Cravache, le débat : le debat continue

Autres informations / 29.03.2012

Cravache, le débat : le debat continue

Dans

notre édition de samedi, Alain de Royer Dupré nous a fait part de ses propositions

pour une nouvelle utilisation de la cravache. L’entraîneur cantilien a ainsi

ouvert le débat et, en réaction à ses suggestions, nous avons reçu de

nombreuses réponses. Nous les publierons toutes dans les prochains jours. Après

les premières réactions publiées dimanche, lundi, mardi et mercredi, voici les

suivantes.

 

BJÖRN

ZACHRISSON

Directeur

du Scandinavian Racing Bureau, Vice-Président d’honneur de la Fegentri, ancien

gentleman-rider « Comme cela a été agréable de voir le très respecté Alain de Royer

Dupré lancer un débat sur l’utilisation de la cravache dans Jour de Galop.

Comme de nombreuses personnes qui ont déjà réagi dans vos colonnes, je suis

totalement d’accord avec son point de vue. C’était audacieux de sa part – mais

vrai quand on regarde la réalité en face – de constater que l’entorse au code

des courses devrait avoir pour conséquence la rétrogradation. Comme cela était

audacieux de sa part de nous comparer avec les autres sports et la manière dont

les règlements y sont appliqués. Audacieux mais logique et juste. Si vous ne

respectez pas le nombre de coups de cravache, si vous dopez un cheval, si votre

jockey ne porte pas le bon poids, si vous frappez un cheval sous les côtes,

vous serez rétrogradé. Tant pis [en français dans le texte, ndlr], mais il n’y

aura rien à redire ! Autre chose : pourquoi crier au loup, en ayant peur de la

réaction supposée des parieurs ou celle d’autres acteurs –pure spéculation – si

ce n’est pas toujours le "bon" cheval qui gagne ou si l’on rétrograde

un gagnant de Derby ou de Gr1 pour un abus de cravache. Mon opinion est que

cela n’arrivera jamais car, dans les grandes courses, les jockeys seront

particulièrement attentifs au respect de la règle s’ils risquent la

rétrogradation. Certains lecteurs de JDG savent sans doute qu’il existe un pays

où l’on disqualifie si l’on ne respecte pas la règle sur la cravache depuis

1984 (vingt-huit ans !), suite à une demande expresse des pouvoirs publics.

C’est notre voisin…la Norvège. Là-bas, la règle est simple : zéro coup de

"bâton" et zéro tolérance. Combien d’infractions ont été constatées

en vingt-huit ans ? Réponse : trois ! Oui, vous avez bien lu : trois chevaux

ont été rétrogradés depuis 1984 parce que leurs jockeys n’avaient pas respecté

la règle sur la cravache. Alors vous allez me demander : pourquoi

n’adoptez-vous pas la même règle dans le reste de la Scandinavie, au Danemark

ou dans votre propre pays la Suède ? Et aussi : pourquoi le modèle norvégien

n’a-t-il pas été étudié par d’autres pays de par le monde ? C’est une bonne

question. Malheureusement, je n’ai pas la réponse. Pour finir, j’entends

régulièrement parler de la frustration du monde des courses de ne pas être

représenté aux Jeux Olympiques [alors que toutes les disciplines équestres y

sont, ainsi que d’autres sports moins « sportifs » que les courses, comme le

curling, ndlr]. Mais ne croyez-vous pas qu’un de nos meilleurs arguments pour

convaincre le comité international olympique serait de limiter ou d’interdire

l’usage de la cravache ? »

 

JEAN-FRANÇOIS

PRE

« Ce qui

me frappe dans ce débat, c'est qu'on n'y a entendu aucun jockey professionnel.

Lorsqu'il a pris sa retraite, j'ai eu l'honneur d'interviewer un des plus

grands jockeys de tous les temps : Willy Shoemaker. C'était un bonhomme

minuscule devant lequel je devais me courber pour lui tendre le micro. On se

demandait comment un squelette si fluet pouvait manier une masse de quatre

cents kilos !... À la question : « Pourquoi vous voit-on rarement utiliser la

cravache lors d'une arrivée (à l'époque, les jockeys ne se privaient pas de

transformer les pur-sang en zèbres) ? », il me répondit tout simplement : « La

cravache ne sert pas à grand chose ; une course se gagne durant le parcours.

Dans les deux cents derniers mètres, les dés sont jetés. » Manifestement,

l'homme était très en avance sur son temps. Il existe un moyen de mettre tout

le monde d'accord : ne pas supprimer la cravache (elle a l'utilité de la

baguette du chef d'orchestre), mais interdire aux jockeys de prendre les rênes

dans une seule main. Comme au trot. Ainsi, les acteurs et les commissaires

pourront se concentrer sur l'exercice de leur VRAI métier. Pour les uns :

gagner, en parfaite égalité. Pour les autres : veiller à ce qu'égalité soit

synonyme de légalité. »

en 2011.

BERTHOLD

LIPSKIND AVOCAT HONORAIRE

«

Imaginer que les jockeys prennent plaisir à cravacher pour économise leurs

forces comme il a été écrit est absurde. Reste que l’ambiance actuelle est

telle que la brutalité a déteint et que certains qui ne sont pas les plus

favorisés peuvent craindre la critique s’ils ne cravachent pas. Or, sur le plan

du courage à la lutte, aucun cheval ne ressemble à un autre. Comment alors

imaginer que le comportement du pilote soit stéréotypé. Ne pouvons-nous

réglementer l’interdiction d’usage de la cravache dans la ligne droite dans

certaines courses ? Il y aurait ainsi la possibilité de limiter les coups ou de

les interdire ou de les utiliser sans limitation, le tout au risque du

propriétaire. Au moins les courses seraient plus justes et l’argent des parieurs

plus équitablement défendu. Que nos édiles défendent dans les instances

internationales une réglementation universelle concernant l’usage de la

cravache dans les courses principales et de Groupe serait tout à leur honneur.

Reste une question abordée dans cette rubrique, celle du distancement du cheval

ayant été illégalement cravaché. À ceux qui prônent ce distancement je me

permets de rappeler que le jockey est considéré comme le préposé salarié du

propriétaire pendant la course. À ce titre il est responsable à son égard et à

celui de l’entraineur, des fautes commises notamment celle qui consiste à

commettre une infraction au code des courses. Autant dire que l’éventualité du

distancement pour un coup de cravache en trop engageant la responsabilité financière

du jockey est d’avance inconcevable. »

 

PIERRE

RIVES

«

Mais... pourquoi tapent-ils ? Est-ce que l'on travaille mieux avec un patron

qui "gueule" ? Dans l’instruction de cavalier, on apprend le tact

équestre, le sens du cheval, à le mettre dans l'impulsion, et lui "ouvrir

la porte" pour le faire partir de l'avant. Heureusement on voit des fins

de courses magnifiques, des jockeys qui ont su économiser leur cheval et

"garder du gaz", qui gardent leurs chevaux devant eux, et qui, après

une petite claque aux épaules pour les avertir qu'il faut y aller, les

accompagnent aux bras. C'est par l'apprentissage du métier de jockey qu'il faut

aborder la question, par l'intelligence et les ordres des entraîneurs. À ces

derniers, comme aux propriétaires, de juger si le jockey agit dans leurs

intérêts à terme. Un règlement pour faire respecter une bonne conduite,

pourquoi pas ; dommage qu'il faille en arriver là. »