Prime à l’éleveur des chevaux français : les mots ont un sens

Autres informations / 20.04.2012

Prime à l’éleveur des chevaux français : les mots ont un sens

Par

Baudouin de la Motte Saint Pierre, Vice-président de l’Union pour le Galop

français

Lors des

élections qui ont eu lieu en novembre dans le cadre de France Galop, toutes les

listes d’éleveurs en présence, et notamment les deux listes arrivées en tête,

se sont fort opportunément interrogées sur le fait que plus de 1.100 juments

françaises étaient envoyées à la saillie à l’étranger. Chacun a alors pointé du

doigt un détournement du système des primes à l’éleveur attribuées aux chevaux "nés

et élevés en France", subventionnant finalement des organisations

d’étalonnage en dehors de France, et chacun convenant alors qu’il faudrait le

réformer. Jour de Galop a, à mon avis fort opportunément, remis ce sujet au

premier plan de l’actualité. Si les mots ont un sens, le système des primes

octroyées aux chevaux "nés et élevés en France" est une subvention

qui doit profiter à ceux qui jouent la carte de l’élevage national. Multiplier

les facilités de se soustraire à cette logique nuit finalement à l’intérêt

général et appauvrit le dispositif français. On peut se demander si une

poulinière qui est saillie chaque année à l’étranger et, qui plus est, pouline

hors de notre sol, doit entrer dans le cadre des subventions. Rechercher à

utiliser l’argent généré par le système des courses françaises pour octroyer un

avantage aux éleveurs qui donnent la priorité à l’élevage national n’a rien de

choquant. Éleveur depuis trente ans, je sais d’expérience qu’un élevage qui se

replierait sur lui-même se condamnerait au déclin. Oui, il faut toujours

rechercher de nouveaux courants de sang, tendre à l’amélioration. Non,

l’élevage français ne peut vivre en se regardant le nombril et en fermant ses

frontières. Mais si les mots, là aussi, ont un sens, les propositions formulées

par Hubert Tassin, au nom de l’Association PP et de l’Union pour le Galop

Français, ne préconisent pas d’interdire aux éleveurs d’aller à la saillie à

l’étranger. Elles se contentent juste de ne pas subventionner systématiquement

ceux qui font librement ce choix. Dans un souci d’équilibre, ces propositions

permettent même de maintenir lesdites subventions dans le cas où la mère serait

saillie à l’étranger une année sur deux. Certains ont pu revendiquer une

solution plus restrictive encore ! La langue française est riche et les mots

sont précis. Dire que notre mouvement voudrait "interdire" est une

caricature de mauvais aloi. Non, il n’interdit rien, nous voulons simplement

inciter. Inciter les éleveurs à choisir plus souvent les étalons français et

surtout, en augmentant la demande, inciter les gestionnaires d’étalons à

rejoindre le marché français. Nous sommes bien conscients que les choses ne

sont pas si simples et que la qualité de notre élevage reste la PRIORITÉ. La

création d’un fonds d’investissement est un point essentiel de cette réforme

qu’on ne peut, en aucun cas, séparer des autres mesures. Elle serait amorcée

financièrement par France Galop et en partenariat avec l’État qui, compte tenu

de son désengagement de la monte publique, dispose d’une marge de manoeuvre.

Elle sera un outil pour que se fixent sur notre sol des étalons de qualité qui

auront alors un marché à leur mesure. Le système actuel a démontré ses limites.

Ne rien changer c’est maintenir cet élevage français à deux vitesses : les assimilés

d’un côté, les "FR" de l’autre. Les PP, comme les autres élus des

éleveurs à France Galop, ont pris des engagements. Hors de toute caricature et

loin des intérêts particuliers, il faut maintenant agir et, au bout d’une

négociation qui s’ouvre, mettre en place un système de subventions à l’élevage,

basé sur une analyse objective de la situation et des résultats que donne le

cadre présent.