Hubert tassin : « il faut capitaliser sur la reussite de notre modele, et non pas la remettre en cause »

Autres informations / 04.11.2011

Hubert tassin : « il faut capitaliser sur la reussite de notre modele, et non pas la remettre en cause »

Le

président de l’Association P.P. (Province-Paris pour le Galop français) aborde

sans tabous tous les sujets du moment : la future présidence de France Galop,

la création d’une nouvelle entité Trot-Galop à l’international, l’avenir des

"FR" et assimilés, etc

JOUR DE

GALOP. – COMMENT JUGEZ-VOUS L’AMBIANCE GENERALE DE CETTE CAMPAGNE ? EST-ELLE

PLUS DURE QUE LES PRECEDENTES ?

Hubert

Tassin. – Oui, sans aucun doute. Je la trouve plus violente, principalement à

cause de l’irresponsabilité dont semblent faire preuve certains des candidats,

marquée par une caricature du constat et une certaine amnésie. La liste qui

propose l’aventure, la rupture et donc le danger pour tous les acteurs du Galop

a été associée à tout ce qui s’est passé depuis quinze ans [Hubert Tassin parle

de la liste du Syndicat des propriétaires, ndlr]. Au sein du conseil

d’administration sortant, cette liste avait quatre représentants sur les

quatorze autour de la table, en comptant les conseillers du président. Jouer la

rupture quand on est sortant, quand on a approuvé toutes les décisions, c’est

irresponsable. Je suis enfin assez perplexe de constater que le discours ne

semble s’articuler que par rapport à nos options.

A

L’INVERSE, VOUS SEMBLEZ ASSUMER TOTALEMENT LE BILAN DE LA DERNIERE MANDATURE ?

Nous

n’avons pas à rougir de ce que nous avons fait tout au long de ces quinze

années. Nous avons sorti les courses du marasme, d’une spirale de récession,

trouvé la croissance en sortant le programme PMU de son carcan parisien, créé

un modèle gagnant grâce à l’augmentation de l’offre, rénové nos sites. Il faut

capitaliser sur cette réussite, et non pas la remettre en cause.

N’EST-CE

PAS, DE VOTRE PART, DE L’ANGELISME VOIRE DE LA NAÏVETE ?

Bien

sûr, tout est loin d’être parfait, mais il serait dangereux et même destructeur

de vouloir casser un système qui est celui qui fonctionne le mieux, au niveau

mondial. Je ne suis pas en accord avec tout ce qui existe, tout ce qui a été

décidé, mais je crois au modèle associatif. Ce que nous devons construire,

c’est ensemble que nous devons le construire. Donc, non, je ne fais pas preuve

de naïveté. En France, nous sommes dans le modèle que tout le monde veut

imiter. Il faut construire à partir de ce modèle unique et de sa réussite

exemplaire. Mais surtout capitaliser sur le modèle associatif, coopératif et

mutuel. Il faut s’accrocher aux équilibres qui ont été trouvés sur le plan

financier, comme sur la gouvernance entre le Trot et le Galop, la province et

Paris, entre les bénévoles et les socioprofessionnels, entre la répartition un

tiers, deux tiers entre l’obstacle et le plat. S’accrocher aussi à notre

système de primes, qui fait de la France un grand pays d’élevage. Il faut

construire notre avenir sur la croissance, sur une croissance durable à moyen

et long termes. Il faut être responsable dans la façon dont on attribue la

croissance, et corriger ce qui ne va pas.

PRECISEMENT,

QU’EST-CE QUI – SELON VOTRE EXPRESSION– « NE VA PAS » ?

La

répartition des allocations n’est pas en phase avec les chevaux produits et les

effectifs à l’entraînement. Cela explique des situations fragiles pour trop

d’acteurs. Nous devons collectivement plaider coupables : nous n’avons pas fait

preuve d’assez de transparence et de pédagogie pour expliquer aux éleveurs, aux

entraîneurs et aux propriétaires les options prises pour la répartition des allocations

nouvelles. Du coup, en France, les acteurs du Galop n’ont pas pu suffisamment

prendre en compte la distribution de cette richesse créée via les programmes de

courses, d’où des tensions très fortes et des déséquilibres. Nous avons pu

penser que le fait que beaucoup de monde puisse donner son avis au sein des

multiples instances allait permettre à tout le monde d’être informé… Mais cela

n’est pas le cas. Nous devrons travailler très sérieusement ce point : faire

évoluer la distribution vers ceux qui en ont besoin et l’annoncer clairement.

C’est ce que nous appelons la croissance équitablement répartie.

ET A

L’INTERNATIONAL ?

Les

débouchés à l’export de chevaux "faits", en obstacle comme en plat,

se sont resserrés du fait de la crise économique et financière. Dans le même

temps, les pays de l’Europe continentale, et, à un degré moindre des îles

britanniques, ont dû faire face à une situation très difficile de leurs

courses, et ils sont venus de plus en plus souvent courir chez nous, qui

représentons un vrai îlot de prospérité dans un champ de ruines.

A CE

SUJET, PENSEZ-VOUS QU’IL FAILLE RENFORCER LE PROTECTIONNISME?

Nous

sommes dans un sport de compétition et il ne faut pas avoir peur de la

compétition. Le pur-sang et le cheval d’obstacle sont sur un marché mondial et

nos incitations à élever et entraîner sur notre territoire doivent être

maintenues et confortées. Mais il me semble difficile d’aller beaucoup plus

loin. Je suis par exemple opposé au principe d’une "taxe" pour les

entraîneurs étrangers venant courir chez nous, telle que l’ont évoquée certains

candidats. Ce serait aller contre le droit d’établissement qui est l’une des

bases du Traité de Rome.

ET SUR

LES "FR" ?

On peut

réfléchir à un système de courses réservées ouvrant droit à primes, et,

surtout, revoir le principe des "assimilés" qui est allé trop loin.

Par exemple en ne permettant pas à une jument "française" d’être

saillie à l’étranger plus d’un an sur trois ou quatre… Car, aujourd’hui, nos

primes servent en partie à financer les étalonniers irlandais, lesquels

bénéficient déjà de conditions fiscales anormales. Or le but du système des

primes, c’est d’améliorer le parc français, y compris le parc d’étalons. Les

juments "françaises" saillies chaque année à l’étranger sont au nombre

de 1.100, c’est trop !

COMMENT

AIDER LES ELEVEURS FRANÇAIS ?

Une de

nos idées est de demander à l’État de doter un fonds d’investissement à

l’élevage financé sur une part des économies réalisées grâce à la très

malheureuse liquidation des Haras nationaux. Ce fonds permettra de réguler les

excès spéculatifs des tarifs de saillies et, singulièrement, de continuer à

soutenir l’élevage d’obstacle, aujourd’hui co-leader mondial. J’y crois ! Vous

verrez que cette proposition peut faire son apparition dans la prochaine loi de

finances. Nous y travaillons…

VENONS-EN

AU PROBLEME DE LA GOUVERNANCE DE FRANCE GALOP, AVEC LA REPARTITION DES MEMBRES

ASSOCIES ET DES SOCIOPROFESSIONNELS…

Pour

moi, faire croire qu’éliminer les uns ou les autres permettra de régler nos

problèmes, c’est faux. Notre activité génère trop d’argent pour être confiée à

un système électoral majoritaire. Il nous faut des "sénateurs". Sauf

que les cooptés sont élus par leurs pairs, alors que les sénateurs sont élus

par de grands électeurs eux-mêmes choisis par tous les citoyens ! Les modalités

de choix des cooptés pourraient évoluer. On peut réfléchir au "corps

électoral" qui choisit les membres associés ou encore sur le mode de

désignation. Je n’ai pas de tabou sur le sujet.

QUELS

SONT, SELON VOUS, LES NOUVEAUX CHALLENGES A RELEVER ?

Il n’y a

pas à hésiter ou à se lancer dans des effets d’annonce irréalistes : nous

entrons dans une nouvelle ère. Nous avons vécu quinze ans de croissance dans le

monopole et essentiellement grâce à l’augmentation de l’offre de jeux, mais

aussi grâce au parti qu’en ont tirée les équipes du PMU. À partir de 2013, nous

ne pourrons plus guère augmenter l’offre : nous proposerons des courses à jeu

national de la fin de matinée au début de soirée. Il va donc nous falloir

trouver d’autres relais de croissance, sinon les allocations seraient en danger

et une stagnation et même une baisse s’imposeraient. Mais nous bénéficions pour

investir de la hausse des prélèvements au profit des sociétés de courses

consentie par l’État à l’occasion de la loi d’ouverture. Nous proposons deux

voies. D’abord les nouveaux opérateurs agréés en France. La loi d’ouverture

dite maîtrisée a bien cadenassé le système pour la période initiale, mais il

faudra le faire évoluer pour que les nouveaux entrants y trouvent un équilibre

économique et contribuent à notre croissance. Ensuite l’international. Il

s’agit de prendre des paris étrangers sur nos courses françaises,  mais aussi et peut-être, surtout, d’exporter

notre système pour recréer des conditions viables dans les pays sinistrés,

principalement en Europe continentale, ce qui nous permettra dans un second

temps de trouver des débouchés à l’export pour nos chevaux. Le fer de lance de

notre politique internationale est et sera le PMU.

ON VOUS

ACCUSE DE VOULOIR LE DEMANTELER. EST-CE VRAI ?

Non. Je

ne peux pas qualifier le fait de mettre dans la bouche d’un concurrent des

termes qu’il n’a pas utilisés. Ce que j’ai dit, simplement, c’est que nous

devons exporter nos courses et notre modèle et que le PMU ne sera pas dans tous

les cas le seul à devoir le faire pour notre compte. Nous nous devons de rester

neutres pour travailler avec tous les opérateurs. Notre développement à

l’étranger passera par des accords avec les filières locales et nous devrons

choisir, au cas par cas, qui est l’opérateur le mieux placé pour intervenir. Le

plus souvent, ce sera le PMU. Mais ce pourra aussi être, parfois, un autre

opérateur. C’est pourquoi la création d’une nouvelle entité, commune au Trot et

au Galop, pour trouver des accords avec des filières à l’étranger, est

inéluctable

VOUS

AVEZ AUSSI DIT QUE LES SOCIETES DE COURSES DEVRAIENT RACHETER GENY AU PMU.

POURQUOI ?

Je ne

l’ai pas seulement dit. Comme la majorité du conseil d’administration de France

Galop, j’approuve cette décision qui a été prise. Gény est un champion mondial

de la diffusion des données hippiques numériques. Quand le PMU était encore un

monopole, nous avons eu raison de l’acheter. 

Mais, maintenant que le marché s’est ouvert et que Gény est lui aussi

devenu opérateur, le simple bon sens dicte le transfert aux sociétés-mères.

Avoir deux opérateurs, oui ! Mais que l’un (le PMU) manage l’autre (GényBet),

ce n’est pas défendable. Le transfert de Gény aux sociétés de courses a été

décidé par le Trot et le Galop car son expertise en matière de données

hippiques va servir l’ensemble de la filière dans le développement à

l’international dont j’ai déjà parlé.

ET

EQUIDIA ? VOULEZ-VOUS AUSSI QUE LA CHAINE DU CHEVAL REJOIGNE LE GIRON DES

SOCIETES-MERES ?

Equidia

appartient déjà aux sociétés de courses à 95 % et est le vecteur central pour

les paris pris – dans le cadre du monopole – par le PMU dans ses points de

vente, donc le centre de la réalisation de notre chiffre d’affaires. Le

problème de gouvernance ne se pose pas de ce fait dans les mêmes termes.

VOUS

AVEZ PARLE DE VOS REUSSITES, MAIS QUELS ECHECS VOUS RECONNAISSEZ-VOUS ?

Beaucoup.

Un exemple. Nous avons mis beaucoup d’argent dans nos hippodromes, aussi bien

en province qu’à Paris, mais nous ne sommes pas arrivés à faire des courses un

moment assez festif. Nous avons un peu "loupé" la troisième mi-temps…

C’est pourtant ce qui est le plus important pour les courses : qu’il y ait des

propriétaires, et qu’ils prennent plaisir à venir sur les hippodromes. Il y a

du travail à faire, mais nous avons des idées.

VOUS

DITES « NOUS », LORSQUE VOUS PARLEZ DU BILAN DE FRANCE GALOP…

Oui, moi

je dis « nous », parce que je fais partie de l’équipe depuis 1995. Je suis un

passionné absolu. Je suis allé énormément aux courses pendant mes études,

(peut-être trop), et, dès mon premier travail, je suis devenu propriétaire, à

mon échelle, m’associant avec des amis. Aujourd’hui, je suis associé dans

quatre juments à l’élevage et cette année dans sept chevaux à l’entraînement.

Je me suis investi dans l’Institution et j’y ai mis ma volonté d’analyse et ma

force d’exécution. Les dossiers que l’on m’a confiés, je les ai traités. Un

exemple de fierté en sus de la croissance basée sur ce qu’on a appelé la

décentralisation : le Week-end international de l’obstacle. Nous l’avons

imaginé, nous avons réussi à l’imposer, nous l’avons mis en place, et sommes

restés très présents depuis.

VOUS

N’AVEZ PAS D’AUTRES AMBITIONS PERSONNELLES AU SEIN DE L’INSTITUTION DES COURSES

?

Mon

ambition est dans le bénévolat. J’exerce un métier de journaliste économique et

financier qui me passionne. Je suis en train d’écrire un livre et de travailler

sur des projets en presse écrite et audiovisuelle. QUE PENSEZ-VOUS DES

CANDIDATS ANNONCES A LA PRESIDENCE ?

Sur les

trois candidats, deux sont issus d’associations importantes de propriétaires et

d’éleveurs. Ces deux-là ont une assise électorale logique auprès des

socioprofessionnels. Ce que l’on attend d’un président, c’est un programme, des

convictions et la force de donner une impulsion nouvelle. Jean d’Indy, avec qui

je suis très lié, est une chance pour le Galop. En quinze ans d’investissement

au sein de l’Institution, il a pris énormément d’expérience et c’est un homme

de consensus. Il saura nous mener vers de nouveaux territoires. Je ne regrette

pas d’avoir fait le choix d’Édouard de Rothschild, qui était l’homme qu’il

fallait il y a huit ans. Il a été bon, mais huit années passées au sein d’une

association comme la nôtre, c’est très long.