Il y a 70 ans :le cheval, trait d’union dans l’adversite. par guy thibault, historien des courses

Autres informations / 28.10.2011

Il y a 70 ans :le cheval, trait d’union dans l’adversite. par guy thibault, historien des courses

Dans les

archives de la Société de Sport de France, figure une lettre écrite en octobre

1941. Son destinataire: le baron Maurice de Nexon, Président de la société, qui

a fait remettre deux livres d’Adolphe de Neuter pour les « infortunés camarades

de l’Oflag IV D. »Son expéditeur : le vicomte Bernard de Castelbajac (futur

"agent général des terrains d’entraînement" de la Société des

Steeples à Maisons-Laffitte de 1952 à 1957) qui écrit ainsi. « Commandant le

11e Régiment régional à Saint-Omer, Calais, Dunkerque, j’ai été pris, blessé, à

Dunkerque le 4 juin 1940. Hospitalisé à Gand, j’ai atterri en juillet au camp

d’Elsterhorst près de Bautzen à la limite de la Saxe et de la Silésie, au

milieu de 6.000 camarades de toutes armes. Un vigoureux noyau de cavaliers

s’est vite constitué en club hippique réunissant plusieurs fois chaque semaine

plus d’une centaine de fanatiques pour des causeries, conférences, discussion,

séances d’étude sur les sujets les plus divers du sport. Toutes les questions

concernant l’élevage dans les différentes régions, les origines, les haras,

l’organisation des courses, les méthodes d’entraînement, les soins, l’anatomie,

la vénerie, les concours hippiques internationaux etc. ont été préparées,

discutées puis exposées en public par les plus qualifiés d’entre nous dans

chaque spécialité, et des vétérinaires. Sous la paternelle présidence du

colonel Faugère que vous connaissez bien, et la direction plus modeste de votre

serviteur,  nous avons pu entretenir par

l’union, un moral, une activité qui se sont traduits par des fêtes très

réussies et fructueuses pour les oeuvres de bienfaisance du camp en faveur de

nos troupiers dispersés dans la région. Il y avait parmi nous quatre officiers

des Haras (Renom de France de La Roche/Yon, Maurice O’Neill du Pin, Étienne

Frachon d’Angers, de Luget de Pompadour), des riders (Chevalier, Gaillard,

Papillaud, de Rohan au début), des spécialistes du concours (Tré-Hardy, de

Tillière, de Castries évadé, Gourdain, de Ganay, de Blacas, Rouvillois), des

écuyers (Oudard, Jousseaume, de La Simone), des veneurs (du Pontavice, Le

Gentil), des éleveurs de normands, anglos, charolais, boulonnais, enfin des

femmes amateur passionnées de cheval et des courses. La plupart d’entre eux,

d’active ou trop jeunes pour bénéficier avec moi du rapatriement des

réservistes anciens combattants, sont encore là-bas. C’est à eux que je dois

les meilleures heures de notre dur exil. En reconnaissance de l’inappréciable

réconfort que l’unité d’âme, l’affection réciproque nous ont donné dans ces

soirées d’hiver qui vont revenir pour eux, je me suis engagé à poursuivre d’ici

l’oeuvre entreprise et à leur assurer des distractions renouvelées. Chaque

semaine part pour l’un d’entre eux un colis de 5 kilos de livres ou de

publications hippiques. Les collections de L’Éperon, du Sport Universel, les

livres de Corbière, Portefin, Saint-Albin, de Vaux, bref tout ce que je peux

recueillir neuf ou d’occasion, va alimenter la bibliothèque où, je le sais, on

se dispute galamment toutes les nouveautés. En m’aidant à continuer, Monsieur

le Président, vous aurez fait du bien à nos amis. Tous ceux qui voudront

participer à mes envois et contribuer par l’apport d’ouvrages devenus pour eux

sans valeur après lecture feront d’un seul coup plaisir à beaucoup. Je me

reproche, Monsieur le Président, ce long bavardage. Il m’a semblé que notre

obscur effort pourrait intéresser la Société de Sport de France si accessible à

toutes les initiatives et aux bonnes volontés juvéniles. S’il a retenu son

attention, que ce soit en faveur de tous les chics petits gars de notre arme

que j’ai connus et aimés là-bas, souffrant dignement sans haine ni envie. »

N.B.

C’est ainsi qu’a été rédigé par Renom de France le livre intitulé Grandes

lignées de race pure édité au haras du Pin en 1944, dédicacé au commandant de

Castelbajac, inspirateur de cet ouvrage. À l’époque, la Société de Sport de

France gérait l’hippodrome du Tremblay, ouvert en 1906 et fermé en 1967.