talents. J’ai aussi fait

des choses que j’interdirais à mon fils de faire aujourd’hui, comme monter les

courses de pays ! C’étaient des courses de kermesse non officielles sur des hippodromes

de six cents mètres de tour. Avec le recul, c’était excessivement dangereux. Le

poids était libre, et comme je devais faire 40 kilos, j’avais un avantage

indéniable ! Puis, logiquement, j’ai pris ma licence de gentleman très tôt. Au

départ, j’ai monté dans l’Ouest. Ce n’était pas facile car j’avais des frères

d’armes assez chevronnés, comme Patrick Nicot, Jean-Marie Busuttil ou alors des

Parisiens qui descendaient, comme Pascal Adda, Gérard de Chevigny… Une fois que

j’ai eu mon bac, j’ai eu le droit de monter en obstacle. J’ai d’ailleurs abordé

cette discipline avec une expérience insuffisante. Je suis ensuite parti faire

un séjour assez prolongé chez André Fabre qui débutait sa carrière

d’entraîneur, avec uniquement des chevaux d’obstacle. En sautant régulièrement

le matin, j’ai pu m’aguerrir un peu. J’ai commencé à collecter les montes tout

en poursuivant mes études. J’étais à l’université d’Angers, puis j’ai fait mon

service militaire à Fontainebleau. J’avais Robert Danloux comme camarade de cordée.

J’étais mieux formé à monter en course qu’à défendre la France ! Ensuite, j’ai

fait un deuxième cycle dans une école de commerce à Paris. C’était l’époque où

je montais le plus. J’ai gagné le Grand Steeple de Craon avec un cheval de mon

père, Mackenzie II, qui avait gagné la Coupe d’Or, terminé trois fois deuxième

du Grand Steeple de Saumur pour Rémi Cottin. À Paris, j’ai gagné le

"Maréchal Foch", mais j’ai toujours été battu dans le Prix de France

et le "Georges Courtois", à Deauville… Sinon, j’ai dû gagner à peu

près toutes les courses d’amateurs. C’était une période excessivement

sympathique, avec pas mal d’insouciance. Le circuit de la Fegentri m’a permis

de créer de vrais liens avec des amateurs d’autres pays avec qui j’entretiens

toujours de bonnes relations, comme celui qui allait devenir le duc

d’Alburquerque, Juan Osorio. Nous jouions un rôle d’ambassadeur assez

valorisant, que je prenais au sérieux. J’ai arrêté de monter en course quand

j’ai eu de vraies responsabilités professionnelles. »

LES

DEBUTS A GOFFS FRANCE

« Mon

premier job a eu pour cadre l’industrie cimentière, où je m’occupais de

logistique et d’exportation. Puis, j’ai été sollicité par Pascal Adda pour

rejoindre Goffs France, qu’il dirigeait. C’était une toute petite structure.

Nous n’étions que quatre. C’était en 1986. Ma connaissance des courses était

alors limitée au sport, principalement à la discipline de l’obstacle, et celle

de l’élevage était essentiellement livresque, car je dévorais Courses et

Élevage. J’étais très éloigné de la notion de marché. Je m’intéressais

cependant aux pedigrees, j’en avais même rédigé pour Goffs en job étudiant.

C’était une excellente formation, car à l’époque, on les faisais "à la

main", avec le stud-book et le bulletin officiel. Goffs France, qui vendait

lors de sa création à Deauville et à Paris, avait recentré ses activités autour

de la vente de "l’Arc" qui se tenait alors au Polo de Bagatelle. Mon

arrivée chez Goffs a généré le désir d’activité supplémentaire, et nous avons

relancé les ventes de yearlings, qui ont été organisées à Clairefontaine en

1987 et 1988. C’était une tentative louable, mais économiquement difficilement

viable. »

PREMIERES

VENTES DE 2ANS MONTES EN FRANCE

« Pascal

Adda a quitté l’agence en 1988, me laissant les rênes. J’ai décidé d’abandonner

cette vente de yearlings, et de me concentrer sur d’autres segments. C’est à

cette époque que nous avons lancé la première vente de 2ans montés, à Évry. Le

marché de l’obstacle se faisait naissant, et j’ai pris ma voiture pour aller à la

rencontre des professionnels anglais. Certaines vacations ont donc été

spécialisées sur les chevaux à vocation obstacle. Et comme j’avais monté des

pur-sang arabes et connaissait ce milieu, j’ai créé une vente spécialisée à

Toulouse. Les choses se sont équilibrées entre l’Agence Française et Goffs.

Chaque agence avait son créneau défini. À la fin des années 80, Fasig-Tipton

s’est retiré du capital de Goffs France, la famille Victor-Thomas également. La

majorité des courtiers français est alors entrée dans l’affaire, et a participé

à son développement. Nous étions alors moins isolés qu’avec des "sleeping

partners".J’ai toujours considéré que cette implication des courtiers

avait participé à la croissance de l’agence. »

L’INSTALLATION

A SAINT-CLOUD

« Il

nous manquait toujours un endroit où nous ancrer. Nous nous sommes rapprochés

de la société sportive qui était propriétaire de l’hippodrome de Saint-Cloud.

Denis Weibel souhaitait générer de l’activité autre que les courses sur

l’hippodrome, alors que des rumeurs infondées faisaient état d’intérêts

immobiliers pour le site. Nous avons finalement signé des baux avec une société

de loisirs souhaitant créer un golf au centre de l’hippodrome et un espace de

réception, le manège Boussac. Nous avons construit des boxes et nos locaux

administratifs. C’était un système assez malin, car cela permettait à

l’hippodrome de proposer des activités multiples et d’augmenter sa capacité

d’accueil des chevaux. »

UN CREDO

: LA JEUNESSE

«

L’équipe s’est progressivement musclée. J’ai gardé un excellent souvenir de

François Boutin, qui m’avait aidé et adorait la jeunesse et la nouveauté.

Travailler avec la nouvelle génération est un excellent levier pour nouer des

contacts avec ceux qui seront les décideurs de demain. C’est pour cette raison

que j’ai souvent embauché d’anciens stagiaires. Freddy Powell, par exemple, est

le dernier recruté de Goffs France et il est devenu l’un des piliers d’Arqana.

»

LA

GENESE D’ARQANA

« La

création d’Arqana a marqué un vrai tournant dans ma carrière. Cela répondait à

une logique. J’ai toujours entretenu d’excellentes relations avec Philippe

Augier. Créer une seule agence pour bénéficier d’une force commerciale plus

importante avait déjà été évoqué entre nous par le passé, sans être achevé,

depuis plusieurs années. En 2000, l’Agence Française a connu une modification

profonde de son actionnariat. Des partenaires financiers sont entrés. Ils

avaient logiquement vocation à en sortir à plus ou moins long terme. Philippe

Augier voulait donner davantage de temps à sa vie politique. Par ailleurs,

Goffs France arrivait à maturité. De mon côté, il y avait une volonté d’essayer

de progresser. Suite à la modification de l’actionnariat de l’Agence Française,

j’ai compris qu’il faudrait encore attendre un peu pour qu’un rapprochement ait

lieu. Mais j’avais vraiment envie de faire quelque chose de plus, j’avais

l’impression d’être à fond de cinquième… L’Agence Française avait développé

l’Agence Française du Trot, mais il existait toujours une autre structure,

Trotting Promotion. J’ai pensé qu’il serait peut-être malin de se rapprocher de

celle-ci pour voir si elle ne voulait pas rejoindre notre groupe. C’était aussi

motivé par le fait qu’en 2000 intervenait la nouvelle réglementation sur les

ventes publiques, qui faisait tomber le monopole des commissaires-priseurs. On

entrait donc dans un contexte propice aux modifications de structure, et ce

décret nous donnait un vrai statut. Goffs France est ainsi devenu actionnaire

majoritaire de Trotting Promotion, dont le bras armé commercial est Hugues

Rousseau. En 2006, tous les éléments étaient réunis pour que le rapprochement

entre les deux agences se fasse, et les choses se sont déroulées vite,

naturellement. La société a été mise sur le marché. Un groupe d’éleveurs s’est

réuni autour de l’Aga Khan, qui trouvait l’idée de créer un organisme capable

de résister à la poussée de nos concurrents européens séduisante. »

LA

PASSION DU MANAGEMENT

«

Professionnellement, j’ai changé de braquet. Intellectuellement, le fait de

fusionner deux entreprises de culture différente, aux méthodes de travail

différentes a été un challenge très intéressant. Arqana, c’est une belle

aventure humaine. Le comité de direction relativement réduit permet de prendre

des décisions rapides et d’éviter l’inertie. J’ai la chance de travailler avec

Olivier Delloye, que Philippe Augier avait recruté. Il a un profil rare, avec

une formation solide associée à une connaissance profonde du milieu. De façon

générale, il existait de vraies compétences dans les deux structures, qu’il ne

restait qu’à faire fonctionner ensemble. La mise en communs des moyens a bien

fonctionné. Quand on rame dans le même sens, le bateau va plus vite, même s’il

faut savoir utiliser les bons vents. De mon côté, je suis passé un autre degré

de management, et c’est arrivé au bon moment de ma vie professionnelle. Pour un

tel poste, la crédibilité était indispensable, et celle-ci est majoritairement

basée sur l’expérience. Grâce à Goffs France, j’avais acquis une vraie

expérience de terrain qui m’a ensuite beaucoup servi. Mes nouvelles fonctions

m’ont conduit à partager la vie entre Deauville et Paris, mais ce n’est pas le

plus désagréable. Ce que j’aime avant tout, c’est gérer une équipe,

rationnaliser le fonctionnement de l’entreprise, chercher des voies de

développement, insuffler un esprit de conquête à mes collaborateurs. Je veux

qu’ils soient fiers de travailler dans leur entreprise, qu’ils soient dans une

démarche positive. »

MONTER

EN COURSE DEVELOPPE LA DETERMINATION

« Mon

fils aîné monte en course, alors que le cadet est passionné par tout autre

chose. Mes frères et soeurs n’étaient pas "accros" aux courses et ont

très bien réussi par ailleurs ! Je suis très heureux de voir Arthur monter en

course. Je pense que je ressens la même chose que mon père en me voyant. Mais

ce qui me fait le plus plaisir, c’est qu’il a compris que le futur passe par

autre chose. Monter en course, ou pratiquer la compétition de façon générale,

développe la détermination, une qualité primordiale à mes yeux. Cela donne l’envie

de se dépasser, d’affronter le regard des autres, de se fixer des objectifs et

de voir plus loin. Arthur a 20 ans, il est passionné mais je ne sais pas s’il

fera carrière dans le milieu des courses. Pour le moment, il est en quête de

découverte et c’est très bien comme cela. »

PRESERVER

UN PEU D’INTIMITE…

« Mon

métier est très chronophage, mais j’essaie de préserver un peu d’intimité et de

vie familiale. Je ne suis pas un grand fan des longues vacances, mais tous les

ans, je fais un voyage, loin, avec ma femme, mes fils et mes beaux enfants.

C’est sacré. Côté loisirs, j’aime nager, et aussi bien à Paris qu’à Trouville,

je vis au bord de l’eau. C’est un peu le fait du hasard, mais je suis devenu

marin d’eau douce…J’essaie aussi de garder une vie culturelle et sociale. J’ai

toujours eu beaucoup de copains, dans les courses bien entendu mais aussi en

dehors. Il faut essayer de garder un équilibre… »