Arqana – bilan et perspective, eric hoyeau et olivier delloye :« le proprietaire doit etre le roi »

Autres informations / 15.12.2011

Arqana – bilan et perspective, eric hoyeau et olivier delloye :« le proprietaire doit etre le roi »

Le

président et le directeur d’Arqana évoquent, pour Jour de Galop, le bilan de

l’année 2011. Et donnent leur vision de l’élevage et des courses françaises.

Une interview détonante, en rupture avec beaucoup d’idées reçues.

JOUR DE

GALOP. – VOUS VENEZ DE COMMUNIQUER LES RESULTATS 2011 D’ARQANA. AU-DELA DE

L’ANALYSE BRUTE DES CHIFFRES, COMMENT SITUEZ-VOUS LA FRANCE DANS LE CONCERT

INTERNATIONAL DES VENTES DE CHEVAUX ?

Éric

Hoyeau et Olivier Delloye. – Notre activité est cyclique. Au milieu des années

2000, elle a connu une croissance importante en terme de volumes et de

naissances. Au moment de la crise de septembre 2007, les marchés ont subi une

dépression importante. En France, nous l’avons moins sentie, car notre vente

principale, celle d’août, s’est tenue juste avant la crise. L’année suivante,

notre modèle plus "amortisseur" que celui des Anglo-Saxons nous a

également permis de moins en sentir les conséquences. Depuis,  la Grande-Bretagne et l’Irlande ont réagi en

diminuant leurs naissances et en se séparant de leurs valeurs les plus faibles.

Cela n’a pas été le cas en France où l’ajustement de l’offre à la demande n’est

pas une priorité. Par ailleurs, faute d’un réinvestissement suffisant dans de

bonnes juments ces dernières années et d’une désaffection de certains

propriétaires français, notre marché, tout en demeurant solide, ne s’est sans

doute pas ressaisi de façon aussi dynamique qu’outre-Manche en 2011.

LE

MARCHE FRANÇAIS DES YEARLINGS A-T-IL BENEFICIE D’UN REPORT DES ELEVEURS ANGLAIS

OU IRLANDAIS SUITE A LA BAISSE QU’ONT CONNUE GOFFS OU TATTERSALLS ?

L’absence

de marché intérieur en Irlande a pesé sur l’offre de Goffs mais Tattersalls a

bien résisté. Ceux qui sont venus vendre à Arqana l’ont fait par confiance dans

le renouveau des ventes françaises, plus que par la fuite de leur marché naturel.

Mais pour cela, il a fallu les convaincre, et leur présence n’est jamais

gagnée. Le marché des yearlings est un marché d’offre. Compte tenu de

l’appauvrissement de l’offre française, nous sommes dépendants des bons

yearlings étrangers pour maintenir le niveau de nos ventes dans le peloton de

tête. Néanmoins, le développement de notre marché ne peut reposer uniquement

sur l’apport de chevaux étrangers. Notre principale préoccupation est de

recréer des conditions pour avoir un socle domestique fort, tant au niveau de

la demande que de l’offre.

POUR

REVENIR SUR LE PROBLEME DU MANQUE D’ACHETEURS FRANÇAIS DE YEARLING, QUELLES EN

SONT, SELON VOUS, LES CAUSES ?

Le

propriétaire prêt à investir dans un yearling n’est pas suffisamment rétribué

par le programme français. Admettons qu’il investisse entre 60.000 et 100.000 €

dans un yearling. Le cheval se révèle assez bon pour gagner une "B"

et un peu juste pour une Listed. Il n’a ensuite plus aucun programme, alors que

des chevaux d’un rating inférieur à 30 gagnent leur vie dans les handicaps

jusqu’à 7ans… Auparavant, il y avait un vrai marché pour ces chevaux, à

l’export, vers les États-Unis notamment, ou pour des acheteurs clés en main.

Mais le marché des chevaux à l’entraînement s’est atrophié. La valorisation de

nos chevaux à l’export est liée au rating de nos courses, à la perception qu’en

ont les acheteurs étrangers. On l’a vu lors des dernières ventes de décembre :

une pouliche gagnante de Groupe à 2ans en France se vend moins cher que la même

gagnante à Sandown ou Goodwood. Pourquoi ? Parce que la confiance des acheteurs

est plus forte dans les courses anglosaxonnes que dans les nôtres. Si notre

programme de courses s’atrophie, c’est la valeur de notre stock qui va baisser.

IL Y A

DONC SELON VOUS, UN VRAI PROBLEME DE PROGRAMME DE COURSES ?

Aujourd’hui,

le modèle français forme une pyramide. On veut une base solide, celle qui

assure la recette du PMU. Mais si l’on ne s’intéresse qu’à la base, à quoi vont

ressembler nos courses dans 5 ou 10 ans ? Pour caricaturer, elles réuniront à

90 % des chevaux en valeur inférieure à 35, entraînés par des personnes

propriétaires à 90 % de leurs effectifs…C’est pourquoi nous pensons qu’il faut

aussi considérer l’élite comme une vitrine capable d’accrocher de nouvelles

vocations. Ce sont les belles réunions qui font rêver et qui peuvent nous

ouvrir vers l’extérieur. La percée des socioprofessionnels aux dernières

élections est symptomatique des faiblesses du système actuel. Il faut réfléchir

à une juste répartition des allocations en fonction de la valeur sportive des

animaux. Étant donné le coût incompressible de l’entraînement d’un galopeur, il

me semble illusoire de considérer que l’on peut vivre du propriétariat, en tout

cas si l’on est déconnecté du commerce. Pour que les éleveurs et les

entraîneurs puissent vivre de leur activité, il fautdévelopper une clientèle de

propriétaires. Le vrai pivot, sur lequel toutes les attentions devraient se

porter, c’est le propriétaire. Sans lui, toute la filière court un risque de

paupérisation majeur. Le propriétaire doit être le roi. Il faut savoir le

fidéliser, nourrir sa passion, le satisfaire…À ce titre, le modèle anglais est

fascinant. Ils ont les pires allocations, mais la meilleure capacité à générer

de nouveaux propriétaires.

JUSTEMENT,

EST-CE, SELON VOUS, JUSTE UNE QUESTION CULTURELLE, COMME ON L’ENTEND SOUVENT ?

Il est

évident que deux côtés de la Manche, il existe une forte différence culturelle.

Mais elle n’explique pas tout. Les Britanniques ont cultivé cette différence.

Leurs courses sont ouvertes sur toutes les strates de la société. Les grands

meetings sont des événements sociaux et corporate. Ascot, par exemple, est la

meilleure des promotions pour les courses anglaises. En France, on fonctionne

en vase clos. Je pense au nouveau Longchamp. A-t-on réfléchi à ce qu’il doit

représenter, notamment pour les étrangers ? Veut-on y courir le jour, ou la

nuit ? Tous les jours, ou seulement le week-end ? Quel genre d’événements

veut-on y organiser ? Quelle population veut-on y attirer ?

L’AUTRE

FORCE DE LA GRANDE-BRETAGNE N’EST-ELLE PAS SA CULTURE DU COMMERCE ?

Il est

vrai que la culture du commerce est beaucoup plus forte que chez nous. Vu la

difficulté à rentabiliser un cheval de course, il existe un recyclage plus

important, pour faire tourner et réinvestir. Si bien que les acheteurs mondiaux

vont d’abord frapper à la porte anglaise quand ils cherchent un bon 2ans, par

exemple. Car le programme anglais offre de vraies alternatives.

HORMIS

LA QUESTION DU PROPRIETAIRE QUI, ON L’A BIEN COMPRIS, EST AU CENTRE DE VOS

PREOCCUPATIONS, QUEL EST SELON VOUS, L’AUTRE GRAND DEFI QUE L’INSTITUTION DOIT

RELEVER ?

Nous

devons avoir l’ambition de demeurer un grand pays de courses, et donc un grand

pays d’élevage. Cette question n’a pas beaucoup effleuré les personnes qui se

sont exprimées en période préélectorale. Notre sport est international, et la

concurrence se durcit. Nos grandes réunions doivent attirer les meilleurs

chevaux. On ne peut pas se réjouir des succès des chevaux français à l’étranger

et adopter dans le même temps des mesures protectionnistes et passéistes.

D’autre part, il faut encourager nos éleveurs à fabriquer de bons chevaux. Les

primes devraient un peu mieux récompenser la qualité produite sur le sol

français. Réserver la prime aux conçus me semble une excellente idée si l’on

veut accélérer le déclin de l’élevage français ! Les conséquences d’une telle

mesure sont d’une évidence totale. D’abord, une certaine catégorie d’éleveurs

irait s’installer ailleurs. Ensuite, comme le marché des yearlings est

fortement corrélé à la cote des étalons, si l’on ne devait présenter que des

produits issus d’étalons français, on se priverait d’une partie importante des

clients. Et in fine, le risque est l’appauvrissement de la jumenterie française,

donc, par répercussion, celui du parc étalon français.

QUELLE

SERAIT LA SOLUTION POUR AMELIORER NOTRE PARC ETALON ?

Prenons

l’exemple de Lawman. C’est un cheval qui n’avait que des performances en

France. Et pourtant, l’offre la plus consistante est venue d’Irlande. En

France, le nombre de juments qui auraient pu lui être adressées n’était pas

suffisant. Pour le lancer, il fallait 130 juments pour aller à la saillie d’un

étalon à 25.000 €. Pour avoir des étalons de haut niveau, la solution passe

d’abord par les juments. Il faut trouver les moyens d’encourager les éleveurs à

améliorer leur jumenterie. Trier d’abord, et ensuite investir dans la qualité.

Le système des primes a déjà attiré de bonnes poulinières sur notre sol et doit

permettre d’en fixer davantage dans les années qui viennent et ainsi enrichir

notre stock et faire vivre la filière. Si certains abus ont existé dans les

processus d’assimilation, c’est à la marge et il convient de trouver les bons

réglages, mais certainement pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

ARQANA

DOIT-IL PESER SUR LES CHOIX POLITIQUES DE L’INSTITUTION?

Dans la

campagne électorale, nous n’avons pas de rôle à jouer. En revanche, nous

attendons du futur président qu’il présente sa vision des courses dans 5 ou 10

ans. Nous sommes disponibles pour travailler au côté des acteurs de l’industrie

pour trouver de nouveaux investisseurs au sens large, et nous souhaitons être

associés à certaines réflexions et études. Notre connaissance du marché

international, le fait que nous voyageons beaucoup, que nous n’ayons pas qu’un

regard franco-français sur les courses et l’élevage,  nous permet d’avoir une analyse sur les

conséquences des décisions prises.