Emirates melbourne cup gr1 : le nez en or de dunaden

Autres informations / 02.11.2011

Emirates melbourne cup gr1 : le nez en or de dunaden

Américain

(Dynaformer) avait montré la voie l’an dernier en s’imposant dans le Melbourne

Cup (Gr1), devenant le premier cheval entraîné en France à remporter la plus

grande course australienne. Avant lui, peu de chevaux entraînés dans l’Hexagone

avaient osé ce long et éprouvant voyage (Varévées, pour l’entraînement de

Richard Gibson, était venue disputer l’épreuve en 2008). Il est certain que son

succès a donné des idées aux professionnels français. Et surtout, il a prouvé

que les meilleurs stayers européens avaient leur place en Australie, un pays où

l’élevage est axé sur la vitesse. Le cheval d’Alain de Royer Dupré était favori

cette année, mais il a laissé les honneurs de la victoire à un autre français,

Dunaden (Nicobar), entraîné par Mikel Delzangles et monté par Christophe

Lemaire. Le jockey a monté une course parfaite, appliquant à merveille les

conseils reçus la veille de la part de John Marshall, un pilote australien qui

a remporté la course en 1999. Comme Américain l’an denier, Dunaden avait

remporté le Geelong Cup (Gr3) assez sûrement. Mardi, il est venu battre sur le

poteau un autre cheval européen, Red Cadeaux (Cadeaux Généreux), entraîné par

Ed Dunlop. La photo-finish a été longue à rendre son verdict. Nombreux étaient

ceux qui pensaient à un dead-heat, mais c’est finalement Dunaden qui a été

déclaré vainqueur, d’un nez. Un nez qui vaut de l’or, puisqu’en s’imposant,

Dunaden a enrichi son compte de près de 3 millions d’euros, alors que Red

Cadeaux n’a engrangé "que" 690.000 €. Un destin incroyable pour ce

produit du modeste Nicobar, acheté foal 1.500 € seulement à Deauville… Une

histoire qui mérite d’être racontée !

CHRISTOPHE

LEMAIRE : « QUAND ON GAGNE LE MELBOURNE CUP, C’EST UNE EMOTION INCOMPARABLE ET

C’EST MEME INEXPLICABLE »

Pour sa

première monte en Australie, Christophe Lemaire a fait fort en remportant la

course la plus prestigieuse de ce continent. Sollicité de toutes parts, le

jockey français a pris quelques instants pour répondre à nos questions et

livrer ses impressions sur le moment magique qu’il vient de vivre.

JOUR DE

GALOP. – AU PASSAGE DU POTEAU, PENSIEZ-VOUS AVOIR GAGNE ?

Christophe

Lemaire. – Sincèrement, je pensais avoir gardé quelque chose. Mais je n’ai rien

manifesté sur le coup. Je savais que c’était très serré et, tant que la photo

n’est pas développée, on n'est sûr de rien. En attendant le verdict, je suis

resté calme. Les deux ou trois minutes d’attente m’ont paru interminables. En

parcourant de nouveau le premier tournant, le public situé dans les tentes en

bordure de piste m’a applaudi. J'ai demandé si j’avais gagné et il m’a été

répondu que c’était le cas.

COMMENT

S’EST DEROULEE LA COURSE AVEC DUNADEN ?

En début

de parcours, le train n’était pas très sélectif, contrairement à ce qui avait

été pressenti. Mais j’ai pu cacher Dunaden immédiatement et on s’est retrouvé

en deuxième partie de peloton. Le cheval était bien relâché. Je n’ai fait que

suivre et j’ai eu la chance d’être derrière un cheval qui a tout le temps

avancé. À l’entrée de la ligne droite, j’ai pu me rapprocher sans produire trop

d’effort. Ensuite, le cheval a placé la pointe de vitesse qu’on lui connaît.

C’ETAIT

VOTRE PREMIERE MONTE EN AUSTRALIE. 

AVIEZ-VOUS RECONNU LE PARCOURS DE FLEMINGTON ?

Oui, la

veille au matin, nous avions fait le tour de l’hippodrome à pied avec Mikel

Delzangles et John Marshall. C’est un jockey australien expérimenté qui a gagné

le Melbourne Cup en 1999. Il m’a très gentiment donné des conseils et tout

s’est déroulé comme il me l’avait dit. J’ai suivi à la lettre ses conseils. Ça

a marché !

QUEL A

ETE VOTRE RESSENTI CONCERNANT L’AMBIANCE QUI REGNE AUTOUR DE CETTE EPREUVE ?

On m’avait

parlé de cette ambiance avant que je me déplace. Au Japon, j’ai déjà l’habitude

de voir beaucoup de monde, notamment pour le Japan Cup, où il y a 120.000

personnes. Ici, les gens ont une véritable passion pour cette course. Il y a

une atmosphère particulière, sur l’hippodrome mais aussi dans toute la ville.

Quand on gagne le Melbourne Cup, c’est une émotion qui n'est comparable à

aucune autre et c’est même inexplicable. Également, les gens ici partagent

sincèrement avec vous cette victoire.

QU’EST-CE

QUI A FAIT LA DIFFERENCE POUR LA VICTOIRE ?

À part

le parcours, Dunaden avait aussi un profil pour réussir dans cette épreuve. Il

ne faut pas oublier que le Melbourne Cup est un handicap. Dunaden en a couru,

en France. C’est un cheval maniable, bagarreur, qui sait aussi se relâcher

malgré le contact avec les autres. Il a le mental qu’il faut. Dans ce genre de

course,  les centimètres que l’on peut

gagner ou ne pas perdre sans faire d’effort, comptent. À la fin, cela peut

faire un nez. Celui qu’il faut pour s’imposer.

PAR

RAPPORT AU DUNADEN DE 2010 QUE VOUS AVIEZ MONTE, QU’EST-CE QUI A CHANGE ?

Je me

souvenais bien de lui. Il s’est endurci et a pris de la maturité. Également,

courir les courses de Groupes l’a bien forgé.

ENFIN,

IL FAUT RAPPELER QU’IL Y A QUELQUES JOURS ENCORE,  VOUS N’ETIEZ PAS CENSE MONTER DUNADEN.

COMMENT CELA S’EST-IL PASSE ?

En

effet, ce n'était pas prévu. Mais depuis que Craig Williams a fait l’objet

d’une suspension, j’étais un peu comme la roue de secours pour monter Dunaden.

Jusqu’à lundi soir, je ne savais pas si j’allais le monter. Cela ne m’a pas mis

de pression particulière. Puis j’ai été mis dans le bain d'un seul coup. C’est

assez atypique comme situation. Cette fois, la roue a tourné de mon côté. Il y

a deux ans, pour le weekend de "l’Arc", c’était le contraire. Suite à

une chute, j’avais perdu beaucoup de montes gagnantes lors de ce week-end.

Comme quoi, dans la vie, tout s’équilibre.

 

MIKEL

DELZANGLES :« UNE AMBIANCE INCROYABLE ! »

Il est

un peu plus de 23 h en Australie lorsque nous joignons Mikel Delzangles.

Évidemment, après une telle victoire, l’homme n’est pas encore prêt à se

plonger dans les bras de Morphée. Il nous a raconté la fabuleuse aventure qu’il

vient de vivre : « La veille de la course, nous avons fait le tour de

l’hippodrome avec Christophe Lemaire, John Marshall, un ancien jockey

australien qui a gagné cette course en 1999, et des responsables des pistes.

Ils nous ont donné tous les bons tuyaux sur le parcours, où il fallait se

placer, où il fallait venir… Et lors de la course, Christophe a posé les sabots

du cheval exactement là où l’on nous avait dit de le faire ! C’était assez

fabuleux à regarder. J’étais mal placé par rapport au poteau d’arrivée,  deux cents mètres avant, je ne savais

vraiment pas si nous avions gagné. La photo a duré très longtemps…L’ambiance

sur place est incroyable. Il faut y être allé pour comprendre. Nous avons pensé

au Melbourne Cup assez tôt avec le cheval, lorsqu’il a bien couru dans les

Groupes en début de saison. J’ai une pensée pour Richard Gibson qui entraînait

le cheval avant moi… Dunaden devrait rentrer en France d’ici une semaine…»

 

UN ACHAT

SIGNE GHISLAIN BOZO

C’est

Ghislain Bozo qui a acheté Dunaden foal en décembre 2006, à Arqana. Le courtier

de Meridian International nous a déclaré : « Je l’ai acheté pour un client

hollandais, Hans Diehl, qui fait du débourrage-préentraînement aux Pays-Bas, et

c’est donc lui qui s’est chargé du dressage du poulain. Mais j’étais bien loin

de penser, quand j’ai signé le bon, que j’avais acheté un futur lauréat de

Melbourne Cup… »

 

DUNADEN

VU PAR YANNICK FOUIN, L’HOMME QUI L’A RECLAME

« J’ai

acheté Dunaden dans un "réclamer" à Strasbourg. J’étais chez moi,

devant ma télévision, et ce cheval m’avait beaucoup plu. Je l’ai laissé un peu

tranquille et à ce moment-là, Alban de Mieulle cherchait un cheval entier pour

jouer le rôle de leader pour les chevaux de son propriétaire qatari. Je lui ai

proposé Dunaden qui avait tout pour remplir ce rôle à la perfection. On l’a

couru une première fois à réclamer et il a fait une superbe fin de course. Nous

avons alors préféré ne pas insister dans cette voie. Le cheval a fait une bonne

saison. Alban a voulu le reprendre et lui donner du temps mais il a reçu une

offre d’achat, assez importante, difficile à repousser pour un cheval de

handicap. L’offre venait de Richard Gibson, pour un propriétaire étranger. Nous

l’avons donc vendu et il se trouve que le cheval a été acheté pour les

petits-enfants du propriétaire qatari d’Alban. Il restait donc dans la famille

Al Thani. »

 

L’INCROYABLE

HISTOIRE DE DUNADEN RACONTEE PAR L’HOMME QUI L’A ELEVE

Dunaden

a vu le jour dans les herbages du Haras de Maulepaire, et Pierrick Rouxel, qui

en est l’animateur, nous a raconté l’histoire pas comme les autres de ce

poulain vendu foal à Arqana, pour un tout petit prix… « L’année où Dunaden est

né, le comte Édouard Decazes, descendant d’une vieille famille d’éleveurs et

cousin de la comtesse de Tarragon, a souhaité vendre son effectif. Il était

assez âgé, souhaitait s’installer définitivement en Suisse et vendre aussi sa

maison de Chantilly. Nous avions au haras une dizaine de poulinières lui

appartenant, qui descendaient de leurs vieilles souches, et nous avons donc

présenté une grande partie de son effectif aux ventes de décembre 2006, à Deauville.

Nous avons juste gardé la mère de berryville, Kalberry (Kaldounévées), qui est

une tante de la mère de Dunaden. Le poulain a été vendu pour 1.500 € à une dame

hollandaise, qui l’a ramené très vite aux Pays-Bas, ce qui fait que le cheval

n’est pas éligible aux primes, sauf lorsqu’il court à l’étranger ! Dunaden est

un fils de Nicobar, qui faisait la monte chez Alain Régnier. M. Decazes ne

voulait pas mettre beaucoup d’argent dans les saillies, alors nous avons choisi

cet étalon, dont la saillie a dû nous coûter 500 €. Mais il avait une très

belle génétique, puisque fils d’indian Ridge et descendant de la championne

anglaise Juliette Marny. Nous avons toujours suivi la carrière de Dunaden. Il

s’est placé deux fois en Allemagne, puis il est venu courir à réclamer à

Strasbourg, où Yannick Fouin l’a acheté. Alban de Mieulle, qui est également

apparenté aux Tarragon, voulait s’en servir comme leader pour ses pur-sang

arabes lorsqu’ils viennent à Chantilly, l’été. Mais comme le cheval a vite

montré un peu de qualité, il a couru dans les handicaps, puis les Quintés.

Ensuite, il a été vendu à Richard Gibson, à l’origine pour courir en

Grande-Bretagne, je crois. Il a alors gagné son premier Quinté pour les

couleurs Pearl Bloodstock à Longchamp, en octobre 2010, puis le Prix du Grand

Camp (L), à Lyon. Le cheval a fait une superbe fin de saison 2010, et Mikel

Delzangles l’a récupéré quand Richard Gibson est parti à Hongkong. Le comte

Decazes, même s’il a maintenant quatre-vingt-dix ans, a suivi la course depuis la

Suisse. Je l’ai eu ce matin à 7 h au téléphone et il était fou de joie. Il m’a

raconté qu’il avait été invité d’honneur, en tant que premier commissaire de

France Galop, du Melbourne Cup en 1978. Il était loin d’imaginer que l’un de

ses élèves enlèverait l’épreuve trente-trois ans après ! Quant à la mère de

Dunaden, La Marlia (Kaldounévées), nous l’avons vendue en privé à l’un de nos

voisins, Philippe Le Geay, qui est aussi permis d’entraîner. Elle a un yearling

de Kendargent et un foal par Nicobar, le propre-frère de Dunaden, donc. »

 

LAURENT

BENOIT : « IL FAUT LA CONJUGAISON DE PLUSIEURS ELEMENTS POUR GAGNER LE

MELBOURNE CUP »

Manager

des propriétaires d’Américain, Laurent Benoit était présent à Flemington pour

suivre le cheval français. Auteur d’une belle fin de course, Américain échoue

au pied du podium. Sa quatrième place est très bonne et le courtier français

nous a raconté : « Américain court très bien. Il ne faut pas perdre de vue que

cette course est un handicap. Américain avait 3,5 kilos de plus que l’an

dernier. Cela joue, même si, à voir comme cela, il ne portait que 58 kilos. En

fait, ce n’est pas rien. Au même poids que l’an dernier, il aurait gagné je

pense. Pour gagner le Melbourne Cup, il faut la conjugaison de plusieurs

éléments ; le poids en est un important. Finalement, Dunaden avait réuni tous

les bons éléments pour pouvoir s’imposer, comme Américain en 2010. » Longtemps

parmi les derniers durant le parcours, Américain a dû progresser en épaisseur à

partir du tournant final. « Ce n’est pas vraiment une excuse, estime Laurent

Benoit. Quand Américain déboîte, il est dans le sillage de Red Cadeaux qui a

failli gagner. En revanche, le terrain a beaucoup séché ces derniers jours en

Australie. Peut-être trop et cela n’a pas joué en faveur d’Américain. » Quand

on demande le point du vue du courtier sur le fait que les Européens se lancent

désormais à l’assaut du Melbourne Cup, son point de vue est le suivant : « En

Europe, d’un point de vue d’élevage, on a un avantage par rapport aux

Australiens. Ici, ils sont très forts pour faire naître d’excellents sprinters,

tels Black Caviar. Leur élevage est beaucoup plus orienté sur la vitesse.

Alors, forcément, plus on augmente la distance, moins ils ont de chevaux qui

peuvent rivaliser avec les nôtres. » Pour revenir à Américain, rien n’est

encore décidé concernant son avenir. Peut-être Hongkong – où il est engagé

–comme en 2010, mais rien n’est encore définitif. Enfin, concernant l’ambiance

de cette journée, Laurent Benoit nous disait : « Forcément, comme c’était la

deuxième fois qu’on courait cette épreuve, on a été un petit peu moins

"bluffé". Mais cela reste un moment extraordinaire. Avant, pendant et

après la course. Il y a un monde fou et, cette année, la pression médiatique

était plus forte en raison du statut de favori d'Américain. »

 

DUNADEN

: DE STRASBOURG A FLEMINGTON

L’histoire

de Dunaden (Nicobar) fait rêver. Elle prouve en effet qu’avec peu de moyens, on

peut posséder un cheval de haut niveau. Acquis foal pour 1.500 € par Meridian

International, Dunaden n’a débuté qu’en fin d’année de 2ans pour un

entraînement étranger, celui de Madame Smith. En piste à Strasbourg, il a

terminé sixième. C’était le 16 novembre 2008. Quelques mois plus tard,

l’hippodrome d’Hoerdt sera aussi celui de sa première victoire, dans un

"réclamer", associé à Ronan Thomas. Yannick Fouin le repère et

l’achète pour 17.000 €. Dunaden court alors sa première course sous les

couleurs d’Alban de Mieulle et l’entraînement du professionnel mansonnien.

Deuxième d’un "réclamer", il montre rapidement des moyens

intéressants et devient l’une des vedettes des gros handicaps Quintés. Après

cinq places à ce niveau, il décroche enfin sa course événement dans le Prix

Castries. Mais, entre temps, il est passé de l’entraînement de Yannick Fouin à

celui de Richard Gibson, troquant les couleurs d’Alban de Mieulle pour celles

de Pearl Bloodstock. En progrès constants, il a remporté le Prix du Grand Camp

(L) et s’est placé à deux reprises dans les courses principales. Richard Gibson

a ensuite choisi de partir exercer son métier à Hongkong. Mikel Delzangles l’a

donc reçu en début d’année. Et, dès sa première course pour ce dernier, Dunaden

a enlevé un Groupe, le Prix de Barbeville (Gr3). C’était également son premier

essai sur 3.100m. Par la suite, il n’a fait que confirmer sa qualité. Son

entourage a rapidement pensé au Melbourne Cup (Gr1). Après une victoire dans le

Geelong Cup (Gr3), comme Américain (Dynaformer) en 2010, Dunaden s’est engagé

parmi les favoris de la grande épreuve australienne. On connaît la suite…