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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Cirrus des aigles : exceptionnel à tout point de vue !

Autres informations / 30.04.2012

Cirrus des aigles : exceptionnel à tout point de vue !

Par sa

victoire magistrale dans le Prix Ganay (Gr1), Cirrus des Aigles a signé son

premier Gr1 en France. Un exploit qui nous permet, enfin, de disserter sur un

pedigree que beaucoup rangent dans la catégorie des "exceptions

génétiques"...

Par

Thierry Grandsir (DNA Pedigree)

UN

CROISEMENT QUI "TIENT DEBOUT"...

Par

définition, on qualifie d'exception génétique un cheval aux origines modestes

ayant fait preuve de qualités hors normes sur la piste. Ce fut le cas par

exemple du top miler The Wonder (Wittgenstein), du gagnant d'“Arc” Subotica

(Pampabird), ou plus récemment du valeureux Dunaden (Nicobar), double gagnant

de Gr1 l'an passé. Cirrus des Aigles entre dans cette catégorie : si sa classe

pure est indéniable, il est vrai qu'à première vue, son pedigree n'est guère

engageant : du côté paternel, il est le seul gagnant de Stakes produit par Even

Top (sur 163 foals), son grand-père, Topanoora, n'a guère été plus performant  (2 gagnants de Stakes sur 381 foals), et

aucun de ses trois premiers pères n'a gagné au niveau Gr1. Le bas de papier

n'est guère supérieur, avec une mère inédite et la présence du premier black

type en plat sous la quatrième mère... Pas de quoi faire un top price yearling

sur les rings de vente, mais le fait est : il galope, et plus vite que les

autres ! La combinaison des gènes est aléatoire et imprévisible, mais si la

probabilité d'obtenir un sujet de classe est parfois très maigre, elle n'est

jamais nulle. À l'issue de la victoire de Cirrus des Aigles dans le Dubai

Sheema Classic (Gr1), en mars dernier, son entraîneur, Corinne Barande-Barbe,

déclarait au micro d'Equidia : « J'encourage tous les petits éleveurs à faire

des croisements qui tiennent debout, même avec leurs petits moyens, et à y

croire ! ». Message bien reçu, que nous relayons ici avec un enthousiasme non

dissimulé. Mais qu'est-ce qu'un croisement qui "tient debout" ? Vaste

programme, qui commence avant tout par une approche ignorant les modes

commerciales pour ne se baser que sur des critères d'ordre génétique : objectif

unique, la compétition. Un croisement qui "tient debout passe également

par la mise en présence de deux reproducteurs aux qualités et aptitudes

comparables ou complémentaires, à la génétique compatible. Essayons donc de

comprendre ce qui "tient debout" dans le croisement à l'origine du

prodigieux Cirrus, sans occulter, cela va de soi, l'influence prépondérante

qu'aura exercé son entourage sur sa carrière !

EVEN

TOP, UN TALENTUEUX MILER...

Cheval

long et puissant avec de l'os et des canons courts, de bonne taille (1,66 m),

assez précoce et "vite", Even Top remporta trois victoires et neuf

places en dix-neuf sorties de 2 à 5ans : deuxième du Racing Post Trophy (Gr1 –

de Beauchamp King) à 2ans, il réalise la meilleure performance de sa carrière

en se classant deuxième à une courte tête du champion Mark of Esteem à

l'arrivée des 2.000 Guinées (Gr1). Il devançait à l'occasion les gagnants de

Gr1 Bijou d'Inde, Alhaarth, Beauchamp King, Danehill Dancer et Royal Applause.

Excusez du peu ! Il n'est donc pas étonnant qu’Yvon Lelimouzin, coéleveur de

Cirrus, ait porté son dévolu sur Even Top après avoir visionné cette course !

La suite fut moins glorieuse pour Even Top : quatrième des Champion Stakes

(Gr1) en fin de saison puis troisième des Lockinge Stakes (Gr1) à 4ans et

seulement placé à 5ans, il n'attira guère les foules lors de son entrée au

haras en Irlande, étant plutôt orienté sur la production de sauteurs, avant

d'intégrer le parc étalon français en 2004 au haras des Loges, puis aux Haras

nationaux. Il nous a quittés cinq saisons plus tard, à l'âge de 16ans, sans

avoir eu vraiment toutes ses chances. Rappelons qu'il émane de la famille

maternelle de Tulyar (Derby) et de Saint Crespin III (Prix de l'Arc de Triomphe),

et que sa troisième mère, Anticlea, fut la championne de sa génération à 3ans

en Italie. LA LIGNEE MALE D’AHONOORA...

Ce qui

"tient debout" dans le pedigree de Cirrus des Aigles, c'est

incontestablement son appartenance à la lignée mâle de Ahonoora, la branche la

plus vivace de la dynastie initiée par le vénérable Herod (descendant direct de

Byerley Turk), via Tourbillon et Djebel. Pour s'en convaincre, remontons à

Lorenzaccio, présent à la quatrième génération du pedigree de notre champion.

Lorenzaccio fut un bon 2ans, gagnant des July Stakes (sur 1.200m) et deuxième

du Prix Morny (Gr1 – de Madina) avant de remporter à 3ans le Prix Jean Prat

(aujourd'hui Gr1) devant Satu (future grand-mère de Funambule). Mais c'est à

l'âge de 5ans que Lorenzaccio montra toute l'étendue de son talent, s'adjugeant

successivement le Prix Quincey (Gr3), le Prix Foy (Gr2) sur 2.200m en temps

record et surtout les Champion Stakes (Gr1), épreuve dans laquelle il infligea

sa seconde défaite au crack Nijinsky (dupliqué dans le pedigree de Cirrus).

Comme Lorenzaccio, Cirrus des Aigles dut lui aussi attendre l'âge de 5ans pour

s'adjuger son premier Gr1, et ce, dans les Champion Stakes ! Lorenzaccio est le

père d'Ahonoora, un très bon sprinter anglais qui, bien que victime d'une fêlure

d'un pâturon à 2ans, remporta 7 victoires de 2 à 4ans sur 1.000 à 1.200m,

d'abord dans des handicaps, puis dans des Groupes. Une carrière tout en

progression, comme celle de son père mais aussi comme celle de son fils

Topanoora : performer très régulier sur 2.000 à 2.400m à 3 et 4ans, le

grand-père de "Cirrus" remporta sept victoires et cinq places en

quatorze sorties publiques, accédant au statut de gagnant de Gr2 lors de son

ultime tentative, les Blandford Stakes, en octobre de ses 4ans. Il fut exporté

en Inde après deux saisons de monte en Irlande, avant de revenir deux ans plus

tard sur l'Île d'Emeraude suite aux exploits d’Even Top. En résumé, il est fort

probable que Cirrus des Aigles ait hérité du bon mental et de la faculté de

progression, sortie après sortie, que l'on retrouve largement dans la

descendance d'Ahonoora!

AHONOORA

X NORTHERN DANCER...

Un

croisement qui "tient debout", c'est aussi un mélange de sangs

permettant de générer une combinaison génétique favorable. En la matière, il

est clair qu’Ahonoora représente un courant outcross très efficace avec

Northern Dancer (sur lequel la mère de "Cirrus" est inbred). Une

formule quel'on retrouve chez la quasi-totalité des gagnants de Gr1 porteurs de

son sang, dont Azeri, Cape Cross, Domedriver, Dr Devious, Latice,

Leroidesanimaux, Linngari, Namid, New Approach ou encore Waky Nao, autant de

performers durables, à la manière de Cirrus des Aigles ! Ajoutons à cette liste

(non exhaustive) le bon Relaxed Gesture, gagnant du Canadian International (Gr1)

à 4ans, qui véhicule les sangs de Ahonoora, de Bold Reasoning et de Lyphard,

soit une combinaison comparable à celle de notre champion. Notons que le parc

étalons français offre de belles opportunités aux éleveurs qui souhaitent

réaliser des croisements qui "tiennent debout", à l'image de Dunaden

et de Cirrus des Aigles, avec les descendants directs d'Ahonoora que sont

Domedriver (haras du Grand Chesnaie), Linngari (haras du Petit Tellier), Namid

(haras des Faunes), Nicobar (Écuries de la Daudaie) et Rayeni (haras des

Sablonnets).

NIJINSKY,

ROUND TABLE ET SELENE...

Les

inbreedings présents dans le pedigree de Cirrus des Aigles font également

partie des éléments qui "tiennent debout". Even Top est inbred 4x4

sur Round Table, et sa mère est une petite-fille de Nijinsky. L'apport d'un

second courant de sang de ce dernier (via Green Dancer) et d'une troisième

citation de Round Table est fort sensé, leur association étant présente en

direct chez huit gagnants de Gr1 dont le classique Caerleon. Mais on relèvera également

la multiple présence de la jument d'élite Selene, mère du chef de race Hypérion

(présent trois fois chez Even Top et cinq fois chez Taille de Guêpe) et d'All

Moonshine, laquelle est dupliquée en 5x5 chez Even Top. Précisons que Hypérion

et All Moonshine sont équivalents à 75 %, d'où une concentration génétique fort

séduisante...

UNE

FAMILLE MODESTE...

La

famille maternelle de Cirrus des Aigles est estampillée modeste : il faut en

effet remonter à sa cinquième mère, Run Honey (placée de Groupe à 2ans en GB),

pour trouver trace d'un gagnant classique dans la famille, son

arrière-arrière-petit-fils, Alomas Ruler, ayant remporté les Preakness Stakes à

3ans aux USA. Mais cette souche n'est pas ridicule pour autant : la quatrième mère,

Runnello (Crepello), fut gagnante de Listed en plat avant de produire le bon Banjer,

gagnant du Prix La Rochette (Gr3) à 2ans puis étalon sur notre sol. La mère suivante,

Ruma, remporta deux victoires en province avant de produire deux black type en

obstacle, en digne fille de Rheffic. Notons qu'elle est la troisième mère d'un

jeune 2ans répondant au nom de Mister Indian, titulaire de trois places en

trois sorties cette saison à Bordeaux, élevé et entraîné par Chistian Baillet,

il s'agit d'un fils de l'améliorateur Indian Rocket, petit-fils d'Ahonoora...

Souhaitons-lui de connaître la même progression que son cousin, issu du même

croisement ! Roots, deuxième mère de Cirrus, remporta trois succès avant

d'échouer dans un Gr3. On lui doit deux vainqueurs, l'un en plat et l'autre en

obstacle. Elle n'a guère tracé au haras pour une simple raison : sur ses neuf

foals, sept sont des mâles et sa plus jeune femelle n'a que 3ans. Notons que

Roots est une fille de Funambule, étalon tête de liste en Suède et

génétiquement équivalent à 100 % avec l'excellent père de mères Sicyos. Taille

de Guêpe, mère de Cirrus, n'a pas couru. De modèle assez massif, c'est une

fille de Septième Ciel, père de la gagnante des Oak Leaf Stakes (Gr1) Vivid

Angel (d'ailleurs inbred sur Round Table !), et père de mère de quatre gagnants

de Gr1. Elle a produit six foals à ce jour, à commencer par le très solide

Mesnil des Aigles (Neverneyev), un sprinter miler de handicaps titulaire de

sept victoires et de 27 places en 75 sorties de 3 à 7ans, aujourd'hui étalon au

haras du Bois d'Argile dans l'Oise. Ses deux produits suivants sont des filles

d'Alamo Bay fort modestes en course (dix sorties chacune, une seule place pour

l'une d'elles) avant d'entrer au haras. Cirrus des Aigles est son quatrième produit,

suivi par une pouliche de 4ans par Enrique (placée l'an passé) et un yearling

mâle par Sinndar. Elle a été saillie par Siyouni en 2011.

"CIRRUS"

DANS "L’ARC" ?

À

l'heure où Goldikova quitte le devant de la scène hippique pour s'adonner aux

joies du haras, le coeur du public français bat de plus en plus fort pour une

nouvelle star, au capital sympathie grandissant. Nous voulons retrouver l'enthousiasme

d'antan sur nos hippodromes ? Alors nous devons modifier les conditions

d'entrée du Prix de l'Arc de Triomphe et l'ouvrir aux hongres. Les classiques

pour 3ans jouent leur rôle de sélection, celui de "l'Arc" consiste à

désigner le meilleur cheval de la planète courses. Nous devons offrir à Cirrus

des Aigles la possibilité d'y participer, pour le bonheur de tous.