L’histoire d’un cheval hors du commun

Autres informations / 30.03.2012

L’histoire d’un cheval hors du commun

Montjeu

doit son nom à un château situé à côté d’Autun (Saône-et-Loire), propriété de

son éleveur, Jimmy Goldsmith. Floripedès (Top Ville), la mère de Montjeu,

défendait déjà les couleurs du milliardaire franco-britannique. Entraînée par

George Bridgland, elle avait fait preuve de beaucoup de tenue, gagnant le Prix

de Lutèce (L) et prenant notamment la deuxième place du Prix Royal-Oak (Gr1).

Avant Montjeu, elle avait donné le Paillard 

(Sanglamore), qui a débuté sa carrière chez John Hammond, pour qui il a

gagné le Prix René Bedel (L), avant d’être exporté aux États-Unis, où il s’est

classé deuxième d’un Gr1, pour Neil Drysdale. Après Montjeu, elle donnera aussi

Le Fou (Polish Precedent), deuxième d’un Prix La Force (Gr3) et qui fait

actuellement la monte en France pour un syndicat géré par Guy Petit. Floripedès,

qui a fini aveugle, guidée par une cloche accrochée à son encolure, était une

soeur de Dadarissime (Highest Honor), lauréat du Prix Vicomtesse Vigier (Gr2),

et également étalon. Adèle Toumignon (Zeddaan), la deuxième mère de Floripedès,

élevée comme elle par Jean de Souza Lage, a donné Dear Doctor (Crystal

Glitters), lauréat de l’Arlington Million (Gr1), et Généreux Génie (General

Assembly), deuxième du Prix Dollar (Gr2).

UNE

JUDICIEUSE ACQUISITION DE MICHAEL TABOR

Jimmy

Goldsmith étant décédé alors que Montjeu était encore yearling, il débute sous

les couleurs de sa compagne, Laure Boulay de la Meurthe, sous le nom de Tsega

Limited. Il gagne pour ses débuts le Prix de la Maniguette, à Chantilly, au

mois de septembre de ses 2ans. Il remporte ensuite le Prix Isonomy (L), qui

n’avait réuni que trois partants, mais devance Spadoun (Kaldoun), lauréat

ensuite du Critérium de Saint-Cloud (Gr1). Sa propriétaire en cède la moitié à

Michael Tabor pendant l’hiver. Il est crédité d’une valeur de 51 à la fin de

son année de 2ans. À 3ans, il effectue sa rentrée pour sa nouvelle casaque

directement dans le Prix Greffulhe (Gr2), le 25 avril, qu’il remporte d’une

longueur devant Sendawar (Priolo). Le 7 avril, l’entourage du poulain avait

déboursé 8.000 £ pour un engagement de rattrapage dans le Derby d’Epsom (Gr1).

Le 16 mai, il se présente au départ du Prix Lupin (Gr1). Il y est battu par

Gracioso (Nureyev), qui avait créé un écart décisif de deux longueurs au

Pavillon. Malgré les sollicitations de Cash Asmussen, Montjeu ne parviendra pas

à remonter Gracioso.

CHANTILLY

PLUTOT QU’EPSOM

Plutôt

qu’Epsom, c’est Chantilly qui est choisi comme hippodrome pour son Derby. La

pluie tombée sur la région cantilienne la nuit et la matinée du "Jockey

Club" (Gr1) font baisser sa cote. La supériorité du poulain est énorme.

Cash Asmussen se retrouve seul en tête à trois cents mètres du but, et c’est

uniquement accompagné aux bras qu’il passe le poteau en facile vainqueur,

devant Nowhere to Exit (Exit to Nowhere). Trois semaines plus tard, c’est le

Derby irlandais qu’il survole d’une classe. Il relègue à cinq longueurs

Daliapour (Sadler’s Wells). Au second semestre, il prépare "l’Arc"

via le Prix Niel, piloté pour la première fois par Mick Kinane. L’option d’une

rentrée dans les Irish Champion Stakes (Gr1) est pourtant conservée jusqu’au

bout, car le cheval sera déclaré partant à Leopardstown, avant finalement

d’opter pour Longchamp. Il évite ainsi de se mesurer à son aîné Daylami

(Doyoun). Il ne rencontre que trois rivaux dans le "Niel", qui promet

d’être une course piège. Et effectivement, Montjeu a bien failli ne pas

remonter Bienamado (Bien Bien), qu’il devance finalement d’une tête, uniquement

poussé aux bras par son partenaire.

UN

"ARC" D’ANTHOLOGIE

L’apogée

de son année de 3ans aura lieu dans un Prix de l’Arc de Triomphe (Gr1)

exceptionnel, où il affronte Daylami et El Condor Pasa (Kingmambo), sur une

piste annoncée à 5,1, un record depuis l’utilisation du pénétromètre à

Longchamp. El Condor Pasa a tenté de s’imposer de bout en bout, mais, vigilant,

Mick Kinane a déboîté, un peu brutalement, à quatre cents mètres du but, et dès

lors, il y avait deux courses en une. Celle de la poursuite d’El Condor Pasa

par Montjeu, et celle des autres. À cinquante mètres du but, le cadet prend définitivement

l’ascendant sur son aîné. En fin d’année, il ne finira que quatrième du Japan

Cup (Gr1), sur un terrain sans doute trop ferme pour ses aptitudes.

LES

"KING GEORGE" A 4ANS ET EN TERRAIN LEGER

Il reste

à l’entraînement à 4ans, et réalise un superbe premier semestre. Il remporte le

Tattersalls Gold Cup, puis le Grand Prix de Saint-Cloud et enfin les King

George VI & Queen Elizabeth Stakes (Grs1). Pour sa rentrée, il remporte le

Prix Foy (Gr2). Pourtant, John Hammond avait précisé que le cheval ne se

présentait pas au summum de sa condition, ayant connu un problème de santé qui

avait anéanti la perspective de participer aux Irish Champion Stakes (Gr1). Il

triomphe néanmoins, Mick Kinane s’évertuant juste à le conserver en ligne, lui

qui avait tendance à pencher vers la corde au moment de l’effort. Ce sera le

dernier succès de sa carrière. Dans "l’Arc", il ne pourra mettre son

coup de reins habituel, terminant quatrième, derrière le 3ans Sinndar (Grand

Lodge), et les femelles Egyptband (Dixieland Band) et Volvoreta (Suave Dancer).

Il échouera encore à une demi-longueur de Kalanisi (Doyoun) dans les Champion

Stakes (Gr1) avant de terminer sa carrière dans le Breeders’ Cup Turf (Gr1), où

il ne pourra faire mieux que septième, pourtant supplémenté par ses

propriétaires. Une nouvelle carrière s’ouvre à lui au haras, où il commence la

monte au prix de 40.000 €.

UNE

MULTITUDE DE GAGNANTS DE GR1

Il se

révèle tout de suite digne de son père, le chef de race Sadler’s Wells. Parmi

ses multiples produits lauréats de Gr1 [voir encadré], on retiendra pas moins

de trois lauréats de Derby d’Epsom, Pour Moi, Authorized et Motivator. En 2011,

il a donné quinze lauréats différents de Groupe, soit le même score que la star

Galileo. Deux de ses fils perpétuent la tradition à Coolmore Irlande, Hurricane

Run, ainsi que Pour Moi, entré au haras cette année. Bien qu’ayant la

réputation de mieux réussir avec ses produits mâles qu’avec les femelles, il a

tout de même donné Sarah Lynx, lauréate du Canadian International (Gr1) pour

John Hammond, et Miss Keller, qui a remporté les E.P. Taylor Stakes (Gr1). Il

est également le père de la prometteuse Wading, l’une des favorites des

prochaines 1.000 Guinées (Gr1). Il commence aussi à se révéler comme père de

mères. Parish Hall (Teofilo), issu de sa fille Halla Siamsa, a notamment

remporté les Dewhurst Stakes (Gr1) l’an dernier. Son trois quarts frère, Light

Heavy, s’est d’ailleurs imposé pour ses débuts mercredi dernier. L’histoire de

Montjeu est loin d’être terminée…