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Medication aux etats-unis : une bataille est perdue, mais la guerre continue !

Autres informations / 10.03.2012

Medication aux etats-unis : une bataille est perdue, mais la guerre continue !

Les

États-Unis n’en ont pas encore fini avec l’utilisation de la médication. Son

interdiction, les jours de courses, dans les meilleures épreuves pour 2ans,

semblait acquise en août. Et patatras ! Comme elle ne fait pas l’objet d’un

consensus dans certains états, cette interdiction est reportée sine die. Du

coup, l’Amérique est plus que jamais "à feu et à sang", entre

"pro" et "anti-médication" !

La

semaine dernière, la Thoroughbred Owners and Breeders Association (TOBA), qui

chapeaute les courses américaines au niveau national, vient d’annoncer qu’elle

reportait la mise en oeuvre d’une décision pourtant hautement symbolique: en

août 2011, elle avait en effet souhaité que le Lasix soit interdit le jour de

la course dans de nombreux stakes pour 2ans (quarante-cinq au total, soit une

course sur mille). Une fois de plus, les "pro-médication" ont eu le

pas sur les "anti". Pourtant, cette décision n’inquiète pas profondément

Louis Romanet, président de la Fédération des Autorités Hippiques (FIAH) et

grand artisan de la lutte contre le dopage. Il est persuadé qu’une brèche a été

ouverte, mais que cette évolution ne peut pas se faire sans heurts dans un pays

où un pouvoir régional éclaté alourdit les processus d’harmonisation: « Cette

décision ne signifie pas que tout s’arrête, mais que cela va prendre un peu

plus de temps. Il n’y aura pas de marche arrière. » Si elle était menée à son

terme, l’interdiction du Lasix dans les courses black-types pour 2ans serait la

troisième étape d’un processus entamé en 2008.

Phase 1

: interdiction des anabolisants.

Phase 2

: diminution des quantités de Butazolidine utilisées.

Louis

Romanet poursuit : « La Breeders’Cup a été la première à annoncer qu’elle

n’accepterait plus que les chevaux courent sous Lasix. Le symbole a tenu et

comme elle se déplace chaque année dans un état différent, elle aura toujours

un impact positif sur le terrain et montrera la voie à suivre. » « Cependant,

les intérêts financiers sont énormes », ajoute le Président de la FIAH. Et ils

impliquent une majorité des acteurs des courses. Les entraîneurs tiennent à une

certaine forme de confort : qu’ils aient ou non de bons chevaux, le Lasix leur

permet de vivre sans se soucier de la qualité de leurs pensionnaires qui, par

ailleurs, ne séduisent plus les investisseurs européens. Les vétérinaires

fonctionnent de pair avec une industrie pharmaceutique qui génère de juteux

profits. Les propriétaires ferment globalement les yeux et y trouvent leur

compte, jugeant que l’utilisation du Lasix permet de régler les problèmes de

certains chevaux limités ou à la santé fragile. >

L’American

Graded Stakes Committe (AGSC), créé par la TOBA dans le but de conduire l’harmonisation

demandée par les autorités internationales des courses, s’explique en ce qui

concerne sa décision de temporiser : « Les professionnels ont haussé le ton et

ont clairement exprimé leur opposition quant à l’interdiction de la médication.

Par ailleurs, ce sont souvent des entraîneurs qui sont à la tête de ces groupes

de professionnels et, la plupart d’entre eux n’envisagent pas de changer leurs

habitudes vieilles de trente ans. Nous reconnaissons que nous, les États-Unis,

sommes les seuls avec le Canada à être en marge des législations

internationales, et considérons légitime le fait que le reste du monde

n’utilise pas de produits pour améliorer les performances des chevaux. » En

dépit des efforts et du soutien des hippodromes et de certains membres des

Commissions, aucun des régulateurs des états qui accueillent quarante des

quarante-cinq courses de Groupes de 2ans (la Californie, le Kentucky et New

York) n’ont formellement pas introduit de règle qui irait dans le sens d’une

mise en oeuvre de la politique d'interdiction du Lasix. Entre l’introduction

d’une régulation et son adoption, six mois ou plus peuvent s’écouler. Et, avec

la première course de Groupe pour 2ans fixée en juin, il ne restait tout

simplement pas assez de temps. Cela explique pourquoi l’AGSC exige du temps

pour synchroniser ses efforts avec les régulateurs et les hippodromes dans les

principaux états organisateurs de courses, sachant qu’il faut composer avec la

peur qu’un état possède un avantage compétitif sur un autre, en profitant d’une

législation laxiste sur la médication. Mais les déceptions sont nombreuses, et

beaucoup de voix s’élèvent, dont celle de Bill Oppenheim, éditorialiste au TDN

(Thoroughbred Daily News). Il vient de démissionner de la TOBA dont il était

membre depuis trente ans, car il voit la décision de l’AGSC comme une

régression, une forme d’isolationnisme et un danger pour les exportations. «

Les États-Unis vont rapidement devenir le premier producteur de chevaux de

seconde catégorie si nous continuons à courir sous médication. » Qui,

d’ailleurs, hors des États-Unis, voudrait acheter des chevaux qui n’avancent

que sous Lasix, interdit partout ailleurs ? Dans tous les cas, les instances

internationales ne vont pas s’arrêter à cet échec et, comme Louis Romanet nous l’a

confié, le Conseil exécutif de la FIAH se réunit à Paris le 1er avril. Tous les

grands Jockey Clubs mondiaux seront là, notamment l’américain. Et des annonces

seront faites.

LA FIAH

POURSUIT LA LUTTE

Le 1er

avril, à Paris, le Conseil exécutif de la Fédération internationale des

autorités hippiques se réunit. Et,  parmi

les sujets nouveaux, il va statuer sur la publication, qui fera autorité au

niveau international, des seuils de médications (International Greeding Limits)

et des délais de rémanence (Detection Times). Le fait de publier officiellement

ces informations peut être décisif, car il facilitera l’harmonisation au niveau

mondial.