Philippe barbe : « seraphin etait un bon cheval qui s’est transforme en champion »

Autres informations / 05.01.2012

Philippe barbe : « seraphin etait un bon cheval qui s’est transforme en champion »

Alors

que le Carnaval de Dubaï s’ouvre ce jeudi, retour sur l’une des belles

histoires de la saison 2010 2011 avec la réussite de Séraphin du paon et de son

entraîneur français Philippe Barbé. Avec son champion, ce dernier a remporté

The President’s Cup et la Dubai Kahayla Classic (Gr1 PA). Portrait d’un

entraîneur globe-trotter un peu touche à tout.

UN

SERIEUX APPRENTISSAGE

« J’ai

commencé comme cavalier dans le concours complet avant de travailler avec des

marchands de chevaux, de faire un peu de commerce. Plein de choses différentes.

Je ne suis entré dans les courses qu’en 1976, comme stagiaire chez Jean Couétil

où j’ai beaucoup appris. Après un stage d’un an chez Robert Collet, je suis

parti en Angleterre chez Peter Walwyn, (lauréat du Derby d’Epsom avec Grundy en

1975), puis direction les USA et le regretté Bobby Frankel. Les méthodes

d’entraînement changeaient totalement, 

c’était très dur. Je n’ai finalement pris ma licence en France qu’en

1984. »

DES

PREMIERS RESULTATS

« J’ai

eu de bons chevaux. Le premier que j’ai acheté, Apeldoorn, a gagné le Prix du

Muguet (Gr3) en 1986 et a même couru aux États-Unis. Près du sang, il était

caractériel mais je l’ai bien vendu. Cela m’a permis d’acquérir aiglefin, un

bon cheval, 4e des 2.000 Guinées (Gr1) remporté par Doyoun à Newmarket le 30

avril 1988, avant Welkin, gagnant du Prix La Force (Gr3) puis troisième du

Grand Prix de Paris (Gr1). J’ai pourtant arrêté d’entraîner après un moment de

creux, faisant un peu de courtage. »

LE

DEPART VERS DE NOUVEAUX HORIZONS

« Je

suis parti en Chine dans les années 1990. Cela a duré cinq ans. Le projet était

intéressant même si les paris n’ont pas été autorisés par le gouvernement.

C’est dommage car j’aimais bien la vie là-bas. Il y avait 1.200 chevaux à

l’entraînement, 500 juments, 23 étalons… Puis, direction l’Iran (où l’on peut

jouer !) pour le compte d’un grand propriétaire avant la Tunisie, où j’ai

remporté de belles courses. Je suis arrivé dans le Golfe Persique en 2009, pour

le compte de la Cavalerie Royale du Sultanat d’Oman. J’ai gagné trois courses

aux Émirats pour eux cette saison-là, cela ne leur était jamais arrivé ! Hélas,

on ne peut rester à plus de 60 ans. Il y avait une place vacante à Al Asayl

Stables (l’écurie du président des Émirats Arabes Unis, située dans un centre

privé non loin d’Abu Dhabi) et j’ai été pris de suite. C’est là que j’ai croisé

la route de Séraphin du Paon. »

FAÇONNAGE

D’UN CHAMPION

«

"Séraphin" n’a pas été élevé par le Cheikh Khalifa bin Sultan Al

Nahyan mais en France, au haras du Paon, par Sergio Raffaello. Il avait gagné

le Derby des Émirats pour ses débuts ici, c’était le 14 février 2010. Ils

avaient dû le laisser tranquille à cause de ses tendons, mais ils serraient

trop les bandages ! Je suis arrivé en juin et je l’ai repris. Il galopait

beaucoup du genou, avait une mauvaise bouche. Il n’était pas méchant, mais

difficile à entraîner. Il a fini très vite dans la préparatoire au President’s

Cup (2e). Quand on a trouvé les bons "boutons", il les a tous transpercés

le jour "J" puis a fait de même dans la Kahayla Classic où il a battu

les meilleurs Arabes comme No Risk Al Maury. Les seuls qu’il n’a pu affronter

sont les chevaux du Qatar, mais j’ai vu le "World Cup" à Longchamp et

je pense qu’il n’aurait pas été loin du compte. Le profil de la piste lui

aurait plu. Son entourage n’a pas voulu l’emmener à Paris car ils ont eu une

mauvaise expérience en 2009 avec Fryvolous (8e). J’ai arrêté d’entraîner pour

eux pour des raisons extra-sportives. Cela devenait trop difficile. C’est une

belle écurie. »

LE

TRAVAIL D’UN PUR-SANG ARABE

« Mon

expérience du pur-sang arabe date de mon arrivée en Tunisie. Je n’avais pas

entraîné de tels chevaux auparavant. On m’avait dit : « Attention, les chevaux

arabes, il ne faut pas trop les travailler ». C’est vrai pour un certain nombre

d’entre eux car ils sont conçus pour courir longtemps mais pas vite. Le cheval

arabe a un centre de gravité différent du pur-sang qui va d’avant en arrière

avec une grande amplitude. Plus compact, il doit donc faire plus de foulées

pour couvrir la même distance qu’un pur-sang. C’est plus compliqué pour lui. À

mon avis, il faut donc les travailler plus mais bien respecter les temps de

récupération. Et cela, c’est essentiel ! Sinon, il part "en limonade".

Pour s’en rendre compte, il faut les filmer sur un marcheur. C’est flagrant. Le

cheval arabe est coupé en deux, il porte la tête haute, la queue en l’air. Il

faut travailler sur les flexions pour qu’il libère son garrot et qu’il ait un

maximum d’amplitude. C’est ainsi que j’ai eu des résultats. »