La grande interview, daniel augereau : « nous devons tous nous asseoir autour d’une table »

Autres informations / 09.02.2012

La grande interview, daniel augereau : « nous devons tous nous asseoir autour d’une table »

L’auteur

du rapport remis lundi au Premier ministre a accordé à JDG une première longue

interview. Mercredi matin, les deux présidents des sociétés-mères avaient réuni

leurs élus pour publier une motion, demandant notamment à être reçus par le

Premier ministre [lire ci-dessous]. Puis, en fin de journée, ils se sont

exprimés longuement sur le plateau d’Equidia : une émission à regarder sur

equidiawatch en cliquant ici : http://www.equidiawatch.fr

JOUR DE

GALOP. – LUNDI, ON ATTENDAIT UN LONG RAPPORT, BIEN "COSTAUD", ET ON A

DECOUVERT SIX PAGES SEULEMENT… EST-CE BIEN LE RAPPORT QUE VOUS AVEZ REMIS A

FRANÇOIS FILLON ?

Daniel

Augereau. – Non, regardez la photo sur le site Internet du Premier ministre. On

voit que le rapport fait une centaine de pages. Le document de six pages qui a

été publié, c’est une synthèse que je qualifierais d’assez "cool",

présentée pour rappeler un certain nombre de décisions impératives à prendre

avec le concours de l’État.

VOUS

PARLEZ IMMEDIATEMENT DE L’ETAT. VOULEZ-VOUS PLUS D’ETAT DANS LES COURSES ?

J’ai

senti, au cours des auditions des soixante-et-onze personnes que nous avons

rencontrées, la nécessité que l’État retrouve sa place au sein de la filière

courses. Mais il n’y a rien de nouveau de ce point de vue : les courses sont

sous la tutelle de l’État, ne l’oublions pas. Son intervention, dans les mois à

venir, sera marquée par la création d’un comité stratégique. Partant d’un état

des lieux bien dressé dans le rapport, ce Comité devra prendre les bonnes

décisions pour aider la filière à mener une réflexion sur les limites du

système actuel. Il rassemblera les trois présidents de l’Institution, un

représentant du ministère de l’Agriculture, un du Budget, le contrôleur d’État

et moi-même, en tant que personnalité qualifiée.

QUAND CE

COMITE SE REUNIRA-T-IL POUR LA PREMIERE FOIS ?

Ce

Comité va être installé par le Premier ministre. Cela va certainement aller

très vite. Surtout s’il y a une confusion sur l’objet de ce rapport…

A

L’HEURE QU’IL EST, QUI A EU ACCES AU RAPPORT, A PART LES SERVICES DU PREMIER

MINISTRE ?

Personne

ne l’a. Les trois présidents ne l’ont pas. Ils ont une synthèse validée lundi

par le Premier ministre, validation confirmée par l’envoi d’un communiqué de

presse.

VOTRE

RAPPORT SEMBLE SUSCITER QUELQUES INTERROGATIONS.  CELA VOUS ETONNE-T-IL ?

Je

comprends que l’on s’interroge. Mais, pour ma part, dans le cadre de la mission

qui m’a été confiée, je n’ai fait que demander un certain nombre d’audits et

études nécessaires pour bâtir des perspectives. Et sur la synthèse publiée

lundi, je ne vois pas ce que l’on peut contester. J’ai fait des propositions.

C’est

tout.

QUELLES

SONT-ELLES ?

Je ne

peux pas vous en parler dans le détail, car j’ai accepté le principe d’en

réserver la primeur au futur Comité. Ce que je peux simplement vous confier,

c’est ce que le rapport a constaté. D’une part, nous avons un pari mutuel en

plein développement, une très belle société extrêmement performante – le PMU –,

une vraie entreprise du XXIe siècle, qui va chercher de la croissance, par

l’innovation, la densification, même si on arrive aussi à une certaine limite

au niveau du jeu…Et d’autre part, des sociétés-mères qui doivent gérer des

chaînes de valeur. Trouver des propriétaires qui investissent. Des

"sociopros" à gérer, de l’élevage à l’entraînement.

VOUS-MEME

LOUEZ LE MODELE FRANÇAIS DANS VOTRE SYNTHESE…

Oui,

nous avons un très beau modèle, mais nous ne pouvons pas continuer à progresser

à deux vitesses. Il y a un ensemble de choses à mettre sur la table. Je crois

qu’il faut remettre à plat le fonctionnement pour étudier les mesures qui

permettront que le développement se poursuive dans des conditions acceptables

pour tous les acteurs. Nous avons besoin d’une vision qui s’installe, avec des

éléments prospectifs pour internationaliser notre modèle. Pas seulement le

modèle du PMU mais l’ensemble de notre modèle. Sinon, nous aurons des

difficultés pour continuer à l’alimenter. Et je n’évoque pas d’autres

questions, comme le maintien de la taxe affectée. Pour tout cela, il nous faut

des business plans à trois, cinq et dix ans. Pour établir le business plan, et

tenir compte des nuages qui s’amoncellent – par exemple le jeu qui plafonne –,

il faut se mettre autour d’une table, regarder tout cela. Nous avons besoin

d’éléments fiables pour faire des projections solides. Des évolutions doivent

avoir lieu. 

AVEZ-VOUS

DES EXEMPLES A NOUS DONNER ?

Des

mécontentements ont commencé à poindre chez une certain nombre de

socioprofessionnels : des difficultés pour payer la M.S.A., des arrangements

sur des pensions low cost…Et, surtout, ce qui a attiré l’attention du Premier

ministre et deux ministères : une organisation qui repose sur des bénévoles qui

doivent endosser des responsabilités de plus en plus lourdes – notamment

pénales – pour pouvoir fournir plus de 50 % des courses. Le tout sans

énormément être entendues. Là aussi, il y a des choses à revoir. Mais le modèle

français a toujours reposé sur cet équilibre entre professionnalisme et

bénévolat ! Aujourd’hui, le décret de 1997 est complètement sorti de ce qu’il

définissait en matière d’orientations de l’organisation des courses. Par

exemple, une grande partie des missions de la Fédération ont été reprises par

les sociétés-mères. Je propose que cela soit revu, même si je sais que cela ne

plait pas. J’ai aussi proposé que les sociétés de province soient beaucoup plus

représentées, que les bénévoles soient plus entendus.  Évidemment, cela implique une petite remise

en cause. Mais il faudra en passer par là.

 

LES

PRÉSIDENTS DE FRANCE GALOP ET DE LA SECF DEMANDENT AUDIENCE À FRANÇOIS FILLON

Les deux

sociétés mères ont pris connaissance du communiqué du Premier ministre relatif

au rapport Augereau. Elles approuvent la nécessité de mener une réflexion

stratégique sur l’avenir du financement de la filière hippique, comme elles

l’ont fait depuis quinze ans dans le cadre d’une relation confiante avec

l’État. L’ensemble des acteurs des courses au sein et sous l’égide des sociétés

mères a assuré la croissance du secteur et assumé ainsi sa responsabilité

vis-à-vis de la filière hippique créatrice d’emplois, aujourd’hui encore,

particulièrement en zone rurale. Cependant, les sociétés mères expriment leur

préoccupation de voir que le dispositif devant permettre un juste retour

financier à la filière, tel que prévu par la loi de mai 2010, n’est toujours

pas entré en vigueur. Dans ce contexte et au préalable, les présidents des

sociétés mères demandent à être reçus par le Premier ministre.