Les destins croises de dabirsim et maybe

Autres informations / 30.08.2011

Les destins croises de dabirsim et maybe

Lemâle Dabirsim ? (Hat Trick)

et la femelle Maybe (Galileo) – respectivement lauréats du “Morny” et des “Moyglare”

– sont à l’heure actuelle les meilleurs 2ans européens. Incidemment, les trajectoires

de ces deux champions en herbe se croisent, car les histoires qui les ont menés

à la compétition comportent plusieurs similitudes que nous avons relevées…

 

Premier point commun : une

conception à l’étranger

Si Dabirsim a été élevé en France

par Michel Monfort, il a été conçu aux États-Unis, du mariage de Rumored (Royal

Academy) et Hat trick, un champion miler japonais, fils du chef de race Sunday

Silence. De l’autre côté, Maybe a été élevée en Irlande, par Epona Bloodstock, l’entité

élevage de Croom House Stud, propriété de Denis Brosnan. Mais Maybe et Dabirsim

ont en commun d’être nés en terres celtes : l’Irlande pour la première nommée et

la Bretagne pour le second !

 

Dans les mains de jeunes

maisons en plein épanouissement…

Maybe et Dabirsim ne proviennent

pas des plus grandes entités élevage de la planète course, mais sont passés

entre les mains de “maisons” ambitieuses. Maybe est issue des prés de Croom House

Stud, près de Limerick, où officie Paul McCartan, le stud manager, qui est passé

par Mount Coote Stud (famille Lillingstone) et Rathbarry Stud’s entre 1986 et 2000,

date à laquelle il a intégré Croom House. Cette dernière avait déjà crevé l’écran

en 2010 avec son 2ans Zoffany (Dansili)… De l’autre côté, Dabirsim a été préparé

pour les ventes au haras de Grandcamp, chez Éric Lhermite, un haras qui ne

cesse d’évoluer depuis sa création en 2004. Dabirsim a ensuite appris à se déplacer

au haras du Saubouas, chez Paul Basquin, une autre entreprise récente qui fait souvent

parler d’elle. Toutefois, l’évolution a été très différente entre ces deux chevaux.

Maybe a intégré les rangs de la multinationale Coolmore où elle est rapidement sortie

du lot, alors que Dabirsim est devenu le premier champion de Christophe Ferland,

un jeune entraîneur qui grimpe quatre par quatre les marches du succès.

 

… et leur passage sur le ring

d’Arqana

Le dernier point commun entre

Dabirsim et Maybe, c’est leur passage sur le ring des ventes d’août Arqana. Ces

deux chevaux y ont été vendus, à quelques jours d’intervalle et pour un prix très

différent, mais sont arrivés à la même finalité… rester invaincu jusqu’au niveau

Gr1, en cinq tentatives au total. Maybe a été achetée 340.000 € par Demi O’Byrne,

“l’acheteur” de Coolmore, tandis que Dabirsim a fait afficher 30.000 €. Cet écart

de prix s’explique notamment au regard des courants de sang des deux yearlings :

Maybe est une fille de l’étalon européen le plus cher (Galileo) ; sa mère a gagné

une Listed en Angleterre à 2ans et elle est par Danehill – un croisement de rêve,

qui est aussi celui de Frankel pour ne citer que lui. Dabirsim est issu de la première

génération d’un étalon à 15.000 $ la saillie, quasiment inconnu au bataillon en

Europe, qui n’a pas eu une jumenterie de premier plan ; et, de l’avis même de ses

mentors (lire Jour de Galop du 23 août), il marchait d’une manière un peu particulière…

 

 

DABIRSIM : UN BRETON DE

CLASSE INTERNATIONALE !

 

Vingt-quatre ans après la pouliche

First Waltz, dernière “FR” à l’honneur dans le Prix Morny, le talent du jeune champion

Dabirsim ? et de son entourage ont redonné des couleurs à

notre élevage. Un cocorico sur fond de Gwenn-ha-Du (le drapeau blanc et noir breton),

lié à un pedigree de retour au pays après avoir fait le tour du monde : un père

japonais, une mère américaine, une grand-mère irlandaise qui fut championne en Italie,

mais une souche française qui remonte à Madina, gagnante du Prix Morny (Gr1) en

1967 !

Par thierry Grandsir (DNA Pedigree)

 

Hat trick, un champion

oublié…

Au milieu de la nuit, il y aura

bientôt trois ans, un message s’afficha sur mon portable : « Salut Thierry ! Je

viens d’acheter une poulinière à Keeneland, lot n°1222. J’adore son modèle et son

papier, mais elle est pleine de Hat trick, un étalon dont je n’ai jamais entendu

parler. Tu connais ? ». C’était Michel Monfort, qui, accompagné par Pascale

Ménard et Samuel Blanchard, venait juste d’acquérir Rumored, laquelle portait en

ses flancs le futur Dabirsim…

 

Ma réponse fut très enthousiaste...

En quelques mots, je lui dressais le profil de l’étalon :

Ï Hat trick est un fils du chef

de race Sunday Silence, ce qui suffit amplement à “faire“ un étalon (nous allons

y revenir), d’autant qu’il est très “signé“ par son père, dans sa robe comme dans

son modèle ;

• sa mère est tricky Code, une

pouliche particulièrement “vite” et précoce qui remporta son Gr2 et se plaça au

niveau Gr1 aux USA ;

• ses performances sont éloquentes

: huit succès dont deux victoires de Gr1 sur le mile, l’une d’elles acquise en temps

record, avec à la clé un titre de champion sprinter au Japon ;

• son style était impressionnant

: attentiste, il se tenait souvent très loin des leaders pour ensuite déborder tous

ses adversaires dans la ligne droite au prix d’une pointe de vitesse particulièrement

dévastatrice…

Entraîné au Japon, Hat trick

ne courut pas à 2ans. Il s’adjugea quatre de ses cinq sorties à 3ans, mais c’est

véritablement à 4ans qu’il démontra toute l’étendue de son talent, alignant quatre

victoires de Groupe sur 1.600 m. On se souvient surtout de ses succès dans le

Tokyo Shimbun Hai (Gr3), épreuve dans laquelle il devançait Great Journey (Sunday

Silence), arrivé troisième et jeune étalon très prometteur sur notre sol, puis dans

le Mile Championship (Gr1) à Kyoto, où il précédait le double champion sprinter

Daiwa Major (Sunday Silence) en signant le “chrono” record de l’épreuve (en 1’32’’10),

et enfin, trois semaines plus tard, dans le Hong Kong Mile (Gr1), où il

dominait un lot de classe internationale…

 

À cet énoncé, Michel Monfort me

fit une réponse implacable de bon sens : « Tout ça c’est bien gentil, mais comment

expliques-tu que personne ne le connaisse, qu’il ne soit pas resté au Japon et que

son prix de saillie soit si modeste [seulement 6.000 $ en 2011, ndlr] ? ». Hat

trick est le type même du reproducteur doté d’un potentiel génétique très important

mais oublié par le marché : d’abord, il courut à sept reprises à l’âge de 5ans et

une dernière fois à 6ans sans jamais parvenir à se placer ; ensuite, le haut niveau

des fils de Sunday Silence stationnés au Japon ne lui laissait guère de place ;

et enfin, sa carrière exclusivement asiatique (bien qu’internationale) n’avait guère

marqué les occidentaux que nous sommes… C’est donc dans un certain anonymat qu’il

intégra le haras aux USA, pratiquant la monte alternée en Australie (une saison)

puis en Argentine. Ses premiers produits ont aujourd’hui 2 ans et comptent dans

leurs rangs quatre vainqueurs : outre Dabirsim, citons la jeune championne moscovite

Mata Hari, invaincue en deux sorties dont un Gr2 avant d’être battue de peu par

un mâle dans les MN Efros Memorial Stakes (Gr1), il y a juste quelques jours…        

 

Guère commercial à ses débuts,

Hat trick n’a donc pas bénéficié d’une jumenterie de grand standing, à quelques

exceptions près : Rumored bien sûr, mais aussi la française Zinziberine (gagnante

du Critérium de Maisons-Laffitte et mère de l’étalon Zanzibari, stationné au haras

du Mesnil). Son yearling bai par Hat trick, nommé Zenji, présente d’ailleurs sur

le papier tous les atouts pour devenir le digne successeur de Dabirsim en 2012,

d’autant qu’il se recommande d’un croisement comparable à celui de la championne

Natagora (Sunday Silence x Linamix). Un choix très avisé !

 

Sunday Silence, le meilleur

père d’étalons au monde ?

Nous ne pouvons traiter du pedigree

de Dabirsim sans évoquer son grand-père, Sunday Silence. Authentique chef de race

au Japon, son pays d’adoption, ce gagnant de six Grs1 dont le Kentucky Derby, les

Preakness Stakes et le Breeders’ Cup Classic y exerce une influence

considérable. Rares sont aujourd’hui les courses classiques où ne figurent aucun

de ses descendants à l’arrivée, que ce soit par ses fils comme par ses filles. L’adaptation

de ses descendants aux courses européennes n’est d’ailleurs plus à mettre en doute

: quinze produits de Sunday Silence ont fait carrière en France, pour douze gagnants,

six black type (40 %) et quatre gagnants de Stakes (27 %).

 

Selon notre recensement, soixante-dix-huit

fils de Sunday Silence sont entrés au haras : dix-huit d’entre eux ont déjà produit

des gagnants de Gr1, soit près d’un sur quatre !!! Sachant que tous n’ont pas encore

vu leurs premiers 2ans en piste, on mesure ainsi pleinement l’impact de Sunday

Silence en tant que père de pères, son ratio en la matière étant très nettement

supérieur à ceux de Danehill, Sadler’s Wells ou Storm Cat pour ne citer que ceux-là.

 

Le parc d’étalons français a donc

la chance d’offrir plusieurs de ses fils : Agnes Kamikaze au haras de la Boirie,

Born King au haras de Longechaux, Great Journey et Samson Happy au haras de Lonray,

Layman au haras du Logis, Legolas à l’élevage d’Airy, Millennium Bio au         haras de la Paumardière et Peer Gynt au

haras de la Haie

Neuve. Souhaitons-leur de faire

aussi bien que Divine Light, père de la championne Natagora, car ils en ont le

potentiel !

 

un croisement outcross…

Northern Dancer et Mr Prospector

étant absents du pedigree de Hat trick, Native Dancer n’étant présent qu’à la sixième

génération et Nasrullah qu’à la huitième, il est fatal que ses produits soient outcross,

comme le sont Dabirsim et Mata Hari. D’ailleurs, la majorité des gagnants de Gr1

produits par Sunday Silence sont eux aussi outcross, un résultat que l’on retrouve

fréquemment chez les vrais étalons améliorateurs. Ceci étant dit, Sunday

Silence a très bien croisé avec les descendantes de Northern Dancer (cas de la moitié

de ses gagnants de Stakes), et en particulier via Nijinsky, d’où les champions

japonais Dance in the Dark (mère par Nijinsky) et Special Week (mère par Maruzensky).

 

Notons enfin que Sunday

Silence a produit le gagnant de Gr3 Machikane Aura avec une fille de Royal

Academy, lequel signe d’ailleurs avec Dabirsim son deuxième gagnant de Gr1 en tant

que père de mère après l’excellente Finsceal Beo (Mr Greeley), gagnante du Prix

Marcel Boussac et des “Guinées” anglaises et irlandaises. 

 

Une quatrième mère gagnante

du “Morny”…

Émanant de la famille 14-f, Dabirsim

a comme quatrième mère la précoce Madina, gagnante du Prix Morny (Gr1) devant Lorenzaccio

avant de se placer deuxième du Prix de la Salamandre (Gr1) de Batitu en 1967. Poulinière

de qualité, mère de huit vainqueurs dont cinq black type (trois en plat et deux

à l’obstacle), on lui doit la belle blonde Nonoalca (Nonoalco), double gagnante

de Gr3 mais qui eut la malchance de tomber sur la championne three troikas dans

la Poule d’Essai des Pouliches (Gr1). Elle a confirmé sa qualité au haras en produisant

Great Navigator (Gulch), gagnant des Hopeful Stakes (Gr1) à 2ans aux USA.

 

Sœur utérine de Nonoalca par le

rapide Young Generation (fils de Balidar et père de Cadeaux Généreux), New

Generation remporta trois de ses cinq sorties à 2 et 3ans. Elle a produit six vainqueurs

mais un seul black type : Bright Generation (Rainbow Quest).

 

Née en Irlande, Bright Generation

se plaça deuxième des Moyglare Stud Stakes (Gr1) de Sayyedati à 2ans avant de remporter

les Oaks d’Italie (Gr1) à 3ans, avec à la clé un titre de championne de sa promotion

en Italie. Elle a produit six vainqueurs sur onze foals dont un black type,

Fathayer, titulaire de huit victoires dont le Premio Guido Berardelli (Gr3) sur

1.800m, et Rumored, demeurée maiden en six sorties avant de produire Dabirsim, son

cinquième foal.

 

Rumored avait quelque peu prévenu

en produisant Preferred Yield (High Yield), multiple placé de Listed aux USA, et

les gagnants Jasl Dee et three Pointer, deux produits de tale of the Cat. Notons

au passage que ses quatre premiers foals sont inbred sur Crimson Saint, mère de

Royal Academy et deuxième mère de Storm Cat, un croisement très intéressant mais

fort différent de celui à l’origine de notre jeune champion. Rumored est la

mère d’une pouliche yearling par Slickly (adjugée 240.000

€ à Deauville, le top price du

dernier jour des ventes Arqana), et elle est actuellement pleine du top 2ans Holy

Roman Emperor.

 

Ils n’ont pas que des

chapeaux ronds, les Bretons ! Comme nous l’avons évoqué plus haut, Dabirsim est

né en Bretagne, une terre qui nous a offert récemment un autre gagnant de Gr1 avec

Never on Sunday, lauréat du Prix d’Ispahan en 2009. Point commun entre ces deux

champions : leurs éleveurs respectifs les ont importés in utero des USA… Lorsqu’un

“petit” éleveur sort un gagnant classique, on attribue trop souvent sa réussite

au seul facteur chance : c’est oublier un peu vite les prises de risque et la sagacité

à l’origine de leur succès !