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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Mes retrouvailles

Autres informations / 13.03.2012

Mes retrouvailles

MON CHELTENHAM À MOI

Par Emmanuel Roussel (Equidia)

MES RETROUVAILLES

Bonjour Cheltenham. Bonjour Mme Marsh. C’est chez cette belle

septuagénaire que, depuis 19 ans cette année, je prends mes quartiers pour le

festival de l’obstacle et je continue de m’émerveiller devant sa douceur et sa

bonté.

« Je me suis endormie devant la télé mais j’ai de bonnes

nouvelles : ce bon cheval qui a déjà gagné la Gold Cup deux fois,

explique-t-elle de but en blanc. Eh bien, il court vendredi, finalement ! »

C’était effectivement la grande nouvelle du jour : après une

période de doute due à des exercices décevants, Kauto Star a rassuré son

entourage et il tentera bien de remporter le "Grand Steeple" à l’anglaise

pour la troisième fois ce vendredi. C’est son entraîneur, Paul Nicholls, qui

l’a annoncé sur son site Internet. Ces deux simples faits (une petite dame qui

s’intéresse aux partants d’un Gr1 et un entraîneur qui informe le public de ses

décisions par Internet) résument complètement ce qui nous sépare, les

Britanniques et nous, dès lors qu’on se penche sur les courses hippiques.

Je pense qu’il n’y a plus rien à faire pour vivre de telles

anecdotes de notre côté de la Manche, qu’on soit ou non dans l’espace Schengen

!

L’avion qui m’a amené de Paris à Birmingham, lui, était

plutôt plein de rugbymen amateurs. Ou d’amateurs de rugby, si vous préférez.

Tous anglais. La condition physique de certains d’entre eux pouvait laisser à

désirer, en ce lendemain de victoire du XV à la rose au Stade de France, mais

c’était déjà un possible aperçu de la faune urbaine des West Mid- lands, dont

Birmingham est une capitale.

Brenda n’est pas super bien coiffée, ce matin, mais elle

officie tout de même à son bureau de location de voitures de l’aéroport. Tandis

que j’attends la clé de la berline qui va me balader du mauvais côté de la

route toute la semaine, elle me demande gentiment ce que je viens fabriquer

dans cette partie du monde.

Je vais aux courses à Cheltenham, répondis-je.

Ah oui ? Vous n’allez pas à Stratford aujourd’hui, du coup ?

Je dis ça parce que mon mari a pris sa semaine et qu’il est aux courses à

Stratford-upon-Avon pour préparer le festival. Vous voyez qui vous, cette

semaine ? Vous avez pas un tuyau ? Un cheval français, peut-être ?

Heu, pas vraiment, non. Sous les Cieux ? Sprinter Sacré

aussi, peut-être ?

Houlà, c’est compliqué le français. Comment vous dites ?

Attendez, je note...

Imaginez un peu le tableau à Montélimar, Nogent-le-Rotrou ou

Orly-Ouest...

Une heure plus au sud, la campagne a repris le dessus sur la

ville. Prestbury Park est en effet un hippodrome rural, en bordure de ville,

mais c’est aussi un monument dont la cité est fière, un monument à vivre, qui

va se remplir quatre fois, en semaine, de 40 à 65.000 spectateurs.

Ainsi, s’intéresser aux courses et ne pas être allé à

Cheltenham au moins une fois, c’est une erreur. Pire, c’est une faute ! C’est

un peu comme d’aimer les saucisses et de bouder Francfort. Ou Toulouse. Ou

Newmarket, même, car on y trouve une excellente recette de saucisse.

Trêve de plaisanteries : il s’agit aujourd’hui de faire le

tour du propriétaire avec un primo-infecté, j’ai nommé JeanCharles Courouve,

qui découvre Cheltenham. Je l’envie. J’essaye de me souvenir de ces instants,

bientôt vingt ans plus tôt.

Jean-Charles va commenter les courses qui seront offertes

aux parieurs français sur Equidia Live ces quatre prochains jours. Tandis que

brille un soleil annonciateur d’une semaine paradisiaque de verdure

printanière, nous parcourons au pas de charge le tour de piste. Au sommet de la

montée, d’où Jean-Charles regarde, un peu interdit, les tribunes au loin, un

jockey encapuchonné nous lance un « hello » primesautier en continuant son

jogging. L’herbe est humide car on l’a arrosée mais le sol est ferme. Nous

dévalons la descente, comme des dizaines de chevaux lancés à pleine vitesse le

feront bien plus vite, de mardi à vendredi.

C’est déjà de la belle descente, me dit Jean-Charles tandis

qu’au centre de la piste, quelques chevaux irlandais déjà installés sur place

se prélassent au soleil sur un rond en copeaux.

Willie Mullins, sacré meilleur entraîneur du meeting l’an

dernier, se dépêche, en revanche. Il doit récupérer les sésames de ses

propriétaires pour la semaine. Une belle liste. Des éleveurs, des

propriétaires, des amis....

 Des veinards : ils

ont un badge pour le festival de Cheltenham. Il y aura aussi beaucoup

d’éleveurs du Centre-Est et de l’Ouest de la France, ces jours-ci, au rond de

présentation. Il y en a toujours plus.

Comment va l’écurie, Willie ?

Bien, répond-il. Je suis un peu inquiet pour Sous les Cieux.

Il a mal travaillé l’autre jour. Mais il avait gagné après avoir mal travaillé

vers Noël. En revanche, il a été battu après ses meilleurs boulots. Alors je ne

sais plus trop quoi penser, avoue l’Irlandais, toujours aussi courtois.

Qu’est-ce que je fais ? J’appelle Brenda ?