Prix tanit - epinard (b) : des inedites a suivre

Autres informations / 07.08.2011

Prix tanit - epinard (b) : des inedites a suivre

Seule

cantilienne à avoir pris part aux courses de Groupes pour 2ans, Louve Rouge

(Gold Away) mériterait de remporter une course comme le Prix Tanit (B), très

bonne “B”  deauvillaise. Toutefois, sans

vouloir faire offense à cette pouliche méritante et à son entourage, Louve

Rouge possède de la vitesse, mais elle peut manquer un peu de classe. C’est

pourquoi la candidature des deux inédites qui prennent part à cette épreuve

retient l’attention. D’autant qu’elles auraient pu débuter, mardi, dans le

réputé Prix des Marettes (F). Cette “B” n’est certainement pas plus difficile à

gagner que la meilleure épreuve pour débutantes de Deauville. Présentée par

Alain de Royer Dupré, Darayya (Zamindar) est une fille de Darakiyla (Last

Tyccon), lauréate en débutant du Prix de Toutevoie (B à l’époque), puis placée

de Gr3 et de Listed. Darakiyla a déjà produit Daralara (Barathea), placée de

Listed. Darayya est une fille de Zamindar. Il n’est toutefois pas certain que

le terrain qui va s’assouplir soit à son avantage. L’autre inédite, Belle

Blonde (Lawman), est entraînée par Robert Collet. L’an dernier, il n’avait pas

hésité à présenter Immortal Verse (Pivotal) directement dans une B. Il faut

sûrement y voir un signe. Achetée 50.000€, l’été dernier, à Deauville, Belle

Blonde appartient à une famille “Wertheimer”. Sa mère, Yxenery (Silery) a gagné

le Prix La Camargo (L) et a produit Polygreen (Green Tune), gagnante de Listed

et placée de Groupe. Cette dernière est la mère d’Evaporation (Red Ransom), en

piste ce dimanche dans le Prix Maurice de Gheest - Goldikova (Gr1).

EPINARD

: LE PIONNIER

(Badajoz

& Epine Blanche, par Rock Sand)

Né en

1920, Epinard sera le premier champion de la casaque Wertheimer. Sa mère, Épine

Blanche a été achetée le 5 novembre 1918 lors d’une vente de dispersion de

l’effectif français d’August Belmont II aux établissements Chéri, à Neuilly.

Alors mobilisé, Pierre Wertheimer charge un ami de le représenter à la vente.

Il y achète trois poulinières, dont Épine Blanche, pour 8.400 F., soit à

l’époque l’équivalent de 400 $. Le seul atout d’Epine Blanche, qui détermine

Pierre Wertheimer à l’acquérir, c’est d’être fille de rock Sand. Celui-ci avait

été importé par August Belmont II en 1906 aux États-Unis où il avait produit en

1909 le remarquable Tracery (St Leger, Eclipse Stakes, Champion Stakes), puis

avait engendré, en 1913, Friar rock, lauréate des Belmont Stakes. Rock Sand

avait été transféré en France en 1912, mais il y était mort prématurément à la

veille de la guerre, en juillet 1914. Tout en bénéficiant d’un certain

prestige, Rock Sand n’était pas encore, en 1918, le père renommé de poulinières

qu’il allait devenir deux ans plus tard grâce aux exploits de son petit-fils

Man O’War, né en 1917. Peu après l’achat d’Epine Blanche, Pierre Wertheimer

rencontre le propriétaire de Badajoz, Michel Lazard, un parent de son épouse,

qui le décide à faire saillir la fille de Rock Sand par son étalon. Pierre

Wertheimer se laisse d’autant mieux convaincre qu’il n’a pas oublié la

performance de Badajoz dont il a été le témoin le 2 juin 1911 et, qu’à défaut

d’avoir été un sujet classique, Badajoz présente un palmarès solide. De 2ans à

4ans, il a remporté moins de dix-sept courses ! 

Mais, lorsqu’au au printemps 1919, Epine Blanche arrive au haras

d’Autheuil où est stationné Badajoz, le stud-groom est consterné par l’état

misérable de la jument et presse Michel Lazare de la refuser. On prétend que

Michel Lazard s’opposa à la demande du stud-groom de peur de perdre les 3.000

F. dus pour la saillie ! Pierre Wertheimer a-t-il vent de cet écho et

commence-t-il à regretter l’achat d’Epine Blanche ? En tout cas, le 1er

octobre 1919, il met en vente, chez Chéri, six poulinières, dont Epine Blanche

pleine de Badajoz. Mais finalement, il en garde quatre dont Epine Blanche

retirée à 24.000 F. Les dés sont jetés, c’est Pierre Wertheimer qui va être en

1920 l’éleveur du fruit de l’union entre Badajoz et Epine Blanche.

LE

CHEVAL VOLANT

Le 25

mars 1920, à Bessan, Epine Blanche donne naissance à un athlétique poulain

alezan paré d’une grande liste échancrée vers l’oeil gauche et d’une balzane

postérieure gauche remontant en arrière du canon. Il sera le seul produit

vivant d’Epine Blanche qui sera réformée en 1927. Curieusement, Pierre

Wertheimer nomme ce poulain Epinard, un véritable nom d’antihéros. Or, à 2ans,

en l’espace de deux mois et demi, Epinard va se révéler un véritable phénomène.

À 3ans, il sera considéré comme le meilleur cheval au monde sur les distances

moyennes et, à 4ans, il entrera dans la légende du turf. Placé chez Eugène

Leigh, Epinard va disputer sept courses du 11 août au 22 octobre 1922. Il en

remporte six. A Deauville, il gagne le Prix Yacowlef et le Prix de la Touques,

mais est carrément laissé au poteau de départ dans le Prix Morny. Il aligne

ensuite quatre succès dans le Critérium de Maisons-Laffitte, le Prix des

Coteaux, le Grand Critérium et le Prix de la Forêt. Dans cette dernière course,

il devance d’une longueur Mackenzie, le vainqueur du Prix Morny, en lui rendant

trois livres. Bien entendu, le top-weight - 70 kilos - du Handicap Optional (le

handicap libre des 2ans à l’époque) est attribué à Epinard et The Bloodstock

Breeders’ Review écrit à son propos : « C’est la première fois, en France,

qu’un 2ans fait preuve d’une telle suprématie sur ses contemporains. » Bien

qu’il ait été engagé dans la Poule d’Essai des Poulains - son seul engagement

classique -, Epinard n’y prend pas part. Il est décidé, à l’instigation

d’Eugène Leigh, de ne pas le courir si tôt dans la saison de 3ans et d’axer sa

carrière sur quelques grands handicaps anglais au cours du second semestre.

GLORIOUS

GOODWOOD

C’est

finalement le Stewards’ Cup, à courir le 31 juillet sur 1.200m, à Goodwood, qui

est choisi comme objectif pour Epinard. Auparavant, le cheval avait couru

quatre fois en France, à 3ans, depuis le 1er juin, s’imposant à chaque fois,

sur 1.100m, 1.000m, 1.600m et 1.850m (Prix d’Ispahan). Epinard se voit confier

le poids de 8 stones et 6 livres, soit 6 livres de plus que le poids record

porté victorieusement par un 3ans. En Angleterre, la presse estime que le

handicapeur a eu la main lourde envers le fils de Badajoz. De son côté, Eugène

Leigh sourit à l’idée que ce poids de 53,5 kilos pourrait empêcher Epinard de

vaincre. En bon organisateur, Eugène Leigh envoie Epinard en Angleterre une

quinzaine de jours avant la course, à Singleton, près de Goodwood. À une

semaine de l’épreuve, Epinard est établi co-favori à 10/1. Le jour de la

course, Epinard part grand favori des quatorze partants alors que l’opposition

est à 10/1 et plus. Par un temps infect, sous la brume et la pluie, le 4ans

Linby mène pendant 600m devant Epinard qui prend alors résolument la tête et,

sans que son jockey lui demande le moindre effort, gagne dans un canter de deux

longueurs devant le 3ans Jarvie qui en reçoit quatorze livres. C’est la

neuvième victoire consécutive d’Epinard qui est acclamé par le public et

louangé par la presse admirative du nouveau record qu’il vient d’établir. Le

roi George V et la Reine Mary, présent à Goodwood, se font présenter Pierre

Werheimer. Celui-ci savoure la victoire, sa première à l’étranger. Ses paris

sur son cheval lui valent des gains considérables, à tel point que les

bookmakers doivent former un comité pour négocier le paiement de leurs dettes à

l’ensemble des heureux parieurs français. Mais ce jour, la plus grande

satisfaction de Pierre Wertheimer est d’avoir fait naître et de posséder un

cheval vraiment hors du commun.

DEFI

RELEVE

Le défi

suivant d’Epinard sera de courir le Cambridgeshire Handicap, épreuve un peu

mieux dotée que le Steward Cup. Epinard y est crédité du poids de 9stones et 2

livres (58 kilos), qui n’a jamais été porté victorieusement. Ne voulant rien

laissé au hasard, Eugène Leigh s’installe dès la mi-septembre, soit sept

semaines avant la course, à Singleton avec Epinard épaulé de quatre leaders. En

course, Epinard, titulaire du numéro 16 à la corde prend la tête des

vingt-trois partants. Il se rabat progressivement à la corde, où le terrain est

meilleur. Il est très détaché ses adversaires emmené par Verdict. Jusqu’à 200m

du poteau Epinard semble inapprochable. Mais, il commence à raccourcir son

action sous l’effet du poids et de la montée finale. L’écart qui le sépare de

verdict diminue. A vingt mètres du poteau la pouliche, montée astucieusement

par Michael Beary et qui reçoit seize livres du champion français, est à sa

hauteur. Sur le poteau elle possède une encolure d’avance. A leur retour aux

balances les deux protagonistes sont ovationnés. La pouliche parce que

l’honneur britannique est sauf. Le français parce que son propriétaire avait

relevé un défi. La tâche tentée était impossible, mais elle avait failli

réussir à la stupéfaction du public. C’est sportivement que Pierre Wertheimer

accepte la défaite. Il est beau joueur. Il le sera toujours.

A LA

POURSUITE DE L’IMPOSSIBLE

Durant

l’hiver 1923-1924, Pierre Wertheimer est pressé par le Président du Jockey Club

de New-York, August Belmont II, de faire courir son cheval outre-Atlantique. Il

se rend aux États-Unis et signe un accord pour la participation d’Epinard à

trois courses sur invitation, prévues à la fin de l’été et au début de

l’automne sur des distances successives de 1.200m, 1.600m et 2.000m. Le départ

pour les États-Unis a lieu le 4 juillet, à Southampton. La traversée, qui dure

une semaine, se fait à bord du Berengaria sur le pont duquel la compagnie

Cunard a fait aménager un box spécial et un ring sablé pour qu’Epinard puisse y

prendre quelques exercices. Epinard arrive le 12 juillet à New York avant

d’être transféré à Saratoga le 22 juillet pendant le meeting de course pour y

effectuer sa préparation sous le contrôle d’Eugène Leigh. Le 1er septembre,

Labor Day, journée fériée, il fait très chaud et le terrain est sec à Belmont

Park. Bien que concurrencé par un match de base-ball au Yankee Stadium et le

National Championship de tennis à Forest Hills, Belmont Park attire une foule

record de 60.000 spectateurs recensés par l’Agence Pinkerton chargée du service

d’ordre de la réunion. Avec le n°1 au départ, Epinard fait sa course à la corde

mais ne peut vraiment s’étendre qu’après avoir déboîté dans la ligne d’arrivée.

Il prend alors l’avantage à 200m du but mais se met à flotter et ne peut

résister à Wise Counsellor qui le bat de trois-quarts de longueur. Il donne

l’impression de manquer un peu de travail. Le 27 septembre, à Aqueduct, pour

l’épreuve sur 1.600m qui réunit six partants, Epinard est fin prêt. Il a

effectué deux essais publics le 18 et le 22. Dans le dernier, seul en piste,

sans être poussé par Haynes, il a couvert le demi-mile sur 46’’80, les 1.200m

en 1’11’’60 et le mile en 1’38.  En

course, Epinard part vite mais, obligé de changer de ligne à mi-parcours, se

retrouve à trois longueurs des leaders. A 200m du but Wise Counsellor a

l’avantage. Ladkin et Epinard l’attaquent. Une lutte farouche s’engage. Ladkin

est déclaré vainqueur par un nez devant Epinard. Le record de la piste est

approché de très peu. Pour la presse et le public, c‘est une certitude :

Epinard aurait dû gagner. C’est le 11 octobre que se déroule la dernière

épreuve sur 2.000m à Latonia près de Cincinnati. 50.000 spectateurs sont

présents et ce sont sept nouveaux adversaires qu’Epinard affronte. Grand

favori, il doit se contenter de la deuxième place à une longueur et demie derrière

le hongre de 3ans Sarazen. Le record de la piste est battu : 2’00’’80. La

distance de 2.000m a-t-elle excédé ses possibilités ? Peut-être, mais une chose

est sûre, Epinard souffre d’une seime consécutive au terrain sec. Son sabot se

fissure. Et pourtant, son entourage ne sait pas résister à la proposition qui

lui est faite de courir Epinard, une semaine plus tard, le 18 octobre, Laurel

Park, sur 1.600m, ce qui n’était pas prévu au programme. Epinard y porte un

pansement au pied.  Souffrant, il refuse de

se livrer dès le départ et finit boiteux, mauvais cinquième sur sept partants.

C’est sur ce faux pas qu’Epinard quitte les États-Unis, où les trois places ne

lui ont valu que 16.000$ au total. Embarqué le 5 novembre, toujours sur le

Berengaria, il est de retour sur le sol natal le 13 novembre. À son actif,

douze victoires et six places de deuxième pour vingt tentatives. Ayant acquis

une popularité universelle, il sort la tête haute de l’arène hippique où il

était entré par la petite porte, avec son nom frisant le ridicule, fils d’un

étalon modeste et surtout provenant d’un élevage débutant ce qui peut paraître

invraisemblable et irrévérencieux à ceux qui, depuis des années, s’évertuent en

vain à produire un grand cheval. Car s’il n’est pas un cheval classique, Epinard

est plus qu’un grand cheval. C’est un phénomène. Par nature, il incarne la

vitesse, cette qualité première du cheval de course.