Frédéric ditta : « la segnora est la jument de ma vie »

Autres informations / 06.11.2011

Frédéric ditta : « la segnora est la jument de ma vie »

Frédéric

Ditta, le premier jockey de Yann Porzier, a goûté à une joie unique, celle

d’une première victoire de Gr1. En selle sur La Segnora, il a remporté le Grand

Prix d’Automne et nous a livré, à chaud, ses impressions.

JOUR DE

GALOP. – VOUS RENDEZ-VOUS COMPTE DE CE QUE VOUS VENEZ DE REALISER AUJOURD’HUI ?

Frédéric

Ditta. – Je dois avouer que tout se passe très vite. Je réaliserai certainement

plus tard. Là, je ressens simplement une joie immense.

PENSIEZ-VOUS

LA SEGNORA CAPABLE DE TRIOMPHER AUJOURD’HUI?

La

Segnora, c’est la jument de ma vie. Quand on est jockey, on rêve constamment de

victoires de Gr1. Je savais que j’avais l’occasion d'en remporter un avec elle,

ce matin encore je le disais et j’en suis devenu certain au premier passage

devant les tribunes. Ma jument était tellement bien que je ne voyais pas

comment on pouvait être battu. Bien sûr, il y avait Kap Dream à battre [au

moment où l’interview est réalisée, Frédéric Ditta ne sait pas que son rival a

été euthanasié, ndlr], mais La Segnora était dans son meilleur jour, les

réglages avaient été effectués et tout devait lui sourire. J’espérais un jour

gagner un Gr1, mais je voulais vraiment que ça arrive avec cette jument. Avec elle,

je ressens les choses. Quand on évolue ensemble, je les ressens profondément.

Je suis vraiment heureux qu’elle ait remporté cette course. Elle a encore

beaucoup à gagner, mais quand arrivera l’heure du haras, elle aura déjà ça à

son palmarès.

LA SEGNORA

VOUS A OFFERT DEUX GROUPES CETTE ANNEE. JUSQU’OU PEUT-ELLE ENCORE ALLER ?

C’est

avant tout une jument qui est capable de tout donner en course. Aujourd’hui,

quand on a sauté la dernière haie, elle n’avait déjà plus rien sous la pédale.

Elle a fait sa ligne droite au courage et n’a jamais rien lâché. C’est une

petite jument, mais elle a un coeur énorme et grâce à ça, elle est capable de

grandes choses. C’est sa principale qualité. Quand elle a remporté le Prix du

Président de la République (Gr3), nous avons pensé au "Grand

Steeple". C’était un bon pari à tenter, mais lorsqu’elle est tombée, nous

étions déjà battus. Elle avait beaucoup donné et marchait déjà au courage. Si

ça avait été à refaire, je l’aurais arrêtée avant sa chute. On peut croire que

La Segnora est une jument facile à entraîner, mais ça n’est pas vrai. Elle a

besoin d’automatismes et n’est pas capable de passer d’une discipline à l’autre

juste comme ça. C’est "une phénomène", mais elle a besoin de

comprendre ce qu’on lui demande pour se livrer. Là, elle était au top et si on

avait tenté le coup dans le Prix La Haye Jousselin (Gr1), je pense qu’on aurait

été déçu.

ON

CONNAIT BIEN LA SEGNORA DESORMAIS, MAIS BEAUCOUP MOINS LE JOCKEY FREDERIC

DITTA. POUVEZ-VOUS NOUS RACONTER VOTRE PARCOURS ?

Je viens

d’Arpajon, près d’Évry et je ne connaissais rien aux chevaux, je ne suis

d’ailleurs jamais allé sur l’hippodrome d’Évry. J’ai monté la première fois à

cheval au primaire avec ma classe et j’ai tout de suite aimé ça. Je n’ai pas du

tout pensé à en faire mon métier, mais j’aimais bien monter à cheval. Pour être

tout à fait honnête, comme j’étais médiocre à l’école, il a fallu que je trouve

une autre voie pour m’en sortir. Je me suis alors intéressé aux métiers du

cheval et je suis entré à l’Afasec à 15ans. J’ai appris mon métier chez

Jean-Paul Delaporte, qui m’a tout de suite fait sauter le matin. C’est à ce

moment précis que j’ai su que je voulais devenir jockey d’obstacle. Je suis resté

sept ans chez Monsieur Delaporte et je lui dois tout. C’est lui qui m’a tout

appris. Ensuite, je suis parti chez Yann Porzier, en 2004, peu avant qu’il soit

interdit d’entraîner. J’ai remporté sa dernière course avant sa mise à pied et

lorsque le temps était gris chez lui, il a pris la peine de me trouver une

maison pour que je puisse me retourner, en m’envoyant chez Jean-Paul Gallorini.

Il aurait aussi bien pu me laisser comme ça, mais il ne l’a pas fait. C’est un

homme bien et quand il a été à nouveau autorisé à entraîner, il a fait appel à

moi et je n’ai pas hésité une seule seconde.