Médication dans les courses américaines : le cri d’alarme d’arthur hancock

Autres informations / 20.11.2011

Médication dans les courses américaines : le cri d’alarme d’arthur hancock

Paru

dans nos colonnes au lendemain du Breeders’ Cup, le papier d’opinion de Pierre

Laperdrix au sujet des courses américaines a provoqué de nombreuses réactions

des professionnels français. Récemment, dans le TDN, Arthur Hancock, éleveur

américain reconnu issu de l’une des plus grandes familles d’hommes de chevaux

outre-Atlantique, a livré son point de vue sur le problème de la médication

dans les courses américaines, lors du Comité sur la médication de la Commission

des Courses du Kentucky. Un avis particulièrement intéressant, dont nous vous

livrons les morceaux choisis :

« Je

suis issu de la quatrième génération d’une famille d’hommes de cheval, et je

suis ici parce que j’aime les chevaux. J’aime cette industrie et j’ai le

sentiment qu’elle est en danger. Malheureusement, les statistiques le

confirment. Le récent rapport du cabinet d’audit McKinsey sur les courses

explique que plus de 75 % de la population considère les courses comme un sport

où l’usage des médicaments sévit. Le rapport souligne aussi le fait que cette

majorité a une vraie perception négative de notre sport. Comment pouvons-nous

espérer prospérer et être populaires quand une telle majorité nous voit d’une

façon si négative? Le rapport McKinsey évoque également la perte de 4 % de nos

fans chaque année. À ce rythme, bientôt le business des courses ne sera plus

rentable. Souvenez-vous, à une époque, nous étions le sport numéro un en termes

de spectateurs aux États-Unis. C’est un triste état des lieux. Mais laissez-moi

revenir un peu en arrière. En 1966, j’ai travaillé avec Eddie Neloy, qui était

l’entraîneur tête de liste aux États-Unis. Toute médication en course était

interdite. Pas de Lasix, pas de Butazolidine, rien ! Les fans aimaient les

courses et Belmont Park était toujours plein les jours de grandes courses. Le

seul moment où les vétérinaires venaient aux écuries, c’était quand un cheval

faisait des coliques, avait de la fièvre, ou s’était blessé. En quarante ans,

les choses ont changé. À présent, si vous allez aux écuries à 16 heures, vous

pouvez être sûrs de voir une voiture de vétérinaire garée en face de chaque

barn. Dans la plupart des hippodromes du pays, et dans la majorité des

réunions, 100 % des partants courent sous Butazolidine, et 85 à 90 % sous

Lasix. Si c’est le reflet de la solidité de nos chevaux, nous sommes vraiment

dans un gros pétrin. Les médicaments ne sont pas gratuits. La seule personne

qui paie cette facture est le propriétaire, et le montant peut dépasser les

1.000 $ par mois, donc 12.000 $ par an. Si les coûts d’entraînement sont de 80

$ par jour, donc de 30.000 $ par an, alors les frais vétérinaires augmentent

cette note de 40 % par an. Beaucoup de propriétaires quittent le jeu à cause de

ces frais, et un nombre encore plus important ne sont pas satisfaits de payer

autant. Mais ce n’est pas le seul problème de la médication. Le public n’en

veut pas. C’est la seule chose qui compte, parce que c’est l’avis de nos fans,

ceux qui nous gardent dans le business. Cela aussi, le rapport McKinsey le

souligne. Dans les dix dernières années, les enjeux ont diminué de 37 % et la

fréquentation des hippodromes de 30 %. Seulement 22 % du public a une

impression positive de notre sport, et seulement 46 % des fans des courses

recommanderaient ce sport à d’autres personnes. Le rapport explique que l’on ne

peut pas vendre un produit défectueux. On vend la forme, pas le fond. Les fans

ont parlé. On doit les écouter, sinon on continuera de les perdre. Beaucoup

disent que ces médicaments que reçoivent les chevaux sont «thérapeutiques».

Mais les médicaments thérapeutiques sont donnés aux chevaux suivant une

thérapie, et qui se remettent d’une maladie ou d’une blessure. Est-ce que tous

les chevaux, dans toutes les courses, sont malades ou blessés ? Les médicaments

thérapeutiques, par définition,  sont

utilisés pour guérir. Les médicaments qui masquent une douleur ou accroissent

la performance ne sont pas «thérapeutiques «… Ils sont ce qu’ils sont… des

médicaments qui augmentent la performance. J’ai parlé récemment avec l’entraîneur

britannique John Gosden.  Il m’a dit que

les Européens avaient un nouveau nom pour le Breeders’ Cup… Le «Bleeders’ Cup»

(bleed signifie saigner, Ndlr). Quelle triste caractérisation de notre

championnat! Ne me dites pas que si vous donnez du Lasix à un cheval et qu’il

perd ainsi plus de dix kilos, cela n’intervient pas dans sa performance. Si

c’est le cas, pourquoi peser les jockeys ? Il y a cinquante ans, les chevaux

couraient en moyenne quarante-cinq fois au cours de leur carrière. À présent,

la moyenne est de treize fois. Les partisans de la médication disent qu’elle

permet de faire le plein de partants, alors que c’est exactement le contraire.

Les statistiques le prouvent. Depuis 1960, le nombre de courses par cheval et

par an est passé de 11,3 à 6,23 en 2009. Un recul de près de 50 %. Imaginez

l’impact économique sur les propriétaires, les mais aussi les fans, dont les

héros ont une carrière

bien

plus courte. Nos ventes étaient autrefois placées au sein d’un marché

international. Au mois de septembre, tous les yearlings à plus d’un million de

dollars ont été achetés par des Américains et, en novembre, seulement cinq des

dix-huit juments vendues à plus de dix-huit millions ont été exportées, alors

même que notre monnaie est à un niveau très bas. Les ventes de novembre ont été

très bonnes grâce au travail de nos meilleurs éleveurs, et aux top-pedigrees

inscrits au catalogue, mais jetez un oeil à ce qui s’est passé à la fin de la

vente. Nous avons vendu des chevaux pour des sommes modiques, comme ce fut le

cas à la fin de la vente de septembre. Il est difficile d’attirer des

investisseurs quand une telle majorité de la population a une perception

négative de notre sport. L’un des top-courtiers australiens m’a dit : « Vous

vous isolez. Même si des acheteurs internationaux vont continuer à acquérir des

poulinières et occasionnellement un yearling bien né, ils n’achèteront plus de

chevaux à l’entraînement. »Pourquoi le feraient-ils ? Les chevaux américains

ont été surchargés de médicaments, et nous avons élevé des chevaux dépendant

des médicaments sur cinq générations. Hugo Lascelles, fameux courtier anglais,

m’a expliqué :  « Nous n’avons plus

confiance dans vos étalons, parce que nous ne savons pas si les performances du

cheval ont été améliorées par des médicaments, ou si elles étaient naturelles,

alors nous sommes de plus en plus réticents à acheter leur descendance. »Ou

peut-être que Louis Romanet, président de la Fédération internationale des

autorités hippiques, le dit encore mieux : « Comment peut-on reconnaître comme

des champions du monde des chevaux qui courent sous médication ? »Et qu’en

est-il du cheval lui-même ? Nous aimons nos chevaux. La plus noble créature de

Dieu. Il y a une attitude courante : « Droguez-les, cassez-les, et abattez-les

! » Et à ceux qui font cela à cet animal si noble, je dis : « Ainsi meurent les

victimes, ainsi meurent les vampires… » Et par le terme vampire, je pense à

l’industrie qui permet cela. Maintenant, jetons un oeil à l’un de nos

concurrents, le NASCAR (l’organisme qui régit les courses automobiles de

stockcar aux États-Unis, Ndlr). Je me souviens des hommes de chevaux du

Kentucky qui se moquaient de ces gens de Caroline du Nord qui organisaient des

courses automobiles et qui essayaient d’en faire un business. Regardons où ils

en sont, et où nous en sommes. Les embouteillages sont «monstres» aux abords

des circuits où ces courses sont organisées. Les sponsors affluent. Ce qui est

encore plus parlant, c’est l’aéroport en construction pour répondre aux besoins

du Kentucky Speedway, le circuit situé à côté de Turfway Park, l’hippodrome qui

lutte pour survivre. Le NASCAR a besoin de cet aéroport à cause du nombre

d’avions venant pour cet événement et qui saturent celui de Cincinatti. Le

NASCAR n’autorise aucune fraude, et si vous êtes coupables d’une infraction

mineure, la sentence est sévère. Les fans de stock-car ont confiance dans leur

sport. Si nous voulons que l’industrie du pur-sang survive au Kentucky, nous

devons interdire l’usage de la médication qui influe sur la performance.

Suivons le modèle européen,  asiatique,

australien, et celui du reste du monde des courses. En tant que leader,

montrons l’exemple, et devenons le premier état américain à prendre la bonne

décision. Interdisons l’usage de la médication. Rejoignons le marché

international du pur-sang avec des règles interdisant la médication les jours

de courses, et avec des chevaux dont les performances ne seront dues qu’à leur

potentiel. »