Lettre ouverte de jean-jacques boutin à mayeul caire

Autres informations / 07.03.2012

Lettre ouverte de jean-jacques boutin à mayeul caire

 « C'est avec tristesse que j'ai pris connaissance

de votre éditorial de vendredi 10 février. Voir réduire les professionnels du

galop à de sordides marchands âpres aux gains, si âpres qu'ils en oublieraient

l'essentiel de leur métier – à savoir cet animal mythique qu'est le cheval –

m'a troué le coeur. Considérer nos métiers comme la seule exploitation d'une

marchandise jetable, taillable et corvéable à merci, avec pour seul horizon la

rentabilité immédiate, serait bien mal connaître les motivations des

socioprofessionnels des courses. Mon âge avancé me permet de vous rappeler que

les courses de galop en France ont vu le jour sous l'impulsion du duc de Morny

dans les années 1860. À cette occasion, l'arrivée des courses en France a

sollicité la production de chevaux de course chez les éleveurs et non

l'inverse. Ce n'est pas parce que les métiers du cheval demandent à savoir

diriger des hommes, gérer des chevaux, du matériel (tant hippique

qu'automobile), entretenir des bâtiments, mêlant gestion, comptabilité,

rentabilité – comme pour toute entreprise, moyenne ou grande – que l'on peut

oublier notre passion du cheval. C'est un défi de chaque jour pour chaque

professionnel des courses. Alors, lire sous votre dictée que le métier consiste

en un bon ou mauvais marché qu'il faut impérativement conclure à deux ou trois

ans, me laisse pantois. Qu'avez-vous imaginé comme avenir pour les chevaux à

peine adultes à partir de 4ans ? Du steak, des croquettes pour chiens, ou

cheval de manège d'un club hippique ? Un cheval de course commence sa vie

d'adulte à cet âge. Je ne connais pas dans ce métier d'entraîneurs, de jockeys,

de lads, d'éleveurs ou de propriétaires qui auraient choisi ce métier pour

simplement exploiter quelques poulains et se débarrasser de leurs élèves à

peine adultes. Si vous rencontrez un jour Monsieur Augereau ou Monsieur Fillon,

Premier ministre et Président de Société de courses, vous pourrez toujours leur

expliquer votre façon "socioprofessionnelle" de raccourcir la vie du

cheval de course. En vrai journaliste que vous êtes et pas uniquement en

spécialiste du jeu dont vos livres se font l'écho, vous vous pencherez sur ces

carrières de chevaux adultes qui, non seulement nous font rêver, mais

permettent aussi à nos entreprises de perdurer. Mes anciens collègues sauront

vous fournir les statistiques. Pour en revenir à des choses plus concrètes,

gérer des carrières sur quelques années me semble nettement plus crédible et

rentable que de compter uniquement sur la fulgurance d'un hypothétique poulain

météore. »

Jean-Jacques

Boutin

Membre

de l’Association des entraîneurs propriétaires et élu au Comité régional Nord

Île-de-France de France Galop.