Lasix au kentucky : la k.h.r.c. n’adopte pas la nouvelle proposition de regle

Autres informations / 18.04.2012

Lasix au kentucky : la k.h.r.c. n’adopte pas la nouvelle proposition de regle

Lundi

après-midi, le "comité de la médication les jours de course" de la

K.H.R.C. (Kentucky Horse Racing Commission) s’était réuni pour débattre de la

nouvelle règle sur l’usage du Lasix. Le comité avait adopté cette mesure à

quatre voix contre une. La réglementation prévoyait l’interdiction de l’emploi

du Lasix le jour de la course pour les 2ans à partir du 1er janvier 2013, pour

les 3ans et les 4ans courant face à des 3ans, ainsi que pour toutes les courses

de stakes à partir du 1er janvier 2014, et pour tous les chevaux à partir de

2015. Après l’agrément du comité, la mesure a été débattue devant la Commission

entière. Les quatorze commissaires ont alors dû donner leur avis. Aucune

majorité ne s’est dégagée, puisque sept ont voté pour et sept contre…Cependant,

la Commission n’était pas loin d’accepter l’interdiction du Lasix la veille des

courses pour toutes les courses de stakes, dans le même délai de trois ans. Tom

Ludt, président de Vinery Ltd et président du conseil du Breeders’Cup, a en

effet proposé un amendement qui aurait limité les propositions de la nouvelle

réglementation aux courses black-type. Le président de la Commission, Robert

Beck, a même appelé le comité à voter d’abord cette disposition, avant celle

interdisant complètement l’usage du Lasix. Plusieurs commissaires ont alors

voté en faveur de l’interdiction du Lasix pour les courses de stakes, avant de

faire volteface lors du vote de l’interdiction totale.

DU POUR…

De

nombreux propriétaires et éleveurs étaient présents lors de cette réunion. Dale

Romans, entraîneur fameux au Kentucky, est celui qui a livré le discours le

plus virulent contre cette règle interdisant l’usage du Lasix. Il a argumenté :

« Je suis considéré comme entraîneur, mais je suis aussi propriétaire d’une

trentaine de chevaux. J’ai un haras juste à côté de là où nous nous trouvons,

avec cinquante poulinières, et j’ai une centaine de chevaux à l’entraînement,

ainsi que soixante-dix salariés. Ce débat me concerne plus que quiconque dans

cette salle. Si l’on nous autorise à donner du Lasix à l’entraînement, c’est

que, manifestement, on considère que cela n’est pas dangereux. Nous n’aurons

juste plus le droit de l’utiliser quand il est vraiment utile, c’est-à-dire le

jour de la course. Courir peut être très traumatisant pour un cheval. Nous

avons la possibilité de lui injecter 5cc d’un médicament qui coûte 20$ et qui

peut éviter des blessures internes. Le public ne voit pas les lésions internes

comme l’on peut en voir quand un cheval se fracture une jambe, mais elles

peuvent être aussi dramatiques. Si je venais devant ce Conseil et que je

déclarais avoir un produit à 20$ dont une injection de 5cc qui, sans avoir

d’effets négatifs sur le cheval, l’empêcherait de se casser une jambe, tout le

monde voudrait l’utiliser. C’est schématiquement ce que l’on fait avec le Lasix

: on arrête les lésions internes. »

… ET DU

CONTRE

Mais

d’autres témoignages sont allés dans le sens de l’interdiction du Lasix. Bill

Casner, ancien copropriétaire de la WinStar Farm, qui a arrêté de traiter ses

chevaux au Lasix l’an dernier. « Tout ce que je peux vous dire provient de mon

expérience comme propriétaire et entraîneur, à une autre époque. Je n’étais

certainement pas un entraîneur du niveau de Dale Romans, et je respecte son

point de vue. Mais je peux vous raconter que dans les années soixante et

soixante-dix, les chevaux couraient sans Lasix. Nous courions nos chevaux toutes

les deux semaines, c’était très commun comme programme. Ils couraient bien et

récupéraient bien. À l’époque, il y avait 1.200 boxes à Hot Springs, où

j’entraînais, et des demandes pour 3.000 chevaux. Les courses faisaient le

plein de partants. Il y a environ un an, j’ai pris la décision de courir de

nouveau mes chevaux sans Lasix. C’est en allant à Dubaï, avec Well Armed, que

j’ai changé d’avis. Trois des meilleures courses qu’il a disputées dans sa

carrière ont eu lieu à Dubaï, sans médication. La nuit après son succès, de

quatorze longueurs, dans le Dubai World Cup, j’ai pensé au nombre de fois où

j’avais empêché le cheval de fournir sa meilleure valeur en lui donnant une

médication. Combien de fois a-t-il heurté le “mur de la déshydratation” lors

d’une journée chaude ? Nous avons installé des balances dans l’écurie d’Eoin

Harty, sur la Côte Est, et nous avons pu mesurer combien de poids perdaient les

chevaux lors d’une course, spécialement les jours chauds. Ils perdent entre

quinze et quarante-cinq kilos. Et ces mesures ont été effectuées les lendemains

de la course, quand ils ont eu le temps de se réhydrater durant toute la nuit.

Ils perdent énormément de poids, et c’est pour cette raison que désormais, ils

ne courent plus que toutes les cinq à sept semaines. Les entraîneurs

reconnaissent qu’il leur faut plus de temps pour récupérer. L’année où j’ai

arrêté de donner du Lasix à mes 2ans, j’ai eu six partants, pour une victoire,

trois deuxièmes places et une troisième place. Et lors de l’un de ses succès, le

poulain a battu le record du parcours, sur 1.700m, à Gulfstream Park. On élève

des chevaux depuis quatre cents ans et ils courent sous médication depuis

vingt-cinq ans seulement. Je pense que la clé du problème est que nous vivons à

une époque où le public ne supporte pas les mauvais traitements infligés aux

animaux. Je terminerai mon intervention en disant que si nous interdisons le

Lasix, le ciel ne va pas nous tomber sur la tête. Cela ne m’est pas arrivé, et

je pense même avoir gagné en compétitivité. Je pense que c’est la bonne

décision à prendre pour nos chevaux et notre industrie. »