La grande interview, edouard de rothschild : « je veux defendre les courses françaises que nous aimons »

Autres informations / 17.12.2011

La grande interview, edouard de rothschild : « je veux defendre les courses françaises que nous aimons »

Voici le

dernier volet de la série consacrée par Jour de Galop à l’élection

présidentielle à France Galop, qui promet un vote serré lundi. Après Bertrand

Bélinguier et Jean d’Indy, la parole est à Édouard de Rothschild.

JOUR DE

GALOP. – L’ELECTION DU PRESIDENT DE FRANCE GALOP AURA LIEU LUNDI. A QUELQUES

HEURES DE CE VOTE, QUE PENSEZ-VOUS DE VOTRE CAMPAGNE ?

Édouard

de Rothschild : Votre question est inattendue pour moi car je n'ai pas fait de

campagne, au sens traditionnel du terme. Bien sûr, j'ai rencontré beaucoup de

personnes et beaucoup échangé d’idées… C’est ce que l’on attend d’un Président

qui se représente, non ? Comme vous le savez, je suis un homme de conviction,

mais je forge mes convictions après avoir échangé avec les utilisateurs et/ou

les spécialistes des diverses questions. Faire campagne, c'est vouloir

convaincre. J’aime dialoguer et débattre avec les gens, tisser un lien. Après,

les idées et les opinions coulent d'elles-mêmes. De toute façon, un véritable

dirigeant, c'est quelqu'un qui arbitre après s'être forgé une opinion, à

distance du problème. Être trop le nez dans le guidon sur le terrain, dans la

proximité, en n’écoutant toujours que les mêmes avis, peut fausser le jugement.

Il faut être capable de trancher à bon escient.

ET SUR

LA CAMPAGNE ELLE-MEME? VUES DE L’EXTERIEUR, LES DERNIERES SEMAINES ONT SEMBLE

TENDUES…

Les

courses forment un petit monde propice aux rumeurs. On me prête des opinions ou

des déclarations que je n'ai jamais tenues. La plus méprisante a circulé

récemment : j'aurais acheté des électeurs. L'inventeur de cette triste fable

semble tenir en haute estime le Comité de France Galop : croyez-vous que

certains membres sont corruptibles ? C'est non seulement une insinuation

ignoble, mais je suis certain du contraire. Cela est si éloigné de mon éthique

personnelle. Selon le principe qui veut que chacun part de lui-même pour

analyser les autres, cela en dit long sur mes détracteurs : il faut s’inquiéter

de ces procédés de diabolisation et de ce qu’ils révèlent : la quête du pouvoir

doit avoir des limites. La Présidence de France Galop ne doit pas être un

objectif de plein pouvoir, mais une position de devoirs envers la filière et de

droit à réunir les sensibilités et les horizons pour construire ensemble

l’avenir du Galop.

POURQUOI

AVEZ-VOUS CHOISI DE VOUS REPRESENTER ?

En

premier lieu, j'ai réfléchi, car s’incruster dans une fonction élective est

parfois dangereux pour l’institution concernée, mais aussi pour soi-même. Puis,

au printemps de cette année, j'ai décidé de me représenter. Je me sentais au

milieu du gué et l'idée de ne pas poursuivre ma tâche avait un goût d’inachevé.

Je suis un homme de devoir. Les chantiers en cours me sont chers et

indispensables à l’avenir de tous : il y aurait eu une forme de lâcheté à

déserter France Galop avant d’avoir finalisé l’essentiel. L'extraordinaire

précarité économique de la filière professionnelle m’interdit d’abandonner le

navire. J'ai rencontré de nombreux entraîneurs et éleveurs propriétaires qui

m'ont fait part de leurs difficultés croissantes et de celles des

professionnels en général. Le constat de la réalité de la situation de la

filière et du paradoxe entre des courses florissantes et des professionnels

exsangues m’apparaît comme inacceptable. C'est pour cela que la relance massive

et plurielle de la filière professionnelle est devenue une priorité, afin de

dépasser cette contradiction qui s’est amplifiée au cours des dernières années.

France Galop doit se rapprocher de l’incontournable réalité du terrain. Après

voir mis en lumière le péril qui frappe nos acteurs, je veux réparer les

défaillances de notre système pour installer un fonctionnement viable et

générateur de valeur ajoutée à tous les niveaux.

C’EST

VOTRE MANIERE DE DIRIGER ?

Peut-être.

Reprenez toutes mes décisions et actions depuis ma première élection à la

Présidence de France Galop : j’ai toujours respecté les équilibres et je n’ai

jamais privilégié les intérêts de tel ou tel clan. Je ne suis le leader

d’aucune formation politique et je ne suis le représentant d’aucune mouvance

idéologique. Pour moi, le Président de France Galop doit se tenir au-dessus des

partis et des polémiques.  Il faut

entendre tout le monde et juger objectivement la crédibilité d'une demande ou

d'une initiative suggérée. Être impartial et efficace, c'est se tenir en léger

retrait des rapports de forces et se prononcer au nom de l'intérêt général du

Galop et des courses.

QUEL

REGARD PORTEZ-VOUS SUR VOTRE BILAN ?

Les

allocations auront progressé de 60 %. Cette année encore, au vu des résultats

exceptionnels engrangés par le PMU et Philippe Germond, permettant de reverser

870 millions d’euros aux sociétés mères, nous avons pu proposer au Conseil

d’administration, qui a accepté, d’affecter l’intégralité du résultat net, soit

37 millions d’euros, aux allocations. Cet effort exceptionnel se traduira dès

2012 par une progression que j’ai souhaitée aujourd’hui à hauteur de 5 %. Cela

nous permet de procéder à une distribution harmonieuse tenant compte du

nécessaire rééquilibrage des catégories "en retard d’augmentation".

La forte progression de l’offre a permis aux paris hippiques de préserver leur

vigueur et leur dynamisme. En dix ans, la physionomie du "Galop

français" s’est transformée, jusqu’à proposer aujourd’hui 365 jours de

courses et trois réunions quotidiennes organisées partout en France, permettant

ainsi l'enracinement dans l’ensemble du territoire. De 2004 à aujourd’hui, le

nombre de réunions de galop sera passé de 357 à 558, dont la quasi-totalité au

profit des hippodromes régionaux. Croissance qui arrive clairement à son terme

aujourd'hui, et ce sera l'enjeu des élections que de définir un nouveau modèle,

dont l'expansion sera sans doute tournée vers l'international. Bref, nous avons

encore fait des tas de choses, comme la signature des baux d'Auteuil et de

Longchamp et le fait d'avoir trouvé de nouveaux sponsors prestigieux. Nous

sommes sortis victorieux du défi de l'ouverture des paris en ligne, avec

Philippe Germond, que le Président du Trot et moi-même avons choisi. Mais si ce

bilan est satisfaisant, le plus important aujourd’hui est qu’il serve à

rétablir les équilibres et à consolider nos capacités : à la fois préserver et

développer une clientèle fiable sérieuse et passionnée et produire un spectacle

sportif de haut niveau, stable de la base au sommet. C’est sur la capacité à

affronter l'avenir tumultueux du Galop pour instaurer un équilibre constructif

que le Comité devra se prononcer.

LA

QUESTION INTERNATIONALE A ETE UN DES ELEMENTS CLES DU DEBAT POLITIQUE,

NOTAMMENT SUR LE CAS DES FR ET DES ASSIMILES. ETES-VOUS FAVORABLE A UN

RENFORCEMENT DU PROTECTIONNISME ?

Je fais

partie des dirigeants pragmatiques qui pensent qu'un protectionnisme astucieux

et choisi peut aider momentanément des entités économiques en difficulté. Mais

dans notre monde hippique, le pur-sang est un animal mondial depuis deux

siècles, l'élevage européen est une réalité forte et la compétition hippique

est totalement ouverte à l'échelle européenne, à quelques restrictions près.

Vous savez, comme moi, que Godolphin Arabian, le père de tous les pur-sang, a

fait la monte en Angleterre… après avoir été offert à la France par le Bey de

Tunis et avoir servi comme cheval de fiacre à Paris ! C’est un symbole fort qui

reste d’actualité aujourd’hui. Essayons donc de ne pas perturber une si belle

tradition. Jamais je ne renoncerai à la place de la France hippique dans le

monde. On ne peut pas à la fois être fier de nos succès à l’étranger et refuser

de demeurer dans une attitude d’échange constructif avec nos voisins.

LA

GOUVERNANCE EST UN AUTRE SUJET IMPORTANT, DONT IL A ETE BEAUCOUP QUESTION AU

DEBUT DE LA CAMPAGNE. SI VOUS ETES REELU, CHANGEREZ-VOUS CERTAINS CIRCUITS DE

DECISIONS AU SEIN DE FRANCE GALOP ?

L'enjeu

est celui d'un positionnement institutionnel. Est-ce que France Galop est une

administration ou une société de services ? Après quelques années dans la

maison, je continue de penser que France Galop doit être les deux, pour que le

client-roi reste et demeure le propriétaire, l’entraîneur, l’éleveur et le

jockey. Je souhaite y introduire une culture du résultat et de la

responsabilité de chacun, à tous les étages de la société-mère. Quant aux

circuits de décisions, là aussi je souhaite une évolution qui redonne du

pouvoir aux administrateurs ainsi qu'aux animateurs des Conseils et Commissions.

En particulier, comme je l'avais annoncé dès le Comité de juin, je compte

créer, si je suis élu, le Conseil économique et social du Galop. Une nouvelle

instance centrale qui fait réellement défaut et qui devrait nous permettre de

prendre les bonnes décisions concernant l'avenir de la filière professionnelle.

QUE

REPONDEZ-VOUS A CEUX QUI VOUS ACCUSENT D’ETRE TROP TRANCHANT ?

Pendant

huit ans, j’ai effectivement pris des décisions. J’ai construit une relation

forte avec nos partenaires essentiels que sont le Cheval Français et le PMU. Et

les bons résultats sont là. Qui remettrait aujourd’hui en cause le recrutement

de Philippe Germond ? Qui se plaindrait aujourd’hui du formidable service

offert par Equidia (I et II) ? Personne. Il y a de nombreux exemples : ainsi la

maîtrise de l’ouverture du marché des jeux en ligne, qui paniquait nos

observateurs "avertis". Nous nous sommes investis pendant de longs

mois pour obtenir une belle réussite. Soyons clairs, le protocole, pour moi,

est immuable. D'abord le dialogue, la concertation puis, quand la décision est

collégialement arrêtée, je m'y tiens, au nom de France Galop. Dans cette

dernière phase, je fais tout pour l'imposer, car rien n'est pire qu'un exécutif

faible qui vacille au moment de traduire dans la réalité les décisions prises

ensemble. France Galop, qui relève du régime associatif, ne peut se satisfaire

de présidents trop conciliants. Regardez ceux qui ont marqué l'évolution de nos

courses, Marcel Boussac, Jean-Luc Lagardère : de vrais décideurs qui

n'hésitaient pas à trancher. J’essaie clairement de m’en inspirer.

UN

REGRET AVANT CETTE ELECTION ?

Oui !

L'absence d’un débat entre les candidats. Je l'ai publiquement demandé et mes

adversaires, sans doute pour de bonnes raisons, l'ont enterré. C'est dommage

pour le Galop français, car tous les membres du Comité, qu’ils soient cooptés

ou socioprofessionnels, sont des grands électeurs qui représentent tous les

acteurs du Galop. Le principe d’un débat n’est pas le déballage, mais un

dialogue qui appartient à tous. C’est très différent d’une succession de

monologues publiés dans la presse, sans aucune contradiction. Le risque est

qu’un certain nombre de membres du nouveau Comité se prononcent à partir

d’images qui circulent sur les uns et les autres ; qu’ils votent pour des

silhouettes incertaines, des postures que peuvent prendre les uns ou les

autres, des "mirages". Est-ce véritablement responsable envers ceux

que nous représentons ? J’aurais souhaité un débat, avec objectivité et

transparence, pour faire apparaître les différences sur nos choix, et surtout

sur nos tempéraments qui sont très différents. En effet, un Président, c'est

avant tout un tempérament, un caractère, une volonté. Bref une substance, du

contenu et non une image. Un bon débat aurait révélé tout cela !