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Jour de Galop

JOUR DE GALOP

Bertrand belinguier dresse le bilan de ses 5 premiers mois a la tete de france galop

Autres informations / 31.05.2012

Bertrand belinguier dresse le bilan de ses 5 premiers mois a la tete de france galop

Bertrand

Bélinguier a été élu président de France Galop à la fin du mois de décembre

2011. Pour sa première longue interview-bilan, il a choisi Jour de Galop.

D’ailleurs, en s’exprimant d’abord dans un journal quotidien «100 % sociopro»,

il adresse un signe symboliquement très fort aux socioprofessionnels de la

filière galop. Il est exact qu’il a déployé beaucoup d’énergie à leur service

depuis cinq mois.

JOUR DE

GALOP. – ENTRONS DANS LE VIF DU SUJET AVEC LE GRAND THEME DU MOMENT : LES

PRIMES, LE SUFFIXE «FR» ET LES ETALONS STATIONNES EN FRANCE. QUELLE EST VOTRE

ANALYSE ?

Bertrand

Bélinguier. – Que constatons-nous? Les étalons anglais et irlandais de très bon

renom saillissent deux fois plus de juments qu’en France et, pour simplifier, à

des prix deux fois plus élevés. Ces étalons suscitent logiquement l’intérêt des

éleveurs, et de fait les étalons stationnés en France n’ont pas toujours la

qualité de juments souhaitable.

LES AVIS

SONT TRES TRANCHES SUR CETTE QUESTION. COMMENT ENVISAGEZ-VOUS DE TRAVAILLER ?

La

question est effectivement très débattue en France. Mon objectif est d’écouter

les souhaits des uns et des autres et d’essayer de proposer au conseil

d’administration une solution qui paraîtra la meilleure pour le développement

de l’élevage français. Et le faire si possible lors de notre réunion du 25

juin. Notre objectif est de régler ce sujet difficile d’une façon aussi

satisfaisante que possible avant l’été. D’ici là, je serai moi-même très

attentif à ce que les discussions se passent dans un climat serein. Nous devons

essayer de trouver un consensus – et je ne dis pas un compromis– sur ce qui est

important pour l’élevage. Et pour cela, les uns et les autres doivent faire un

bout de chemin.

FAUT-IL

REFORMER LE SYSTEME ACTUEL, QUI A TOUT DE MEME FAIT SES PREUVES ?

Oui je

le crois. C’est toujours regrettable de constater une distorsion entre ce que

l’on dispose et la réalité. France Galop distribue des primes pour encourager

les nés et élevés en France. Mais la réalité, c’est que de plus en plus de

chevaux ne sont pas nés et élevés en France, et que de plus en plus de juments

s’en vont à l’étranger. Donc le système n’atteint pas pleinement son but. Il me

semble que l’on devrait pouvoir arriver à des solutions entre un

protectionnisme étroit qui nous fermerait tout et tournerait le dos au marché,

et une solution qui défende les intérêts de l’élevage français.

PENSEZ-VOUS,

COMME CERTAINS ELUS, QUE FRANCE GALOP DOIT CONSTITUER UN FONDS D’INVESTISSEMENT

POUR ACQUERIR DES ETALONS ?

Il y a

des choses à faire concernant les étalons, en termes d’achat et de location.

France Galop peut aider à trouver des solutions. Mais je ne pense pas que ce

soit la mission de France Galop de devenir propriétaire d’étalons ; j’imagine

plutôt une aide financière, un prêt, pour faciliter les délais de paiement dans

l’acquisition ou la location d’étalons de premier plan. Les grands pays

d’élevage sont aussi des pays où stationnent de grands étalons, car les

meilleures juments suivent les meilleurs étalons.

APRES

CINQ MOIS DE PRESIDENCE, QUEL REGARD PORTEZ-VOUS SUR LA SITUATION DANS LAQUELLE

VOUS AVEZ TROUVE LE GALOP FRANÇAIS ?

J’avais

dit que si j’étais élu, dès le lendemain, je serais présent à France Galop et

sur le terrain. J’ai ainsi pu mesurer cette attente de présence, à travers tous

les contacts que j’ai pu avoir avec les professionnels, les responsables des

sociétés régionales que j’ai visités, tout comme au sein de France Galop. Un

deuxième sujet m’a tout de suite beaucoup occupé : c’est le fonctionnement

interne de France Galop. Chacun avait pu constater qu’il existait un certain

nombre de manques dans des fonctions de responsabilités. Il était également

nécessaire de réorganiser la maison, afin que la société-mère soit

véritablement une société de services en direction des professionnels et des

sociétés régionales. Il fallait trouver un juste équilibre entre le rôle du

président et celui du directeur général. Je suis très attaché à être un

président actif et présent mais France Galop doit avoir un directeur général

qui soit pleinement responsable de son activité. C’est pourquoi j’ai beaucoup

travaillé, avec Hubert Monzat et les Vice-Présidents, à mettre en place un

nouvel organigramme qui a notamment abouti à la promotion de deux adjoints au

directeur général, Christian Maigret pour la partie finances et organisation,

et Henri Pouret pour la partie courses.

VOUS

AVEZ EGALEMENT TRAVAILLE AVEC LES ELUS…

Je

voulais rapidement mettre en place tout ce que j’avais annoncé avant mon

élection. Nous avons créé un conseil économique et social, présidé par Philippe

Bouchara assisté de Philippe Jeanneret, et accordé une attention particulière

au facteur régional avec une commission des régions dont la composition a été

revue et la responsabilité confiée à Nicolas Landon. Nous avons aussi installé

la commission des propriétaires, avec pour la première fois une présidente,

Axelle Nègre de Watrigant, ce que je trouve tout à fait positif, compte tenu de

l’importance croissante que les femmes ont dans les courses. Enfin, une de nos

priorités concerne l’image des courses et comment accroître leur notoriété dans

le monde actuel. C’est le sens de la mission que j’ai confiée à Patrick

Fellous. De façon générale, nous nous voyons très régulièrement avec les deux

Vice-Présidents Jean d’Indy et Loïc Malivet. Enfin, le conseil d’administration

exerce pleinement ses responsabilités. Je veille à assurer l’information sur

ses travaux. Donc, en peu de temps, j’ai réorganisé France Galop, mis en place

toutes les structures qui avaient été annoncées et, parallèlement, mené une politique

de présence par des déplacements qui m’ont permis de mieux connaître et

d’écouter tous ceux qui travaillent pour le galop, en région parisienne et dans

les différentes régions. Dans cette forte activité, je ne veux pas oublier la

recherche d’économies dans la gestion de France Galop. Comme vous le savez,

j’ai demandé à Hubert Monzat de préparer un plan d’économie de 2,5 millions

d’euros qui représente, en année pleine, à peu près 5 % des dépenses de

fonctionnement de France Galop. Bref, ces cinq mois ont été bien occupés !

VOUS

AVEZ LONGUEMENT EVOQUE L’INTERNE. QU’EN EST-IL DE L’EXTERNE?

Je pense

en particulier à tout ce qui a été dit au moment de la parution du rapport

Augereau. Nous avons abouti à la création du comité stratégique tel que nous

l’avons voulu, en parfaite collaboration avec l’État. Tout cela a représenté

évidemment un travail considérable de coordination confiante avec la Société

d’encouragement du cheval français, et de très nombreux contacts avec Dominique

de Bellaigue, mon homologue du trot. Le comité stratégique, où m’accompagne

Hubert Tassin, a déjà lancé les audits annoncés sur les revenus des sociétés

des courses et de la filière, les coûts et la situation économique des

entreprises d’entraînement et d’élevage. Par ailleurs, en étroite concertation

avec le Trot, France Galop est très attachée au règlement définitif de la

situation de la taxe affectée telle que votée par le Parlement. La même

implication concerne la T.V.A. Les nouveaux ministres concernés sont saisis du

problème pour lequel nous travaillons en liaison avec d’autres pays, notamment

l’Irlande.

DANS

L’ORGANIGRAMME DE FRANCE GALOP, TROIS NOMS IMPORTANTS MANQUENT ENCORE (UN

DIRECTEUR DE LA COMMUNICATION, UN DIRECTEUR DES SITES ET UN DIRECTEUR DU

DEVELOPPEMENT INTERNATIONAL). EST-IL DIFFICILE DE RECRUTER A FRANCE GALOP ?

Les

recrutements que vous évoquez sont en cours. Ils suivent un processus normal.

Ni plus rapide ni plus lent qu’un recrutement classique dans une entreprise.

Mais je trouve qu’il n’est pas normal que les courses doivent aller chercher à

l’extérieur les titulaires de fonctions de responsabilité. Et c’est pour cela

que j’ai d’ores et déjà lancé une réflexion autour d’un programme de formation

qui soit adapté à nos besoins. Sur le plan de la formation, il existe

d’ailleurs plus de choses qu’on ne le croit en France. Je pense à l’école

Agro-Sup Dijon, et son Master spécialisé Sciences et Management de la filière

équine, mais aussi différents diplômes à l’Université de Rennes, à l’I.U.T.

d’Alençon ou encore à l’université d’Angers. Ce que je suis en train de

rechercher, c’est comment mieux fédérer ces instances ou créer une structure

nouvelle pour arriver à un cursus de formation des managers dans les différents

secteurs des courses. Et, naturellement, pas uniquement pour des fonctions de

responsabilité au sein des sociétés de courses, mais aussi dans les haras, les

centres d’entraînement, etc. Il ne faut pas uniquement gérer le présent mais

aussi préparer l’avenir. C’est pour moi absolument indispensable qu’une

activité économique aussi importante que les courses de chevaux se préoccupe

impérativement de la formation des cadres qui la dirigeront dans l’avenir. Ce

n’est pas nécessairement le sujet le plus connu de la filière, et pourtant vous

travaillez actuellement sur une remise à plat de la manière dont les images

télévisées des courses sont produites et diffusées, hors Equidia.

QUE

VOULEZ-VOUS CHANGER A LA SITUATION ACTUELLE (QUINTE+ SUR FRANCE 3 PRODUIT PAR

KM, LA SOCIETE DE MICHEL DENISOT, ET IMAGES DES COURSES AU GALOP PRODUITES PAR

LEOVISION, FILIALE DE LAGARDERE) ?

C’est

simple : nous recherchons la meilleure solution pour valoriser la diffusion

télévisée des courses. Aujourd’hui, nous procédons à une mise en concurrence

d’un certain nombre de chaînes qui nous font des propositions et j’espère que

dans les prochaines semaines, nous serons en mesure de prendre une position

commune avec le Trot pour être prêts à la rentrée. Nous agirons en toute

liberté pour choisir la meilleure offre au meilleur coût.

PENSEZ-VOUS,

DONC, QU’IL Y AURA DU MOUVEMENT ?

On

constate une division importante de moyens, avec de nombreux intervenants dans

le cadre de la chaîne de diffusion et de production des images télévisées des

courses et notamment du Quinté+. Il faut rechercher la solution la plus

rationnelle. La situation a considérablement évolué au cours des dernières

années, notamment avec l’arrivée de la T.N.T. Equidia existe depuis maintenant

treize ans et fait preuve de maturité.

AUTRE

SUJET, FAUT-IL S’INQUIETER DU NOMBRE DE PARTANTS DANS LES COURSES AU GALOP, ET

DE SES CONSEQUENCES SUR LE CHIFFRE D’AFFAIRES DU PMU ?

C’est

une question importante, mais je pense qu’il faut relativiser le problème. Il

est évidemment souhaitable qu’il y ait un nombre de partants conséquent dans

chaque course. Les problèmes météorologiques du mois de février ont pénalisé

l’entraînement et cela s’est ressenti au niveau des partants un peu plus tard

dans la saison. Il fallait travailler activement sur ce sujet et nous avons

pris un train de mesures qui ont déjà montré leur efficacité. Ceci dit, nous

avons des réunions aujourd’hui qui sont positives en terme de chiffre

d’affaires alors qu’elles ne font pas toujours le plein de partants.

ET SUR

L’AJOUT IMPORTANT DE COURSES ETRANGERES AU SEIN DU CALENDRIER DES COURSES

PREMIUM (EX-PMU) ?

La

vérité vient des parieurs. La réaction de la clientèle a été positive et il

faut s’en féliciter. Cela prouve qu’il existe un intérêt pour les courses qui

ont lieu en fin d’après-midi ou en fin de matinée.

ENFIN,

CONCERNANT LES COURSES ELLES-MEMES, ON PERÇOIT UN PROBLEME AUTOUR DES COURSES

PREPARATOIRES AU PRIX DU JOCKEY CLUB ? FAUT-IL FAIRE ENCORE EVOLUER LE

PROGRAMME POUR LES MALES DE 3ANS ?

Le

programme des pouliches est très bon. Il donne entière satisfaction à tout le

monde. Pour les poulains, on peut certainement s’interroger sur le programme de

préparation au Prix du Jockey Club et réfléchir aux manières de l’améliorer.

ET

LONGCHAMP ?

Les

négociations – difficiles – se poursuivent avec la Ville de Paris. Nous avons

un projet ambitieux valorisant les courses de galop. Mais nous ne pouvons le

réaliser à n’importe quel prix.