La breeders cup : un vrai événement sportif par claude beniada

Autres informations / 08.11.2011

La breeders cup : un vrai événement sportif par claude beniada

 « J’apprécie beaucoup Pierre Laperdrix, qui

est un jeune journaliste enthousiaste et qui, manifestement, aime beaucoup les

courses et son métier. J’ai cependant été surpris du ton qu’il a employé dans

son opinion sur la Breeders’ Cup dans l’édition du lundi 7 novembre de Jour de

Galop. Sa condamnation, sans appel, de l’évènement, a de quoi surprendre. Un

petit rappel historique : si la Breeders’ Cup a été créée il y a 27 ans sur une

idée géniale du grand éleveur John Gaines, c’était pour relancer l’élevage à

l’échelle mondiale, en faisant cotiser, pour ceux qui le souhaitaient, tous les

propriétaires d’étalons et les propriétaires de foals, leur donnant ainsi

l’occasion, une fois par an, en fin d’année de disputer des épreuves richement

dotées, pour toutes les catégories d’âge, sur toutes les surfaces. Pierre peut

écrire ce qu’il veut, c’est bien de ce modèle de réunion que s’inspire notre

Week-End du Prix de l’Arc de Triomphe. A ce titre la Breeders’ Cup est un

énorme succès et chacun rêve d’y participer s’il a le cheval adéquat. Pour

Pierre la Breeders’ Cup est une grande illusion. C’est faux ! C’est avant tout

un évènement sportif, réservé aux chevaux de courses certes, mais un vrai évènement

sportif avant toute chose. Quelles nouvelles de Churchill Downs ? Goldikova

3ème , Sarafina 4ème , Byword 8ème  et

Announce non partante. Tout cela n’est-il pas bien réducteur ? Un évènement

sportif international ne vaut-il que par la performance des ses représentants

nationaux? Une coupe du monde de football ne vaut-elle que par les performances

de l’Equipe de France ? Les jeux olympiques ne valent-ils qu’à travers les

performances des athlètes français? Non bien sûr ! Les performances et les exploits

des athlètes d’autres nations sont tous aussi valorisant pour le sport et

dignes d’être applaudis. Alors oui vendredi j’ai applaudi à la victoire de

Royal Delta dans le Ladies Classic et de My Miss Aurelia dans le Juvenile

Fillies, samedi j’ai applaudi Hansen dans le Juvenile et j’ai fait de même avec

Drosselmeyer dans le Classic. Comme toi j’ai été triste de ne pas voir

Goldikova gagner le Mile, mais justement c’est bien l’essence d’un sport, même

les meilleurs peuvent être battus un jour et un autre cheval leur voler la

vedette quand on s’y attend le moins. En somme pour Pierre quand les français

gagnent c’est tout beau et la Breeders’ Cup c’est Fooormidable ! Quand ils

perdent c’est nul. Drôle de façon de voir les choses ! Les jockeys américains

sont mauvais ? Ils ne savent que ‘bourrer’. La aussi c’est bien réducteur.

Certes Joseph O’Brien a monté une bonne course dans le Turf mais il lui reste

bien du chemin à parcourir avant d’être l’équivalent d’un Mike Smith (qu’on ne

me parle pas de Zenyatta en 2010, il pensait bien faire et même les meilleurs

font des erreurs), d’un Jerry Bailey, d’un Steve Cauthen, d’un Gary Stevens,

d’un Pat Day d’un Edgard Prado, d’un Eddy Delahoussaye ou d’un Willy Shoemaker.

Les jockeys américains ne ‘bourrent’ pas. Les jockeys américains ne sont pas

des nains bottés tous formatés sur le même modèle comme le prétend Pierre. Ils

montent suivant l’aptitude de leurs chevaux, suivant les ordres qu’ils

reçoivent et, montant les chevaux le matin, ils ont quasiment un chronomètre greffé

dans la tête. Je connais un exemple que je vais citer, celui du grand jockey

américain Jacinto Vasquez, partenaire entre autres de la championne Ruffian et

de la championne Genuine Risk quand elle a gagné le Kentucky Derby contre les

mâles. Quand vous demandiez à Jacinto Vasquez de travailler un cheval sur huit

cent mètres le matin en 48’’, votre chronomètre s’arrêtait sur 48’’ quand le

cheval passait le poteau. Vous lui demandiez 48’’2/10, vous pouviez regarder le

chronomètre après le travail, il marquait 48’’2/10. Les américains produisent

des générations de chevaux fragiles? Certes l’usage des médications n’est pas

souhaitable mais heureusement tout cela va disparaître dans les années à venir

et à ce titre il faut féliciter l’extraordinaire lobbying de Louis Romanet à la

tête de la Fédération Internationale et qui va finir par porter ses fruits.

Comment affirmer de telles choses sans recul et sans statistiques fiables? Cet

élevage américain nous a donné Northern Dancer, un petit nabot traité aux médications,

qui a donné toute sa force à l’élevage européen actuel au travers de Sadler’s

Wells, puis maintenant Galileo, mais aussi au travers de Danzig d’où Anabaa,

(tiens tiens Goldikova est une fille d’Anabaa) Green Desert, Danehill, Oasis

Dream, Dansili et j’en passe. Les chevaux américains sont plus fragiles ? Ils

sont surtout plus nombreux donc il y a statistiquement plus d’accidents (c’est

vrai que le facteur dirt est aggravant mais le nombre d’accidents s’est

considérablement réduit depuis l’introduction des pistes Polytrack). A titre

d’exemple, en se basant sur ce week end à Churchill Downs la gagnante du Filly

and Mare Turf Perfect Shirl, 4 ans, en était à quinzième sortie, la gagnante du

Filly and Mare Sprint, Musical Romance, 4 ans, en était à sa trente troisième

sortie, et Royal Delta, lauréate du Ladies Classic, 3 ans, en était à sa

huitième sortie, dont sept cette année. (Golden Lilac gagnante de la Poule et

du Diane n’a couru que 4 fois cette année et sa dauphine Galikova six fois).

Drosselmeyer, le gagnant du Classic, 4 ans, a couru 16 fois, Court Vision, le

tombeur de Goldikova dans le Mile, a couru 31 fois, Amazombie, 5ans, gagnant du

Sprint a couru 23 fois, Caleb’s Posse, 3 ans, gagnant du Dirt Mile (la course

qui ne mérite pas son statut de Gr.1 avec 4 gagnants de Gr.1 et trois gagnants

de Gr.2 au départ), a couru 16 fois et Regally Ready, 4 ans, lauréat du

Breeders’ Cup Turf Sprint, a disputé 17 courses dans ca carrière. La Breeders’

Cup est un vrai évènement qui ne mérite pas de le décrire comme la foire aux

grandes illusions. Sans doute est il mieux traité médiatiquement que ne le sont

nos évènements en Europe et les Américains ont un vrai savoir faire en la

matière, nous pourrions nous en inspirer, sur ce point Pierre Laperdrix a

raison. Pour le reste je crois qu’il fait fausse route mais, avec le temps, il

tournera peut-être casaque. »