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Jour de Galop

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Nicolas de chambure : « si on nous interdit d’aller

Autres informations / 13.04.2012

Nicolas de chambure : « si on nous interdit d’aller

À DE

GRANDS ÉTALONS INTERNATIONAUX, COMMENT LA FRANCE

FABRIQUERA-T-ELLE

SES FUTURS ÉTALONS ? »

Le

patron du Haras d’Etreham réagit vigoureusement aux propos tenus par Hubert

Tassin dans Jour de Galop, le 11 avril. Il prône le maintien des assimilés car,

en permettant à des éleveurs français de faire naître des fils de grands

étalons internationaux, la France se donnera une chance de produire elle-même

ses futurs étalons de haut niveau.

« Suite

à l’article paru dans l’édition du 11 avril, présentant le point de vue de

l’Union pour le galop français, il me paraît impératif de réagir. Après l’avoir

quitté pendant plusieurs années, le Haras d’Etreham est redevenu adhérent du

Syndicat des éleveurs il y a quelques mois. Et, depuis notre retour au sein de

cette association, je suis déçu par l’orientation prise par son comité. Je me

désolidarise donc des récentes décisions qui y ont été prises et j’espère que

beaucoup d’autres éleveurs se reconnaîtront dans mes propos.  Car c’est l’avenir de notre filière qui est

en jeu. Hubert Tassin nous dit « Si l’on n’incite pas les éleveurs qui ont des

juments de qualité à rester en France, ils vont continuer à aller à l’étranger.

Or, la situation est pour le moins paradoxale : en effet, notre système

ultra-protectionniste sert à financer des étalonniers étrangers. »

LE

PROTECTIONNISME EST UN LEURRE

Ce

postulat pose le problème des étalons français à l’envers et montre à quel

point les porteurs de cette proposition sont éloignés des réalités de l’élevage

et du marché des étalons actuels. C’est la qualité des étalons stationnés sur

notre sol qui permettra aux meilleures juments de rester ; et non pas des

mesures restrictives et protectionnistes. C’est un leurre de penser qu’en

obligeant cinq cents juments par an à rester sur notre sol, nous renforcerons

notre parc d’étalons. En effet, le marché européen des étalons est aujourd’hui

contrôlé à 80 % par deux entités : Coolmore et Darley. Quant aux 20 % d’étalons

qui leur échappent, ils sont sujets à de vives luttes au moment de leur

acquisition, entre des haras tels que Ballylinch, Rathbarry, Cheveley, Tweenhills

ou Highclere. Être compétitif à ce niveau est très important et suppose un

investissement financier de plus en plus lourd qui pose alors le problème de la

rentabilité. Il est donc évident que, dans les conditions de marché actuelles,

renforcer notre parc étalons est un exercice compliqué et qui prendra du temps.

En parallèle et en l’absence d’un parc d’étalons de haut niveau, il est donc

indispensable de maintenir le principe des assimilés. Chaque éleveur doit

pouvoir garder la liberté de ses croisements et de porter son investissement là

où il le souhaite. Le contraire appauvrirait à coup sûr notre élevage et la

qualité de nos courses. Plusieurs évolutions peuvent permettre de mieux

contrôler le principe des assimilés et de lutter contre les abus, mais pas au

détriment de la qualité de notre élevage. L’ouverture, la concurrence et

l’esprit d’entreprendre ont toujours permis à une industrie de se développer.

Je prône donc une approche de marché pragmatique qui valoriserait

l’investissement, la prise de risque et la qualité, tout en maintenant un

environnement contrôlé et structuré.

UN

SYSTEME DE PRIMES/ALLOCATIONS QUI NE FAVORISE PLUS L’AMELIORATION DE LA RACE

À cet

égard, je me permets de rappeler l’une des missions de France Galop, celle de

l’amélioration de la race. Aujourd’hui, notre système de prime et d’allocation

n’est plus en adéquation avec ce principe fondateur. Par un saupoudrage

égalitaire des primes et des allocations proposé par M. Tassin, c’est de

nouveau la médiocrité qui est récompensée; tant au niveau de l’élevage que des

courses. France Galop ne doit pas se soucier de rendre rentable chaque

exploitation, mais de récompenser l’amélioration du « pur-sang français ». De

manière concrète, voici deux axes qui pourraient être développés afin d’améliorer

notre parc d’étalons :

- Un

système d’aide au financement pourrait être mis en place par France Galop afin

de permettre l’acquisition d’étalons avant de les syndiquer à des porteurs de

parts français et étrangers. Je rejoins sur ce point M. Tassin, mais les

étalons doivent appartenir aux éleveurs et non à France Galop, dont le rôle se

limiterait à avancer les fonds.

- via le

maintien des assimilés, c’est l’accès aux meilleurs reproducteurs étrangers qui

est maintenu. Ceci nous permettrait d’élever des "étalons

potentiels", fils de Galileo, Dansili, Oasis Dream… Ils pourraient être

syndiqués dès l’âge de dix-huit mois et être maintenus à l’entraînement en

France, dans le but de créer nos propres étalons.

"GROS"

ET "PETITS" : TOUS DANS LE MEME BATEAU !

Au-delà

d’outils "techniques", c’est notre attitude et nos mentalités qui

doivent évoluer. Nous devons (éleveurs et étalonniers) être capables de

travailler ensemble, d’investir ensemble et de mettre en avant notre élevage

national. De nombreux jeunes entrepreneurs s’installent sur notre sol et il

serait dommage de ne pas profiter de cette dynamique. Pour conclure, je

voudrais en finir avec une idée qui me tient à coeur : non, les intérêts des

"gros" ne sont pas différents des intérêts des "petits". Peu

importent les moyens employés…Nous partageons tous le même rêve, celui d’être

associés à un cheval de Groupe et que notre travail et notre investissement

soient récompensés à leur juste valeur ! »