Philippe bouchara : « notre activité doit redevenir rentable ! »

Autres informations / 05.11.2011

Philippe bouchara : « notre activité doit redevenir rentable ! »

LA GRANDE INTERVIEW          

PHILIPPE BOUCHARA : «

NOTRE ACTIVITÉ DOIT REDEVENIR RENTABLE ! »

 

Le président du Syndicat national des propriétaires a une

conviction : il faut augmenter les allocations de 20 % pour relancer le

propriétariat et l’économie de la filière hippique en France.

 

Jour de Galop. – hier, hubert Tassin s’est exprimé dans nos

colonnes. Dès sa première réponse, il vous qualifie comme le candidat de la

"rupture". est-ce comme cela que vous vous voyez ?

Philippe Bouchara. – Je tiens à remercier publiquement mon

ami Hubert Tassin pour la clarté et la franchise de ses propos. Nous partageons

la même passion des courses, mais nous vivons sur des planètes différentes car

il appartient à une autre époque. Permettez-moi de citer ses propos publiés

dans votre journal : « Notre activité génère trop d'argent pour être confiée à

un système électoral majoritaire. Il nous faut des sénateurs. » Ce passage

édifiant révèle au grand jour la vision des P.P. et de la Liste d'Union pour le

galop français, diamétralement opposée à celle que nous défendons au Syndicat

des propriétaires. Hubert veut des notables, au profil de sénateurs, pour

diriger les courses, alors que nous avons la conviction que les élus, issus

d'un scrutin démocratique, sauront mettre en place une politique réfléchie et responsable,

avec pour objectif une équation économique supportable pour les professionnels

de la filière galop. Les P.P. et nous sommes aussi différents que le noir et le

blanc : ils veulent une direction sénatoriale et des protocoles de cooptation,

et nous préférons des députés responsables vis-à-vis de leurs électeurs.

 

Êtes-vous d’accord avec son constat sur la bonne gestion du

galop français au cours des dernières années ?

Je m’étonne du déni de nos opposants en ce qui concerne la

situation économique très préoccupante de la filière, propriétaires,

entraîneurs et éleveurs. Ils n’abordent jamais cet aspect, comme s’il ne

s’agissait que d’une question secondaire, comme si l’avenir de la filière ne

les concernait pas... Est-ce un fâcheux hasard, ou plus vraisemblablement la

conséquence de leur positionnement politique "sénatorial", clairement

défini par leur leader ? Les électeurs répondront.

 

Pourquoi donner autant de gravité à vos propos ? Mais parce

que ces élections sont les plus importantes que l'on ait connues, du fait de la

conjoncture. L'avenir économique de toute la filière professionnelle va se

jouer dans les décisions qui seront prises par France Galop au début de la

mandature. Tout notre programme est axé dans cette direction : relancer

l’activité pour améliorer la situation économique des propriétaires, des

entraîneurs et des éleveurs. Et croyez-moi, c'est une petite révolution pour

France Galop qui n'a jamais considéré la situation des professionnels comme

première en terme d'urgence. La règle, à Boulogne, c’était d’étudier d’abord

les investissements et les équilibres internes avant d’évaluer ce qu'il restait

pour la filière.

Or aujourd'hui, la situation des professionnels est bien

trop grave et la priorité doit être accordée au redressement économique de la

filière via le Plan triennal d'augmentation de 20 % des allocations que nous

proposons.

 

on dit que cette proposition équivaut à un vœu qui n'est pas

à la portée des finances de France Galop ? C'est totalement faux ! Vous croyez

donc que j’ai lancé ce chiffre en l’air, sans réfléchir ?! D’abord, j'ai

rencontré personnellement Philippe Germond pour savoir quelle fraction de la

part nette sera transférée du PMU à France Galop. Je sais que nous pouvons

compter sur 35M€ environ. Ensuite, je me suis assuré du montant des réserves

détenues par France Galop et consacrées aux allocations, soit environ 18,5M€.

Or notre plan d'une augmentation de 20 % sur trois ans coûtera 36M€ les deux

premières années. Ni ces deux premières années, ni la 3e, qui nécessitera 17M€,

ne seront difficiles à financer. Notre plan est réalisable très simplement.

 

alors pourquoi vous taxe-t-on d’irréalisme ?

Parce que ce type d'électrochoc salvateur pour la filière

n'est pas dans les habitudes. Nos concurrents ne savent pas comment contourner

notre initiative, annoncée dès le mois de juin par notre Syndicat.

 

Vous mentionnez vos concurrents, que pensez-vous de la

nature de la campagne ?

En ce qui concerne les listes propriétaires, les seules sur

lesquelles je suis habilité à émettre un avis, j'ai observé que certains

prenaient des libertés par rapport à l'histoire récente des courses. Je pense

aux P.P., qui s’octroient la paternité de la décentralisation – dont chacun

sait que c'est Jean-Luc Lagardère qui a pris cette initiative politique. Il

était à l’époque épaulé par mon père et par Jean-Claude Séroul, tous deux mes

prédécesseurs à la présidence du Syndicat des propriétaires. Je ne veux pas

polémiquer, mais ces défaillances de la mémoire me dérangent car le Syndicat

apparaît comme le dindon de cette "farce" historique.

 

« Je m’étonne du déni de nos opposants en ce qui concerne la

situation économique très préoccupante de la filière, propriétaires,

entraîneurs et éleveurs. ils n’abordent jamais cet aspect, comme s’il ne

s’agissait que d’une question secondaire, comme si l’avenir de la filière ne

les concernait pas... »

 

Que proposez-vous ?

Notre programme comporte dix initiatives fortes et

innovantes de redressement. Nous sommes aux antipodes de la satisfaction

ambiante, car nous représentons des propriétaires et entraîneurs français qui

se demandent comment boucler leurs comptes. La ligne de démarcation est claire

: nous voulons changer la donne économique, car il s'agit de sauver la filière

professionnelle, alors que nos concurrents ne diagnostiquent aucune urgence, aucune

crise. Je suis sidéré par un tel aveuglement, mais il est vrai que parmi nos

opposants, nombre d'entre eux sont aux commandes de France Galop depuis de

longues années, et leur analyse critique s'en ressent. Rien de tel pour le

Syndicat des propriétaires, qui a 1.700 adhérents, et qui défend les intérêts

des professionnels.

 

Pourquoi vous accuse-t-on de remettre en cause la croissance

des courses, la décentralisation ainsi que les grands équilibres de France

Galop ?

Nous avons critiqué une croissance précipitée et irréfléchie

du calendrier, et non pas du programme ! Rien à voir avec la croissance. Nous

n’avons fait que reprendre les avis d’une énorme majorité d’entraîneurs qui

insistent sur les difficultés qu’a provoquées le passage ultra rapide à un

calendrier qui comportera, en 2012, quatre réunions P.H.H. (ex-PMU) par jour !

Il nous semble que l’on devrait promouvoir, dans toutes nos régions, une

croissance concertée qui optimise les déplacements des chevaux et du personnel

des écuries. Notre discours, ce n’est donc pas “Non à la croissance” mais “Oui

à une croissance future” qui tienne compte des chevaux et des hommes. Nous

sommes pour un développement maîtrisé et concerté, à taille humaine, qui

facilite le travail des professionnels et qui ne fasse pas des courses un

produit trop banal et répétitif.

Quant à la décentralisation, que le Syndicat des

propriétaires a promue avec Jean-Luc Lagardère, il est superflu de dire que je

m’en félicite sans réserve. Simplement, j’ai été irrité du fait que cette

décentralisation ait été confisquée par une liste concurrente qui prétend

qu’elle est son “enfant” et que nous la critiquons. Tout cela est pure

contrevérité.

 

et les grands équilibres ?

Je mets au défi quiconque de trouver une parole ou un écrit

du Syndicat, ou de moi-même, à l’encontre de ces équilibres que nous

approuvons. Le 1/3 Obstacle – 2/3 Plat, c’est sacré ! De plus, j'aime

sportivement l'obstacle et Auteuil, et j'affirme haut et fort être un fervent

défenseur de cette discipline.

 

Quel objectif électoral vous êtes-vous fixé ?

Notre premier objectif est de convaincre le plus grand

nombre de la nécessité de notre plan de relance économique de la filière. Si

nous gagnons, ce ne sera pas à cause de notre notoriété mais grâce à nos idées

de relance et à notre détermination de les appliquer. Les représentants du

Syndicat doivent être les plus nombreux possibles à France Galop pour pousser à

l'adoption de nos réformes. Notre Syndicat est une organisation professionnelle

et non un parti politique qui présente des listes dans tous les collèges comme

le font nos opposants traditionnels. Le Syndicat despropriétaires, c'est une

seule liste dans un seul collège. J'ajouterai volontiers : une seule liste pour

sauver la filière professionnelle française, plat ou obstacle, Paris ou

province, sans distinction.

 

Vers quel candidat à la présidence de France Galop iront vos

voix ?

Nous soutiendrons sans réserve celui qui s'engagera à

réaliser notre programme en dix points. Nous nous déterminons pour des idées,

et non pour des individus ou des postures. Le Syndicat est une collectivité

responsable, elle est au service des propriétaires, et non à la remorque d'une

ambition personnelle.

 

 

« il nous semble que l’on devrait promouvoir, dans toutes

nos régions, une croissance concertée qui optimise les déplacements des chevaux

et du personnel des écuries. Notre discours, ce n’est donc pas “Non à la

croissance” mais “oui à une croissance future” qui tienne compte des chevaux et

des hommes. »