Mon cheltenham a moi par emmanuel roussel (equidia)

Autres informations / 17.03.2012

Mon cheltenham a moi par emmanuel roussel (equidia)

POINT

FINAL

Comme

souvent, Yann Porzier avait tout compris. Reprenant à son compte une blague qui

traînait jadis sur les stades de foot, l’entraîneur a expliqué, dès jeudi, en

contemplant une seconde fois le large public de Cheltenham : « À Cheltenham,

tout le public connaît les jockeys par leurs prénoms. À Auteuil, c’est le

contraire… » Or, on ne siffle pas quelqu’un qu’on connaît bien. C’est ainsi que

Kauto Star, dix ans pile après qu’un autre crack nommé Istabraq, dans le

Champion Hurdle, a été arrêté par son jockey Ruby Walsh, avant même la fin du

premier tour de la Gold Cup. Là encore, cependant, le public a applaudi le

retrait du double vainqueur de ce "Grand Steeple" anglais. On savait

qu’il n’était plus aussi mordant que dans sa jeunesse et sa participation a

longtemps été considérée comme douteuse. Son entourage s’est finalement décidé

pour courir, mais le jockey avait probablement pour instruction de le tester

avant de lui demander le maximum. Clapclap.Du coup, J. P. McManus a vu ses

couleurs remporter la grande course pour la première fois grâce à Synchronized.

Le propriétaire irlandais est parmi les plus importants d’Europe sur les

obstacles. Ancien bookmaker, il met beaucoup d’argent et d’énergie dans ce

hobby. Trois jours après la mort de son vieux complice, Garde Champêtre, dans

le cross, il a dû apprécier particulièrement une telle victoire avec un 9ans en

progrès, le meilleur finisseur d’une Gold Cup tumultueuse. Long Run, tenant du

titre, a terminé troisième. Il n’a jamais lâché le morceau, du moins jusqu’à

cent mètres du but, malgré plusieurs sauts peu orthodoxes. Il faut le revoir.

Pour Tony McCoy, multiple cravache d’or et sportif de l’année 2010 après sa

victoire dans le Grand National de Liverpool avec Don’t Push It, il s’agissait

d’un second succès, quinze ans après celui de Mr Mulligan en 1997. Vu la

célébration de l’événement après le poteau, il avait peut-être oublié. Plus

difficile d’oublier la précédente victoire de l’entraîneur, Jonjo O’Neill, dans

la Gold Cup. Il était encore jockey alors, et associé à Dawn Run. Des trois

statues équines qui ornent les enceintes de Cheltenham, seule celle de la

jument irlandaise, gagnante de la Gold Cup en 1986, lui associe son jockey.

Golden Miller (quintuple vainqueur de Gold Cup dans les années 30) et Best Mate

(triple vainqueur entre 2002 et 2004) ne sont pas montés. Le dernier porte tout

de même une selle et un collier. Best Mate est nu. Il brille un peu, comme pour

refléter les flashes des nombreux appareils qui fixent la pose d’un supporter

auprès de lui. William Safe, lui, a une plaque à son nom, accrochée contre un

des murs de l’Arkle Bar, le centre névralgique de l’hippodrome. Il n’a pas

réellement monté de gagnant à Cheltenham mais il a dû en encourager un paquet.

« En mémoire de William Safe, un turfiste vraiment enthousiaste », lit-on. Le

"turfiste inconnu" ne l’est pas donc pour tout le monde, à

Cheltenham.