La rencontre du tandem "forde/mouknass

Autres informations / 02.06.2012

La rencontre du tandem "forde/mouknass

Lucayan

(Turtle Bowl), Hard Dream (Oasis Dream), Lily America (American Post)…Trois

chevaux de grande valeur qui ont confirmé leur qualité, au plus haut niveau, ce

printemps. Lucayan a enlevé la Poule d’Essai des Poulains (Gr1). Hard Dream

s’est offert le Prix Noailles (Gr2) avec la manière et fera partie des

concurrents en vue du Prix du Jockey Club (Gr1), dimanche à Chantilly. De son

côté, Lily America s’annonce comme la favorite du Prix de Sandringham (Gr2).

Derrière ces trois "mousquetaires" se cachent deux hommes, Anthony

Forde (Pandora Stud) et Ahmed Mouknass, associés dans les succès au cours d’un

premier semestre de haut vol. Rencontre avec les deux propriétaires.

JOUR DE

GALOP. – COMMENT VA HARD DREAM À QUELQUES HEURES DE COURIR LE PRIX DU JOCKEY

CLUB ?

Anthony

Forde. – Hard Dream a très bien travaillé. La seule inquiétude concerne le

terrain puisqu’ils annoncent des trombes d’eau, et, comme c’est un "oasis

Dream", on préférerait du bon terrain. Mais il a travaillé samedi puis

mardi et il est au top, à 100 %… Et puis, cette année, François Rohaut a

vraiment de très bons éléments pour faire des "lignes" ! Il a

également une bonne équipe. De mon côté, je les laisse travailler

tranquillement et on ne se mêle jamais des engagements.

VOUS

ATTENDIEZ-VOUS À RÉALISER UN TEL PRINTEMPS ?

C’est

difficile de savoir à l’avance si l’on fera un bon printemps. Auparavant, on

débutait un classique à Chantilly et Longchamp mais les temps ont changé et

désormais on cela se produit à Pau ou Bordeaux. Pour Hard Dream, François

[Rohaut, son entraîneur, ndlr] a rapidement eu la sensation d’avoir un bon

cheval. Avec lucayan, on a été surpris car il était de mieux en mieux, au fil

des semaines. En ce qui concerne Lily America, à 2ans, on savait qu’elle était

bonne. Elle est en très grande forme en vue du Prix de Sandringham (Gr2). Quant

à Indriya (Stormy River), candidate au Prix de Royaumont (Gr3), c’est moi qui

l’ai choisie et c’est un peu ma pouliche de coeur. Lorsqu’elle est sortie de

son box au haras, elle était très solide et aucun entraîneur ne la voulait.

Avec elle, on s’avance en confiance vers le Gr3 de dimanche.

LUCAYAN

VOUS A APPORTÉ UNE PREMIÈRE VICTOIRE CLASSIQUE. COMMENT AVEZ-VOUS VÉCU LA

COURSE ?

J’étais

très calme pendant la course de Lucayan. À la base, j’étais venu pour voir Lily

America effectuer une performance probante chez les pouliches. Au final, elle

n’a pas couru. J’étais donc très détendu car on pensait que, s’il prenait une

troisième ou quatrième place, ce serait impeccable. Tout au long du parcours,

ça s’est très bien passé et au final, on a "gratté" les places

jusqu’à la première !

LUCAYAN

ÉTAIT MONTÉ PAR STÉPHANE PASQUIER, AUQUEL VOUS FAITES TRÈS SOUVENT CONFIANCE

POUR MONTER VOS CHEVAUX. QU’EST-CE QUI VOUS À AMENÉ À LUI FAIRE MONTER VOS

CHEVAUX ?

Stéphane

est un excellent jockey, qui s’entend très bien avec nos entraîneurs. De plus,

il est très franc. Dans le Sud-Ouest, nous travaillons avec Raphaël Marchelli,

qui est là pour préparer les chevaux, notamment chez François Rohaut. Lui aussi

fait du bon travail. Quant à Julien Grosjean, notre premier jockey en Espagne,

cela fait maintenant plusieurs années qu’il travaille pour nous. J’ai préféré faire

venir un jockey français en Espagne, car c’est plus pratique d’avoir un

cavalier qui monte les galops le matin et qui connaît les chevaux. C’est

important de travailler dans la continuité avec les jockeys et entraîneurs.

RÉGULIÈREMENT,

VOUS ACHETEZ DES CHEVAUX AYANT DES RAPPORTS AVEC LE TURF ESPAGNOL, COMME

LUCAYAN, LE FRÈRE DE KARLUV MOST, GAGNANT DU GRAND PRIX DE MADRID. EST-CE UN

CRITÉRE ÉVENTUEL POUR VOS ACHATS ?

Pas

spécialement, cela dépend du physique du cheval notamment. Par exemple, pour

l’achat de Lucayan, à la base, on était venu avec Inigo Ramirez, propriétaire

de Karluv Most, pour acheter le cheval ensemble. Le poulain nous avait plu,

mais Inigo ne voulait pas monter au-dessus d’une certaine somme. Cependant, les

enchères sont montées plus haut et j’ai continué à enchérir sans lui. C’est

comme cela que nous avons eu Lucayan. Après, on m’avait dit aussi que c’était

de la folie d’acheter la propre soeur de Liliside, Lily America, car c’est rare

que deux propres soeurs aient la même qualité. Et pourtant !

VOTRE

RÉUSSITE CONSTANTE AVEC LES POULICHES VOUS A-T-ELLE POUSSÉ À VOUS LANCER DANS

L’ÉLEVAGE ?

Pour

l’élevage, on a gardé quelques poulinières. Elles sont au haras du Logis

Saint-Germain. On a notamment Nova Step, saillie par Sea the Stars, et quelques

juments ayant couru en France et en Espagne. C’est notre manager, Marc-Antoine

Berghgracht, qui nous conseille dans les croisements et les achats. Il y a deux

ans, nous avons bien acheté, notre réussite ce printemps en est la preuve.

Notre politique d’achat est d’acheter moins de chevaux, mais de qualité.

MALGRÉ

LA MAUVAISE PASSE QUE TRAVERSE LE MONDE HIPPIQUE ESPAGNOL, VOUS CONTINUEZ

D’ACHETER EN TERRE IBÉRIQUE. COMMENT VOYEZ-VOUS ÉVOLUER LA SITUATION DE L’AUTRE

CÔTÉ DES PYRÉNÉES ?

En

Espagne, on a acheté chez Milagro qui est le meilleur haras local. Mais j’ai

diminué le nombre de mes chevaux à l’entraînement en Espagne. Je suis passé

d’une soixantaine à une vingtaine de chevaux. Avec l’arrivée d’une nouvelle

présidente pour l’hippodrome de Madrid [Faina Zurita, ndlr], la situation va

peut-être se débloquer. D’autant que les courses madrilènes se disputent le

dimanche matin, à un créneau horaire favorable pour organiser, par exemple, des

compétitions PMU. Et il y a souvent des chevaux connus du public français qui

courent à la Zarzuela.

COMMENT

EST NÉE VOTRE PASSION POUR LES CHEVAUX ET LES COURSES ?

Elle a

débuté au Maroc, où je suis né. J’avais plusieurs amis dont les parents avaient

des chevaux de course et je me suis toujours dit que je franchirai le pas, en

devenant propriétaire, lorsque j’en aurai les moyens. Ensuite, comme j’allais

souvent à Madrid, même si j’ai mes bureaux aux Canaries, j’ai commencé à avoir

des chevaux. Puis il y a eu Stoneside, j’ai eu de la chance. Et on s’est

associé avec Ahmed [Mouknass, ndlr].

DE

QUELLE FAÇON DÉFINISSEZ-VOUS LA RÉPARTITION DES CHEVAUX QUI PORTERONT LES

COULEURS DE VOTRE ÉCURIE ET CEUX QUI DÉFENDRONT LES COULEURS MOUKNASS ?

La

répartition des chevaux entre Ahmed et moi se fait au feeling et il n’y a pas

vraiment de règles établies

COMMENT

AVEZ-VOUS FAIT LA CONNAISSANCE D’AHMED MOUKNASS ?

Je

réside aux Canaries et je travaille dans la pêche de poissons pélagiques pour

l’Afrique de l’Ouest. C’est par le biais du travail que j’ai rencontré Ahmed.

Il est venu avec moi aux courses et je crois bien qu’il est encore plus

passionné que moi !

COMMENT

VOUS ^RTES-VOUS PASSIONNÉ POUR LES CHEVAUX ?

Ahmed

Mouknass. – Depuis très jeune, je dirais vers quatre ou cinq ans, j’ai toujours

eu des animaux, des gazelles, des pigeons, des fennecs, des lapins, des

dromadaires, mais aussi trois chevaux arabes. Souvent,  je partais, dès l’école finie, vers 17 h 30,

pour faire de longues promenades à cheval, d’une vingtaine de kilomètres, non

loin de Nouakchott, capitale de la Mauritanie, où j’ai grandi. Ma passion pour

les chevaux est née ainsi. D’ailleurs, alors que j’étais à Londres, l’un de mes

chevaux favoris a été offert par ma famille à l’un de nos invités et cela

m’avait beaucoup peiné. On a en effet pour tradition d’offrir un présent à un

invité lorsque celui-ci se montre séduit par un animal, un objet.

DE VOTRE

PASSION POUR LE CHEVAL EST NÉE ENSUITE CELLE POUR LES COURSES. QUEL A ÉTÉ VOTRE

CHEMIN INITIATIQUE DANS LE MILIEU HIPPIQUE ?

C’est

par l’intermédiaire de Tony Forde que je me suis lancé dans les courses. On

s’est rencontrés aux Canaries en 1999, pour le travail, et ensuite nous sommes

devenus des amis, des frères. En 2005, il m’a dit : "On va faire quelque

chose ensemble, on va se faire plaisir et on va se lancer dans les

courses". Quelques mois plus tard, on s’est associés. C’est toujours bien

de partager le plaisir et les risques. Mais je savais qu’on allait réussir.

Cela fait à peu près quatre ans que je suis propriétaire et j’avais dit à notre

courtier et manager, Marc-Antoine [Berghgracht, ndlr], que nous gagnerions une

grande course au cours de mes cinq premières années de propriétaire. Et Lucayan

est arrivé…

QUEL

PEUT ÊTRE VOTRE NOUVEL OBJECTIF ?

Maintenant,

notre autre objectif serait de gagner "l’Arc". Et dans ce cas, si

l’on avait un partant dans cette grande course, j’ai dit que je viendrais

habillé en vêtements traditionnels de mon pays [la Mauritanie, ndlr], sauf si

le temps ne le permet pas !

DES

ENGAGEMENTS ?

Je fais

entièrement confiance à Tony, aux entraîneurs et à Marc-Antoine pour l’achat

des chevaux. Je leur laisse gérer cela, car la seule fois où j’ai choisi, cela

ne s’est pas très bien passé !

À

L’IMAGE DE TONY FORDE, VOUS TRAVAILLEZ ÉGALEMENT DANS LE MILIEU DE LA PÈCHE,

MAIS PAS SEULEMENT…

Effectivement,

je suis aussi président d’une banque en Mauritanie et l’on espère s’étendre

vers le Maghreb à l’avenir, d’autant que la Mauritanie est un pays qui devrait

bien évoluer au cours des dix prochaines années. Je vis entre la Mauritanie, la

France et les Canaries, mais je voyage énormément et il m’est arrivé de visiter

sept pays en quarante-huit heures.

LES

ENTRAÎNEURS FRANÇAIS DE L’ASSOCIATION "FORD/MOUKNASS"

François

Rohaut

Yan

Durepaire

Christian

Delcher-Sanchez

Rodolphe

Collet

…ET LES

ESPAGNOLS

Mauricio

Delcher-Sanchez

Francisco

Rodriguez