Cravach, le debat : le debat continue

Autres informations / 28.03.2012

Cravach, le debat : le debat continue

Dans

notre édition de samedi, Alain de Royer Dupré nous a fait part de ses

propositions pour une nouvelle utilisation de la cravache. L’entraîneur

cantilien a ainsi ouvert le débat et, en réaction à ses suggestions, nous avons

reçu de nombreuses réponses. Nous les publierons toutes dans les prochains

jours. Après les premières réactions publiées dimanche et lundi, voici les suivantes.

 

STEPHANE

SION « SPORTSMAN - REFLEXION SUR L’USAGE DE LA CRAVACHE

Le débat

sur l’usage de la cravache, initié par Monsieur de Royer Dupré, m’amène à

réfléchir sur le bien-fondé, et les conséquences qu’engendrerait l’adoption de

ses propositions: La finalité historique des courses est l’amélioration de la

race, depuis 1750 pour le jockey-club anglais et 1833 pour son homologue

français. Cela pose les bases des compétitions qui nous passionnent…ce

"nous" regroupant tous les acteurs de la filière "cheval",

de l’éleveur au jockey, des institutions au parieur… Nous voulons nous

passionner pour des animaux d’exception qui vont de plus en plus vite ! Ce

premier point donne raison à Monsieur de Royer Dupré, qui explique que « l’abus

de cravache par certains jockeys et pas d’autres, fausse les arrivées et donc

la sélection », clé de voûte de l’ensemble du système. Allons plus loin,

considérons que tous les jockeys s’affranchissent du règlement actuel et

fassent un usage intensif de la cravache. Résultat : tous les chevaux seraient

"à fond" et le meilleur l’emporterait. Inversement, considérons cette

fois que tous les jockeys montent seulement aux mains leur partenaire. À

l’identique, l’animal le plus rapide l’emporterait. Deux méthodes différentes

pour un résultat similaire. Résultat similaire en terme de performance

entérinée certes, mais fort différent en terme d’image, nous y reviendrons.

Considérons maintenant qu’un seul jockey s’affranchisse du règlement et

obtienne par le fait une victoire (ou place) indue, les commissaires le

sanctionnent par une amende ou une mise à pied, mais le cheval est entériné

dans son classement. L’iniquité soulevée par Monsieur de Royer Dupré est

flagrante. Encore fallait-il la remarquer. Il apparaît opportun, après analyse,

de combler ce "vide juridique. Dura Lex Sed Lex… À condition que la loi

soit bien pensée, ce qui ne semble pas être le cas en l’occurrence !!! Dès

lors, que faire lorsqu’un système suscite une polémique justifiée par le bon

sens : le changer, évidemment, en l’améliorant autant que faire se peut. Mais

cette amélioration –nombre de coups de cravache autorisé plus réduit,

disqualification d’un contrevenant –, pourrait concomitamment être un excellent

vecteur de communication pour l’Institution et son image auprès du grand

public. L’impact de l’image est phénoménal – demandez aux candidats à

l’élection présidentielle ce qu’ils en pensent – notamment sur un public

néophyte, celui-là même que les dirigeants de France Galop ont tant de mal à

démarcher et fidéliser, celui-là même qui permettra la pérennité de

l’Institution. Les courses ont le potentiel émotionnel pour toucher un très

large spectre du public, à condition de réformer l’image d’Épinal qui lui est

attribuée dans l’esprit populaire: trucage, animaux dopés, maltraités, etc.

Voir des jockeys se déchaîner à coups de cravache sur des chevaux qui – pour la

plupart – donnent déjà leur maximum, est contre-productif. Mais les jockeys ne

doivent pas être voués aux gémonies, ils ne sont que des acteurs d’un système

et à ce titre exercent – avec professionnalisme et éthique –leur métier, qui

est régi par le code des courses. Si l’on veut réformer cette image, cela

commence par une réforme du code des courses. Après analyse, il me semble que

le débat ouvert par Monsieur de Royer Dupré est nécessaire et qu’il propose une

idée lumineuse, qui peut permettre à France Galop de montrer sa volonté de

protection de l’acteur central des courses : le cheval et son souci du respect

de la tradition : l'amélioration de la race, au travers d’un système

intelligent régi par un code adapté. Je terminerai, sous forme d’anecdote, en

rappelant que Monsieur de Royer Dupré a côtoyé plusieurs années durant le plus

grand jockey de tous les temps : Yves Saint-Martin…qui a remporté plus de 3.300

victoires et 15 Cravaches d’or, en se servant de son "bâton" très

occasionnellement – et seulement une ou deux fois juste avant le poteau, comme

d’un dernier recours… Là encore, l’idée apparaît lumineuse. »

 

ABERTHIE

NOM

« Comme

toujours, M. de Royer Dupré est d'une logique sans faille. Valider un résultat

sportif quand il y a eu non respect du code est choquant. Il a aussi raison en

estimant que les commissaires sont arbitres et non pas comptables. Mais allons

jusqu'au bout du raisonnement, en estimant que trois coups en tenant les rênes

d'une main et pas de limitation quand les deux mains sont "prises"

compliquerait les décomptes (feu de l'action, etc.). Alors pourquoi ne pas

supprimer totalement les coups et... la cravache. Il resterait à trouver un nom

pour nos jockeys qui ne seraient plus alors de "fines cravaches". »

 

AUDE

POIRSIN

« Juste

un mot pour exprimer mon accord avec Alain de Royer Dupré. Pourquoi une règle,

si elle n’est pas sanctionnée ? Comment compter dans "le feu de

l’action" huit coups de cravache…et même risquer d’être sanctionné pour

"ne pas avoir assez soutenu son cheval" dans une arrivée : un comble

! Mais ça s’est déjà produit... Je vous invite à revoir les performances de

Propulsion dans le Prix Empery et de Chinchon dans le Prix Exbury à Saint-Cloud

: avez-vous vu Olivier Peslier donner un seul coup de cravache à l’un ou

l’autre de ses partenaires? non. Evidemment, tout le monde ne s’appelle pas

Olivier Peslier, Christophe-Patrice Lemaire ou Thierry Jarnet, dont les chevaux

ne font jamais un effort inutile. »

 

DIDIER

VIDAL

« Je

pense qu’il serait même souhaitable que les jockeys n’utilisent plus la

cravache pour remporter une course.

1) Déjà,

lorsque certains jockeys cravachent un cheval cinq cents mètres après le

départ, pour suivre le peloton, il me semble que cela ne sert vraiment à rien.

2) Un

cheval n’augmente pas sa vitesse pendant qu’il reçoit des coups de cravache,

les foulées du cheval sont identiques avec ou sans la cravache.

3) Si

les jockeys se servaient uniquement de leurs bras, on pourrait vraiment juger

de leur compétence à la lutte.

4) Dans

les courses où seraient en concurrence les hommes et les femmes jockeys, les

chevaux montés par des femmes pourraient éventuellement être avantagées de 1 kg

au poids.

Conclusion

: la cravache devrait donc être utilisée uniquement si le cheval dérobe, risque

de gêner un autre concurrent ou a un comportement dangereux. »

 

CEDRIC

VAN ZUYLEN VAN NYEVELT

«

Pourquoi ne pas interdire la cravache tout simplement ! Les discussions ne sont

même plus existantes alors et il n'y a plus de doutes quant au nombre de coups

donnés. De plus, cela fera évoluer le sport dans le sens où le coup de cravache

reste un geste barbare qui exprime la frustration de l’objectif non réalisé.

Les jockeys devront user de leur talent pour garder le cheval en avant. Le

respect et l’image, vis à vis du monde extérieur, sera d'autant plus grand,

d'autant plus que les gens n’acceptent plus vraiment, de nos jours, les actes

de violence. Si un cheval baisse de régime, c’est qu’il en a besoin, de quel

droit le brutalisons-nous là dedans ? Et puis pour les parieurs, si les jockeys

n’ont plus de cravache, ils pourront faire valoir leur sens de l’observation

plus affiné, vu que les chevaux courront à leur vraie valeur et à pied d’égalité.

De même, il reste un mystère : pourquoi le ferrage est-il obligatoire dans la

discipline du galop, alors que la résonance des fers sur les sabots est,

d'évidence, une agression dramatique, qui a des effets négatifs sur le cheval.

Le matériau le moins souple !! Le fer est apposé sur l’élément censé être un

des plus souples, le sabot, et son effet de pompe est amortisseur ! Quel

paradoxe !! Et l’herbe n’est pas abrasive ! Alors pourquoi ne pas récompenser

(idem cravache) ceux qui ont évolué et compris comment s’y prendre, sans les

artifices qui donnent "l'illusion" d’être plus performant ! »

 

JEAN

LAMBERT, PASSIONNE DE COURSES

« J’ai

lu avec intérêt le point de vue d’Alain de Royer Dupré, au sujet de l’usage de

la cravache. L’entraîneur propose que l’on aille jusqu’à rétrograder un cheval

dont le jockey aurait fait un usage abusif de la cravache. Imaginez un peu le

scénario suivant : un poulain remporte le "Jockey Club", mais son

jockey lui administre un nombre de coups de cravache supérieur à ce qui est

autorisé. La distance à l’arrivée avec le deuxième est suffisante pour que l’on

puisse affirmer qu’il aurait gagné même sans le ou les coups de cravache en

trop. Et donc, il faudrait le rétrograder ? L’éleveur, le propriétaire du

cheval, son entraîneur et enfin les parieurs qui l’ont joué devraient subir la

faute d’un jockey qui ne sait pas compter ? Un peu comme si, au football, en

cas de but de la main, on arrêtait le match et attribuait la victoire à

l’équipe adverse ? Alain de Royer Dupré fait d’ailleurs une analogie avec ce

sport, mais en faisant fausse route. Au football, c’est vrai, un but marqué de

la main n’est pas validé. Mais l’équipe sanctionnée peut encore marquer… et

gagner! Comment peut-on prêcher pour une telle réglementation à l’heure où les

propriétaires sont de plus en plus difficiles à recruter ? Comment va-t-on leur

expliquer qu’en cas de victoire légitime, si le pilote a usé de son bâton plus

qu’autorisé, il ne verra pas la couleur de l’allocation promise au lauréat ?

Que l’on se préoccupe du bien-être de l’animal, de l’image de notre sport,

d’accord, mais n’oublions pas ce qui en fait l’essence, c’est-à-dire le

propriétaire en premier lieu, et la sélection des meilleurs reproducteurs

ensuite. »

 

JEAN-MARC

CAPITTE

« Je

suis ravi qu’enfin quelqu’un partage la même opinion que moi, à propos de

l’emploi abusif de la cravache et du distancement pur et simple du cheval du

jockey fautif. Je reste persuadé que si les commissaires de France Galop

avaient fait preuve de plus de fermeté, dès la mise en place de cette règle,

tous les jockeys montant en France n’auraient plus eu le moindre problème à

arrêter d’utiliser le "bâton" après les huit coups fatidiques. Cela

aurait eu le mérite d’éviter des discussions longues, stériles et inutiles.  L’entourage du cheval battu par un concurrent

ayant fait un usage abusif de la cravache est bien évidemment le plus lésé.

Pour le moment, on sanctionne celui qui a respecté le code de la route. Je

voudrais vous donner un exemple qui convaincra peut-être ceux qui ne partagent

pas mon avis. À l’arrivée de la Poule d’essai des Pouliches 2007, on a affiché "tête"

pour Darjina devant Finsceal Beo. Si j’ai bonne mémoire, le jockey de la

gagnante avait largement utilisé le quota de coups autorisés. Le jockey de

Darjina avait écopé d’une amende de… 200 euros !!! Le manque à gagner pour

l’entourage de la seconde a été le suivant : 137.000 euros d’écart entre la

première et la deuxième place pour le propriétaire ; 13.700 pour l’entraîneur (10

%) ; 9.590 euros pour le jockey( 7 %) ; 5.480 pour la cour(4 %) ; sans compter

que cette pouliche irlandaise, si elle n’avait été privée de la victoire de la

sorte, aurait réalisé l’exploit de gagner les trois Grs1 pour femelles de 3ans en

un mois ("Guinées" anglaises, irlandaises et "Poule" des pouliches).

Est-ce bien raisonnable ? Si l’on conçoit que l’emploi de la cravache fait

aller un cheval plus vite, alors il faut distancer au même titre que l’on

distance un cheval qui a été contrôlé positif, ou qui a changé de ligne et

privé un adversaire d’un meilleur classement. Lorsqu’une règle est mise en

place, qu’elle soit bonne ou mauvaise, qu’elle plaise ou non, elle doit être

respectée. »