45e conférence internationale des autorités hippiques : s.a. l’aga khan invité d’honneur

Autres informations / 03.10.2011

45e conférence internationale des autorités hippiques : s.a. l’aga khan invité d’honneur

Pour la

première fois depuis sa création, il y a quarante-quatre ans, la conférence

internationale des autorités hippiques (FIAH) accueillait un invité d’honneur.

Lundi, en début d’après-midi, Son Altesse l’Aga Khan est venu dire aux

représentants des 56 pays membres ce qu’un propriétaire et éleveur de renommée

internationale, comme lui, attendait d’eux. Il a développé six points qu’il

considère comme autant de pistes de réflexion pour aider l’industrie du pur

sang à évoluer et progresser. En voici quelques extraits.

L’EDUCATION

ET LA DIFFUSION DES CONNAISSANCES

« Il

n’existe que trop peu d’institutions universitaires dans le monde qui

développent et enseignent le savoir aux acteurs-clés de notre industrie. Je

pense que notre activité bénéficierait de structures académiques axées sur le

management et le développement du monde du pur sang. On y enseignerait des

disciplines comme l’économie, la génétique, la gestion de la terre, les

sciences vétérinaires, la pharmacologie, le management ou le marketing. Le

cursus serait exigeant et les diplômés deviendraient les leaders de

l’industrie. »

LES

MECANISMES DE FINANCEMENT

« De ma

connaissance, il existe très peu, sinon aucune, institution financière

proposant des services spécialisés pour le monde du pur sang, et encore moins

qui possèdent des produits financiers ciblés pour aider les propriétaires

débutants ou experts et répondre à leurs besoins de manière responsable. Il

serait sûrement possible pour l’industrie du pur sang de créer des

institutions, ou d’utiliser celles déjà existantes, pour adapter des produits

financiers répondant aux besoins en capital d’exploitation singuliers à notre

activité. »

L’ASSURANCE

CONTRE LES RISQUES

« Comme

nous le savons tous, notre activité est plus exposée à des pertes considérables

que toute autre. Des chevaux sans prix peuvent se blesser, des étalons devenir

infertiles… Le risque est une notion bien connue dans le monde de l’entreprise,

et il n’est pas surprenant que même la banque mondiale ait créé le MIGA

(Multilateral Investment Guarantee Agency) pour atténuer ce genre de problèmes.

N’est-il pas possible de construire quelque chose de semblable dans notre

domaine ? Tout éleveur, tout propriétaire, est très exposé au risque. En 2009

et 2010, 530.000 pur sang étaient enregistrés dans le monde entier. J’ai du mal

à concevoir qu’avec une telle population, de nouveaux produits de gestion du

risque n’existent pas. La façon de se protéger, avec de nouveaux programmes

d’assurance ou des mesures de réduction des risques, est un challenge qui vaut

la peine d’être considéré. »

UNE

MEILLEURE INFORMATION

« Un

autre des défis de notre monde est de fournir une meilleure information sur le

marché. Par exemple, notre industrie a besoin de règles comptables plus

adéquates pour que nous parlions le même langage financier, quand nous évoquons

la durée d’amortissement d’une poulinière, ou le taux de rentabilité d’un

étalon. De même, je voudrais aussi souligner le besoin d’une meilleure

fiabilité et transparence dans le processus des ventes. Comment un nouvel

investisseur peut-il évaluer la sagesse et la logique de son investissement

sans connaître les tendances de marché et les indicateurs clés qui permettent

d’évaluer à la fois le potentiel et le risque ? Si les agences de ventes sont

insensibles ou inefficaces face aux fluctuations du marché, ou pire, si elles

sont manipulées au profit de certains et au détriment d’autres, alors elles ne

remplissent pas de façon éthique leur rôle. »

LA

GESTION DES HIPPODROMES

« La

plupart de nos hippodromes ne fonctionnent que trente jours par an voire moins.

Nos champs de course doivent évoluer pour passer de gouffres économiques à des

structures rentables, voire bénéficiaires. La pression sur les grands espaces

dans les villes a poussé les autorités à utiliser les hippodromes à d’autres

fins. C’est une grande menace pour le monde des courses, et j’ai essayé de

contribuer à inverser cette tendance en soutenant la modernisation de Chantilly

et du Curragh. Je crois qu’il faut trouver de nouvelles formules pour que les

hippodromes deviennent des lieux à usages multiples, des espaces que les états

considéreront comme des actifs urbains viables. Ils ne doivent plus être

considérés comme des espaces coûteux, sous-utilisés et vides qui ne servent

qu’à un public limité. »

LA

REGLEMENTATION DE LA MEDICATION

« Mon

dernier point concerne un problème auquel j’ai été exposé. Il s’agit de la

médication dans le sport ou l’élevage et l’application des procédés

scientifiques pour réguler ce problème. En tant que propriétaire-éleveur, j’ai

toujours prôné des courses sans médication et supporter la politique de

tolérance zéro. Mais une telle politique ne fonctionnera jamais sans que nous

sachions clairement, et en toute transparence, ce qui est autorisé ou pas. En

l’absence de standards clairement définis, connus de tous, et mis en œuvre

équitablement, le processus de détection des substances médicamenteuses perdra

rapidement sa crédibilité et son efficacité. Les cas récents de positivité à la

bétaméthasone ont accru la méfiance de nombreux propriétaires, entraîneurs et

vétérinaires envers le contrôle des médications et la façon dont il est utilisé

en France. Aucun laboratoire n’a fait savoir au monde du pur sang quel est le

délai de rémanence de ce produit. En l’absence d’une telle information, une

période de dix jours est généralement considérée comme période à risques.

Quatorze jours sont considérés comme un délai tout à fait sûr. Un vétérinaire

qui souhaite rester anonyme m’a confié que lors des dix dernières années, il a

administré plus de 3.000 doses en injections intraarticulaires, en respectant

un délai de quatorze jours. Aucun cas positif n’a été identifié en France ou

ailleurs. Aujourd’hui, des cas positifs à la bétaméthasone ont été répertoriés

sur des chevaux ayant été traités quatorze jours avant le contrôle. Pour

comprendre de telles situations, j’ai commandé mes propres procédures

d’analyse, basées sur le protocole scientifique utilisé en France. Un tel

protocole n’est pas disponible pour un laboratoire indépendant le demandant.

Les résultats montrent que certains chevaux éliminent toute trace de

bétaméthasone en dix jours, et que d’autres ont encore des traces du produit au

bout de dix-huit jours. Le laboratoire de contrôle, qui devrait connaître ce

problème, n’en a pas informé les vétérinaires. Il y a deux hypothèses : soit le

délai ne peut être déterminé, et le produit doit être définitivement interdit

jusqu’à ce que son mécanisme soit entièrement connu, soit doit être fixé un

seuil de tolérance, et les tests alors seulement effectués au-delà de cette

limite. »