Observations par guy barsi

Autres informations / 16.02.2012

Observations par guy barsi

 « Tout au long de la campagne électorale qui

vient de se dérouler et encore à l’heure actuelle, on a vu de nombreuses

personnes, socioprofessionnelles pour la plupart, s’exprimant au nom des

propriétaires, indiquer qu’on en manquait, préciser doctement en leur lieu et

place, ce que ceux-ci pensent, ce qu’ils aiment, donner leur avis sur ce qu’il

faudrait faire pour en recruter d’autres. Même le syndicat qui porte leur nom

s’est beaucoup exprimé sur la gouvernance souhaitée de France Galop et du rôle

que ses représentants devraient y jouer, mais ne semble pas avoir davantage

consulté ses membres, ni mentionné leurs motivations profondes. Permettez donc

à l’un d’entre eux de s’exprimer. Il est symptomatique que depuis que je suis

devenu un sujet de France Galop, ni moi ni les propriétaires en général,

n’aient fait l’objet d’une enquête approfondie de satisfaction. On parle pour

les propriétaires mais on ne les connaît pas. 

On aimerait faire l’honneur à de nombreux candidats qui n’existent pas,

d’être admis dans cette classe mais l’on se limite à s’étonner que l’on ne se

rue pas sur ce privilège annoncé. Je suis né, il y a pas mal d’années, dans une

propriété d’élevage de vaches limousines, au coeur du Limousin, tout à côté de

Pompadour, de son haras et de son hippodrome. Il y avait bien sûr des

poulinières et des chevaux au milieu des vaches, j’ai pu satisfaire mes

premiers pas de cavalier et acquérir le goût des courses. Je l’aurais poussé

beaucoup plus loin mais était venu l’âge des études puis celui d’une carrière

professionnelle d’avocat qui m’a, entre autre, beaucoup amené à voyager et à

travailler à l’étranger. Je n’ai jamais été très loin des chevaux et des

courses, y compris dans les pays où je travaillais, et à une époque de ma vie,

j’ai même participé à une petite écurie familiale. Ce n’est que tout récemment,

ayant considérablement réduit mes activités professionnelles, que j’ai pu

revenir vers le monde des courses françaises, étant entendu que je n’avais pas

quitté celui du cheval. Ce que je tiens à dire, c’est ce que j’ai trouvé.

J’avais bien conscience que nos hippodromes se vidaient et que la joie colorée

de mon enfance en avait disparu, notamment dans ceux de France Galop qui

distillent de plus en plus un ennui coincé à tous ceux qui s’y égarent. J’avais

comme point de comparaison, la populeuse mais digne tenue de l’hippodrome de

Riyad, les joyeuses fêtes irlandaises et même anglaises et l’exubérance sud

américaine. En fait, j’ai découvert un milieu totalement fermé tournant sur

lui-même, sans même imaginer qu’il puisse exister autre chose, et surtout

d’autres personnes, sauf par nécessité, des « propriétaires » de préférence

richissimes et étrangers. Pour tous les autres, notamment français et pas

forcément convaincus que c’est un privilège de perdre de l’argent, il faut

effectuer de longues démarches auprès de personnels de France Galop, qui, je

tiens à le dire, sont, en tout cas à un certain niveau, charmants, mais à qui

depuis de nombreuses décades, certains hauts dirigeants,  peut-être pour se valoriser, ont imposé

l’idée que cette vénérable institution supposée délégataire d’une certaine

mission de puissance publique, servait en conséquence quelque chose comme

l’État mais pas les propriétaires, ni d’ailleurs personne d’autre. Très très

loin était devenu le temps où les courses se résumaient à des compétitions

entre propriétaires qui, lorsqu’ils ne les entraînaient pas eux-mêmes, avaient

leurs propres personnels pour entraîner leurs chevaux ; un peu moins loin celui

où il y avait des propriétaires qui s’adressaient à des entraîneurs

professionnels de leur choix, qui étaient leurs prestataires de services. On en

était arrivé à une spécificité française, les entraîneurs-propriétaires. Tout

le monde était représenté à France Galop, y compris des ombres de

propriétaires. On en parlait beaucoup on en voyait peu, on en écoutait aucun.

Il m’a fallu six mois pour obtenir mes couleurs, en justifiant de mes revenus

et de mes impôts, remplissant de nombreux papiers et effectuant de multiples

diligences. Supposé avoir prouvé mon honorabilité, j’ai été jugé digne d’entrer

dans un club annoncé comme de privilégiés. Il m’a fallu alors affronter le

sourire carnassier de mon inspecteur des impôts qui a dû penser pouvoir trouver

quelque chose chez quelqu’un affichant l’étiquette publique de celui qui a du

plaisir à perdre de l’argent. Ma vie de propriétaire a commencé, j’ai pu lire

sur le site de France Galop que l’on m’invitait à découvrir l’étonnante page

blanche de mes privilèges. Je ne demande pas de privilèges même inexistants et

je témoigne de ce que ce n’en est pas un, d’avoir du plaisir à perdre de

l’argent ; j’attends simplement à être un peu chez moi dans cette maison et à y

trouver un accueil et des services de qualité, à commencer par un site décent,  dont la page "professionnels", trop

peu documentée, lorsqu’elle ne "bugue" pas, me renvoie aux

balbutiements de l’enfance de l’informatique. Heureusement il y a mes chevaux

et quelques entraîneurs de haute qualité à mon sens dont je revendique

l’amitié. Pour le reste, le propriétaire n’existe pas. Il n’y a que de plus en

plus rares spectateurs dans les hippodromes pour regarder ses chevaux courir,

sauf heureusement dans quelques joyeux hippodromes de provinces qui ne sont

guère récompensés par des réunions P.H.H., alors que d’autres désespérément et

totalement vides se voient attribuer pléthore de bonnes courses que personne ne

viendra voir. Il paraît qu’il y a beaucoup de spectateurs qui regardent

Equidia. Je me permets de penser que c’est certainement une excellente chaîne

mais à usage prioritaire des turfistes, certainement pas ciblée, même à la

marge, sur les propriétaires. En effet, personne ne semble avoir expliqué à ses

journalistes, en tous cas ceux qui traitent du galop, que les chevaux

n’appartiennent pas aux entraîneurs mais aux propriétaires et que ceux-ci ont

un nom, il ne se souviennent que de ceux des, très rares et très riches

propriétaires de notoriété internationale, ce qui n’est hélas pas mon cas. Il

est vrai que la confusion est excusable puisqu’il existe désormais des

entraîneurs-propriétaires entrés en force en tant que tels dans les instances

de France Galop. Sitôt terminée la course, PMU oblige, on saute à toute vitesse

à Vincennes ou autres lieux. Il n’en manque pas. Parfois, un peu moins pressé,

on essaiera de peut-être faire dire un mot à un jockey réticent ou à

l’entraîneur du cheval gagnant, si ce dernier est là… On ne prononcera même pas

le nom du propriétaire; c’est le cheval de l’entraîneur, parfois son

pensionnaire, qui a gagné, et, sauf pour les très grandes courses, on ne nous

montrera pas à l’arrivée, la remise des prix ou s’il y en a, les félicitations

officielles au propriétaire et à son entourage. Il n’existe pas et son cheval

qui n’est pas le sien devient un simple numéro de loterie. Il n’existe pas et

son cheval qui n’est pas le sien, devient un simple numéro de loterie, ce que

les turfistes, qui dans leur majorité aiment les chevaux, ne les dissociant pas

du numéro PMU qu’ils portent, ne veulent pas davantage qu’eux. Dans ces conditions,

comment peut-on espérer avoir des propriétaires et encore plus des sponsors,

ceux-ci même si, par masochisme, ils en avaient malgré tout envie, étant dans

l’incapacité de justifier à qui de droit, qu’en échange de leur générosité,

leur nom est apparu et qu’ils ont même pu dire un mot à la télé ? Comment

peut-on penser que les courses puissent continuer à exister sans spectateurs et

sans propriétaires ? Un PMU, remarquablement géré, lui, cache en réalité la

misère. Peut-on parler d’un modèle français sans voir que l’on court vers un

échec à la française ? Tout est lié, il y aura de moins en moins de

propriétaires tant qu’il y aura de moins en moins de public dans nos

hippodromes. Un très récent haut dirigeant de France Galop, paraît-il,

accompagnait d’une aristocratique moue dédaigneuse, le mot « pelousard » qui

revenait dans sa bouche toutes les fois qu’il voulait marquer sa réprobation

aux observations d’un interlocuteur. Je pense quant à moi que justement, ce

qu’il nous faut, ce sont beaucoup de "pelousards", de préférence

joyeux, venant voir principalement leurs chevaux, ceux sur lesquels ils ont ou

vont jouer où qu’ils aiment voir courir et faire la fête lorsqu’ils sont à

l’arrivée et même quand ils n’y sont pas. Alors il y aura à nouveau un président

de la République pour se faire voir dans la tribune présidentielle et même un

maire de Paris pour le "Grand Prix" ou le "Grand Steeple

Chase" du même nom et des propriétaires qui pourront au moins partager

leur plaisir avec, enfin, des spectateurs. Comment peut-on penser que le PMU

résoudra tous nos problèmes? Nos hippodromes occupent des centaines d’hectares

de terrains souvent dans des zones urbanisées, en périphérie pour ne pas dire

parfois presqu’au coeur de certaines grandes villes, comment des maires

pourront-ils laisser, sans être taxés de laxisme ou de favoritisme, ces

terrains, sans spectateurs qui les justifient, à l’usage exclusif de quelques

socioprofessionnels, même et surtout si ceux-ci se targuent, en outre, de leur

qualité de propriétaires. La population du PMU est, paraît-il, assez vieille,

jusqu’à une date récente elle ne vieillissait pas, c'est-à-dire que même

vieille, elle se renouvelait. Il paraît que tel ne serait peut-être plus le

cas, des indices commençant à le montrer. Quelle que soit sa bonne gestion,

l’assiette course au galop, l’une des deux sur lesquelles repose par priorité

le PMU, est en train de se casser. Sont tombées les paillettes qui faisaient

les spectacles de Longchamp, mises en scène par un inimitable Leon Zitrone.

Elles-mêmes ne faisaient sans doute d’ailleurs que masquer le sport, un sport

qui aurait déjà dû être, devrait être, devenir ou redevenir, populaire. Je suis

frappé au quotidien par l’inconscience de ce problème dans tout ce petit et

grand monde qui, lorsqu’il n’est pas résigné, cherche ailleurs que chez lui,

sans préciser où, les causes de cette désaffection. S’il fréquentait un peu la

société dite civile, en tout cas celle qui serait susceptible de lui amener des

propriétaires, il saurait qu’il n’offre qu’une image vieillotte, pour ne pas

employer un mot plus argotique au reste de notre société, y compris à ceux qui

s’intéressent au cheval en général. Il y a deux millions de propriétaires de

chevaux en France qui, même eux, ignorent au mieux, réprouvent le plus souvent,

celui des courses et son supposé côté bling-bling. Toute évocation dans une

conversation avec d’autres interlocuteurs que ceux de ce monde trop fermé

suscite au mieux, un sourire amusé. J’ai pu lire sous la plume d’un des

responsables en charge du dossier du nouvel hippodrome de Longchamp, qu’il

fallait dépenser 160.000.000 € pour reconstruire un Longchamp plus petit pour «

l’adapter à la baisse de fréquentation ». Après m’être frotté les yeux, je n’ai

pas pu m’empêcher de penser qu’un vrai professionnel du développement et du

marketing, et non pas spécialement des courses, le remplirait durablement et

beaucoup d’autres en même temps, de spectateurs payants et cela en dépensant

beaucoup moins d’argent. Quant aux entraîneurs-propriétaires qui prétendent

expliquer (encore qu’on le devine, celui que j’ai lu ne dit pas en vertu de

laquelle de ses deux qualités il le fait) que les propriétaires ne veulent pas

d’argent mais du plaisir, je me permets de leur préciser que c’est là, à mon

sens, l’exacte définition du pigeon qu’ils donnent et non pas celle d’un

propriétaire conscient. Je peux assurer à celui que j’ai lu récemment, qu’à

titre personnel j’aimerais bien en gagner, ne serait-ce que pour expliquer à

mon banquier et à mon inspecteur des impôts que je ne perds pas d’argent et que

même si je n’en vis pas, j’en gagne un peu avec les chevaux que j’aime, ceux

que j’élève et fais courir. J’ignore comment en tant que prestataire de

services, socioprofessionnel multifonctions, ceux-ci font pour trouver des

clients, tâche qui incombe en premier lieu d’ailleurs à eux, en leur supposée

première qualité, celle d’entraîneurs, prestataires de services de leurs

clients les propriétaires. Je ne suis pas sûr en effet qu’expliquer à de futurs

clients que leurs chevaux vont courir contre les siens, soit un argument

commercial convaincant. En tant qu’avocat, j’ai toujours eu la prudence

d’éviter un marketing de ce genre et on ne sera pas surpris que j’affirme avoir

toujours plaidé pour mes clients et non contre eux ! Loin de moi, propriétaire,

l’idée que les entraîneurs ne soient pas propriétaires de chevaux de course.

Nécessité faisant loi, pourquoi pas, mais cela doit obligatoirement être à

l’intérieur d’une véritable déontologie, de préférence dans le cadre de loyales

associations avec leurs propriétaires, partageant équitablement les

investissements, les frais et les responsabilités et portant sur l’exploitation

et même la valorisation de chevaux en copropriété. Cette nouvelle forme de

propriétariat mérite sans doute une étude particulière et devenir un axe de

développement intéressant. L’entraîneur promoteur d’écurie de copropriété pour

ne pas dire de groupe, pourrait être une piste, si j’ose m’exprimer ainsi, dès

lors qu’elle s’insère dans une déontologie bien comprise. Après des décades

d’exercice de cette même politique figée, interrompue par le trop bref passage

de Jean-Luc Lagardère, qui faisait suite à celui du président Lecerf animé des

mêmes idées, mais qui avait préféré jeter l’éponge en face des blocages

rencontrés dans ce monde trop fermé, France Galop, à peine ébranlé, continue à

rester fièrement retranché dans son administrative dignité. Qu’il soit permis à

l’encore un peu avocat que je suis, de préciser que France Galop, en charge de

l’organisation des courses, de leur réglementation, de leur police, auxquels

s’ajoute son pouvoir de sanctions et de jugement sur les droits des acteurs,

exerce ce cumul de fonctions en parfaite violation des dispositions de la

convention européenne des droits de l’homme. Avant que les tribunaux français

compétents ne l’y contraignent dans la douleur, comme ils l’ont fait il y a

déjà plus de dix ans pour la toute puissante Commission des opérations de

Bourse, qui a dû, en changeant de nom, séparer en deux entités totalement

étanches, tout ce qui était fonctionnement et tout ce qui était police et

justice des marchés, il vaudrait mieux que dès à présent, il en prenne lui-même

l’initiative. Alors France Galop aura une véritable visibilité avec une entité

débarrassée de son héritage administratif mal compris, qui pourra enfin

s’employer exclusivement, tant à l’organisation des courses mais aussi, mais

surtout, enfin décomplexée, à leur promotion avec toute la dimension

commerciale que revêt ce mot actuellement proscrit du vocabulaire officiel.

L’autre entité gardant seule la charge, en toute indépendance, de ce qui est

police et justice. Il paraît indispensable que, tant à titre collectif au

travers de France Galop, qu’à titre personnel, chacun se remette en cause. Il

semble qu’il y ait un véritable espoir et que beaucoup en réalité, au sein même

de cette institution, pensent comme moi. Même s'ils sont contraints à

respecter, à juste titre, un devoir public de réserve, ils ne s’en cachent pas

en privé. Il faut en effet constater avec optimisme, que sur les trois

candidats à la présidence, il n’y en a eu qu’un seul pour dire très précisément

qu’il fallait changer l’image des courses et remplir nos hippodromes et que

c’est celui qui a été élu. Je me remets donc à espérer que dans un hippodrome

rempli, je pourrai faire un clin d’oeil complice à un "pelousard"

pour lui dire : « Tu vois, tu aurais dû jouer mon cheval, il est à l’arrivée ».

Je n’aurai pas besoin d’aller à Cheltenham pour entendre pendant une course le

puissant grondement et l’explosion d’une tribune pleine. C’est pour cela que je

suis propriétaire. »