Chantilly, prix de guiche (gr3) : un jugement qui fait debat

Autres informations / 11.05.2012

Chantilly, prix de guiche (gr3) : un jugement qui fait debat

Supplémenté

par André Fabre, Saint Baudolino (Pivotal) s’est emparé du Prix du Guiche

(Gr3). Une victoire acquise aux forceps, dans une arrivée très disputée et très

discutée. Saint Baudolino a dû se faire le passage et, jamais vraiment

équilibré, il a effacé Xanadou (Peintre Célèbre) – sur ses fins – de l’arrivée

avant de tamponner Sofast (Rock of Gibraltar) qui avait le meilleur jusqu’à

vingt mètres du poteau. En selle sur Xanadou – qui a lui-même essayé de

"chiquer" Saint Baudolino ! –, Christophe Soumillon n’était pas loin

de tomber, tandis que Sofast aurait pu revenir complètement esquinté de cette

course. Pourtant, après enquête, les commissaires ont jugé que l’arrivée s’est

déroulée sans irrégularité par rapport au Code des Courses français, puisqu’ils

ne l’ont pas modifiée. Saint Baudolino était bien le meilleur cheval dans ce

Prix de Guiche et, d’ailleurs, s’il avait eu l’ouverture plus tôt, il aurait

gagné plus facilement. Mais, la façon dont il a obtenu ce succès et, surtout,

le jugement des commissaires amènent à se poser des questions. Dans les

balances, la décision des commissaires a suscité une grande incrédulité, tant

il semblait évident que Saint Baudolino allait être rétrogradé. Dans notre

prochaine édition, nous demanderons un éclairage à Henri Pouret, directeur

opérationnel des courses à France Galop. Car il y a quelque chose que nous

n’avons pas compris… D’après nos informations, la doctrine françaisese focalise

sur la réalité d’une gêne et sur la dangerosité d’une monte, quel que soit le

classement à l’arrivée ; alors que la doctrine anglaise ne prévoit pas de

modifier une arrivée si "le meilleur a gagné". Et, de notre point de

vue, en nous basant sur la vue de face, la gêne a été réelle.

UNE

QUESTION D’INTERPRETATION…

Les

commissaires ont seulement appelé Maxime Guyon et Christophe Soumillon,

respectivement jockeys de Saint Baudolino et de Xanadou. Donc, ils ont jugé que

Sofast, sur lequel Saint Baudolino s’est appuyé aux abords du poteau –la vue de

face le montre –, n’entrait pas en compte dans l’équation de l’enquête, ce qui,

déjà, est étonnant. Ensuite, les commissaires ont déduit que Xanadou, il est

vrai sur ses fins, n’avait pas été empêché de conserver la troisième place.

Ceci est une interprétation et il n’est pas sûr que Xanadou n’aurait pas

conservé ce classement. On peut légitimement avoir des doutes sur ce point et,

quand on connaît la différence entre une troisième et une quatrième place de

Gr3 sur une page de catalogue, cette interprétation est importante…Saint

Baudolino est-il fautif ? En ne sanctionnant pas Maxime Guyon [voir le PV

officiel de la course, à la fin de cet article] – cela découle de la non

rétrogradation de Saint Baudolino –, faut-il en déduire une nouvelle

interprétation du Code des Courses ? Voici ce qu’elle donnerait :

• On

peut faire sa place dans une phase finale de course en s’appuyant sur les

autres. (Saint Baudolino l’a fait. Certes, c’est lui qui avait le plus de

"gaz", mais son comportement peut légitimement être considéré comme

dangereux. Le cas du "Guiche" 2012 peut donc être vu comme une

jurisprudence au regard de l’interprétation qui en a été faite.)

• Le

curseur qui situe la monte dangereuse est décalé et l’on peut prendre plus de

risques dans une phase finale sans être sanctionné.

• La

règle française se juge au cas par cas, en fonction des commissaires en place,

et aussi en fonction de l’endroit de la gêne. (La veille, dans la dernière

épreuve de Maisons-Laffitte, Val de Majorque a été rétrogradé pour moins que

cela. Dans la Poule d’Essai des Pouliches, Liliside était autant fautive que

Saint Baudolino et elle a été rétrogradée pour un incident survenu beaucoup

plus loin du poteau. On peut reparler encore du cas Dar re Mi. Les exemples ne

manquent pas et c’est ce manque de cohérence dans les jugements qui pose le

plus de problèmes à long terme.)

MALGRE

TOUT, SAINT BAUDOLINO ETAIT BIEN LE MEILLEUR

Oui, le

meilleur cheval a gagné, mais en force. C’est ce qu’il faut retenir de cette

préparatoire au "Jockey Club" où, tout au long de la ligne droite,

les vainqueurs possibles parmi les quatre meilleures chances de la course se

sont succédé. Dernier assaillant, Saint Baudolino, qui a longtemps dû ronger

son frein, a mis le coup de reins que ses adversaires n’ont pas su ou pas pu

remettre. S’il vient à courir le "Jockey Club", il en sera l’une des

premières chances. Et ce sur l’impression visuelle qu’il laisse, plus que par

la manière dont il a obtenu son succès et les écarts minimes observés à l’arrivée.

Deuxième, Sofast a couru en net progrès par rapport à sa rentrée. Il se testait

sur la distance de 1.800m et, redevenant attentiste, il a de nouveau couru une

bonne valeur. Mandour (Smart Strike) a fait sa course, cette fois en allant

devant – il est bien mieux parti que la dernière fois à Maisons-Laffitte –,

sans faire beaucoup de rythme. Il a dû répondre à plusieurs attaques et,

finalement, s’avouer vaincu. C’est un bon cheval, mais il n’est pas sûr que

cela suffise dans le "Jockey Club". Quant à Xanadou, il se peut que

la distance ait eu raison de lui. Venu très facilement, il a coincé pour finir.

Christophe Soumillon a essayé de temporiser un maximum, mais il était dans le

sillage de Silver Northern (Voix du Nord) qui n’était pas, il faut bien le dire,

la meilleure roue de la course.  Il a

donc dû attaquer de bonne heure.

LA

SOUCHE DE LYCIUS

Saint

Baudolino est un fils d’Alessandria (Sunday Silence), gagnante de son maiden en

débutant, avant d’échouer au niveau Groupe. Alessandria est issue de Tereshkova

(Mr Prospector), lauréate du Prix de Cabourg (Gr3), et deuxième des Moyglare

Stud Stakes (Gr1). C’est une propre soeur de Lycius, gagnant des Middle Park

Stakes (Gr1), et deuxième du July Cup, des 2.000 Guinées, du Prix de la

Salamandre et du Prix Jacques Le Marois (Grs1).