La grande interview ; jean d’indy : « en periode de crise, france galop doit montrer l’exemple »

Autres informations / 13.12.2011

La grande interview ; jean d’indy : « en periode de crise, france galop doit montrer l’exemple »

Après

Bertrand Bélinguier, la semaine dernière, c’est au tour de Jean d’Indy de

s’exprimer dans le cadre de l’élection à la présidence de France Galop, en attendant

la prise de parole d’Édouard de Rothschild en fin de semaine.

JOUR DE

GALOP.– A MOINS D’UNE SEMAINE DU SCRUTIN, DANS QUEL ETAT D’ESPRIT ETES-VOUS ?

Jean

d’Indy.– D’abord, je suis plein d’enthousiasme. J’ai dialogué directement avec

le plus possible des cinquante électeurs. Et ceux que je n’ai pas rencontrés,

je leur ai envoyé mon programme, que j’ai imprimé en livret. Les débats ont

parfois été longs, mais j’ai appris énormément de choses. J’ai entendu beaucoup

de propositions utiles, de revendications légitimes et cela m’a aussi amené à

remettre en cause certaines de mes propres certitudes.

QUELLE

EST LA PREMIERE MESURE QUE VOUS PRENDREZ SI VOUS ETES ELU LE 19 DECEMBRE ?

Je ne

crois pas à l’idée d’une "première mesure décisive". Pour moi, c’est

un effet de communication alors que le programme du président de France Galop

doit former un tout. Je n’ai qu’une priorité : mettre en place au cours des

quatre ans à venir les instruments de la croissance sans lesquels les courses

risquent de s’effondrer. Et quand nous aurons validé les moyens de garantir la

croissance, nous étudierons la répartition de ses fruits. Tout le reste de mon

programme est au service de cet objectif de croissance. 

LE

RESULTAT DES ELECTIONS SOCIOPROFESSIONNELLES A REVELE LES INQUIETUDES DE NOTRE

UNIVERS ? ENTENDEZ-VOUS

CES

ANGOISSES ?

Tout le

monde fait le même constat : d’une part, les circuits financiers des courses

vont bien ; d’autre part, les acteurs des courses vont mal. L’angoisse est

légitime et le résultat de l’élection était prévisible. Mais dresser ce

diagnostic ne suffit pas. Il faut apporter des réponses. Je veux travailler sur

des mécanismes de concertation et de solidarité pour étudier tous ensemble des

solutions. De mon côté, je n’ai pas voulu me limiter à un diagnostic. J’ai

construit une série de propositions concrètes rassemblées dans mon document de

campagne écrit.

POUVEZ-VOUS

NOUS EN DONNER QUELQUES EXEMPLES ?

À partir

de 2014, le calendrier national sera quasiment rempli. Il ne sera pas possible

de continuer  croître simplement avec des

courses françaises. C’est pourquoi nous devons mettre sur pied une politique de

développement international.  Pas

seulement en prenant des paris sur des épreuves étrangères, mais aussi en proposant

aux parieurs étrangers de parier sur nos courses. Le PMU a su le faire avec les

Belges et les Suisses. Il faut aussi être offensif avec les Espagnols, les

Italiens, les Allemands… Un autre exemple de développement des ressources,

c’est de cesser de prendre les autres opérateurs que le PMU pour des

prédateurs, et étudier avec eux les modalités de croissance de notre chiffre

d’affaires. Cela passe évidemment par un préalable qui est la mise en place

effective de la taxe affectée. Mais j’ai bon espoir que nous puissions aboutir

au premier semestre 2012.

FAUT-IL

REFORMER FRANCE GALOP ?

En

période de crise, il faut montrer l’exemple. Je vais proposer, d’une part, un

plan d’économie qui permettra de gagner au minimum 2 millions d’euros en deux

ans… et sans doute plus encore. D’autre part, France Galop a besoin d’une

gestion plus serrée, qui prévoira par exemple de remettre sous appel d’offres

les plus importantes prestations achetées par France Galop (entretien des

sites, sécurité, restauration, images, etc.). Dans le même esprit, je souhaite

que France Galop nomme officiellement un représentant dans toutes les

structures qui bénéficient de ses importantes subsides. Je pense par exemple

aux grandes sociétés de courses, ou encore au Club des gentlemen-riders, à

l’ACCAF, à la Ligue de protection du cheval… Ce n’est pas une mise sous tutelle

mais une recherche d’efficacité. Je connais bien France Galop de l’intérieur et

j’ai quelques idées pour la réorganiser. Mais avant de vous annoncer des

mesures précises, je souhaite en parler avec les directeurs concernés.

ET SUR

LA GOUVERNANCE ? BEAUCOUP DE VOIX SE SONT FAIT ENTENDRE POUR CRITIQUER LE PEU

DE POUVOIR REEL DU COMITE…

Il faut

que les membres du Comité cessent de se sentir trop souvent inutiles. Je veux

partager avec eux, leur confier des missions précises où ils pourront

travailler seuls ou par petits groupes de deux ou trois. Les commissions

étaient des espaces d’échange intéressants mais nous étions trop nombreux

autour de la table pour avancer véritablement. C’est pourquoi je privilégie une

logique de "mission" à mon avis plus efficace. Toujours au sujet du

Comité, nous devons obtenir de l’État une légère modification du décret pour

autoriser les sociétés-mères – au moins France Galop – à compter entre 50 et 60

membres votants au sein du Comité. Cet ajout de dix membres permettra de faire

entrer plus de représentants des régions et de casser l’opposition entre élus

et cooptés grâce à la naissance d’un troisième pôle : celui des régions.  Concernant le conseil d’administration, il

faut rétablir le droit et le devoir de voter, pour remobiliser tous ses

membres. Ces dernières années, la règle du consensus prévalait dans la prise de

décisions. Moi, je veux que les gens votent et que leur vote soit connu. Je

veux que chacun s’engage, et clairement. Enfin, j’aimerais que la commission

des régions, qui existe dans les faits, existe aussi dans les statuts, aux

côtés des conseils du plat et de l’obstacle.

LE

MANQUE DE PROPRIETAIRES-INVESTISSEURS A ETE AU CENTRE DE LA CAMPAGNE. QUELLE

EST VOTRE POSITION SUR CE SUJET ?

Il n’y a

plus assez de propriétaires acceptant les déficits d’exploitation comme

autrefois. Plus assez de propriétaires amateurs. Je voudrais que le département

propriétaires –qui a fait du bon travail ces dernières années –passe à la

vitesse supérieure et puisse aller au-delà du travail sur la convivialité. Je

lance une idée : pourquoi ne pas offrir le premier mois de pension à un

propriétaire débutant ?

ÇA,

C’EST DU MARKETING.

Simple

mais efficace. Et des idées simples, je suis convaincu que beaucoup d’entre

nous pouvons en développer Une nouvelle ère arrive. Nous ne pouvons pas

reproduire chaque année ce qui a été fait l’année précédente. Il va falloir

être audacieux, inventif. Il faut agir. C’est pour cela que je me présente.

PENSEZ-VOUS,

COMME LA PLUPART DES LISTES LORS DES ELECTIONS PROFESSIONNELLES, QU’IL FAILLE

AUGMENTER LES ALLOCATIONS ?

Sur les

allocations, j’ai deux principes. Le premier, c’est que les allocations sont un

système pyramidal. Le sommet est essentiel et c’est la vocation des courses de

sélectionner les meilleurs chevaux, qui constituent le sommet de la pyramide.

Mais il n’y a pas de sommet sans base. C’est pourquoi je propose de solidifier

d’abord la base pour mieux renforcer le haut. Mon second principe, c’est que la

hausse des allocations doit être une répartition intelligente de sommes

nouvelles. Il faut raisonner en termes de croissance, pas de régression. Il est

donc hors de question, comme je l’ai entendu, de déshabiller Paul pour habiller

Pierre. De retirer aux 4ans et plus pour donner aux 2ans, de retirer à

l’obstacle pour donner au plat, etc. Qu’on ne s’y trompe pas : je ne suis pas

favorable à un saupoudrage inutile. Il faut répartir les fruits de la

croissance intelligemment et sur la base d’un plan de quatre années (la durée

de la mandature).

ET SUR

LE DEBAT ENTRE "FR", ASSIMILES, CONÇUS, ETC. ?

Je

souhaite revenir à une notion restrictive des "FR". Encore une fois,

mon but n’est pas de punir. Donc, d’une part, on ne doit pas empêcher les

éleveurs d’aller chercher des courants de sang à l’étranger mais, d’autre part,

nous ne sommes pas non plus obligés de les subventionner ! Je souhaite saisir

rapidement les instances de France Galop sur ce point.

QUEL EST

VOTRE MESSAGE A DESTINATION DES ENTRAINEURS?

Le point

d’entrée et le coach du propriétaire, c’est l’entraîneur, très naturellement.

C’est sur lui qu’il faut s’appuyer pour la recherche de nouveaux propriétaires.

Or certains entraîneurs se trouvent dans une situation financière telle, qu’il

leur est difficile de se consacrer à la recherche de nouveaux clients. Je

souhaite que nous organisions un "Grenelle des propriétaires et des

entraîneurs", pour évoquer tous les sujets qui fâchent. Sans tabou. Les

sujets ne manquent pas : prix des pensions, impayés, conditions de travail du

personnel…Sur beaucoup de ces sujets-là, France Galop n’est pas le décideur

mais doit être un "facilitateur" du dialogue. La même attitude doit

être appliquée pour mieux organiser le débat entre l’association des jockeys et

les associations représentatives des propriétaires.

SI VOUS

ETES ELU, AVEC QUI GOUVERNEREZ-VOUS ?

La

composition du conseil d’administration tiendra naturellement compte du

résultat des élections. Je souhaite appliquer la tradition initiée par Jean-Luc

Lagardère : je proposerai les postes réservés aux "sociopros" aux

leaders des listes arrivées en tête dans les différents collèges. Et, pour les

catégories qui n’ont qu’un siège au conseil d’administration, je le proposerai

au leader de la liste arrivée en tête. C’est le cas des entraîneurs. Mon autre

engagement, c’est de ne pas gouverner uniquement avec ceux qui m’ont soutenu

pendant cette campagne. Typiquement, je ne donnerai ni la vice-présidence du

plat ni celle de l’obstacle à un élu des "P.P.". Par le choix de mes

vice-présidents, je prouverai ma volonté d’ouverture.